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Memento (film)

film de Christopher Nolan, sorti en 2000
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Memento.
Memento
Description de l'image Memento.svg.

Titre original Memento
Réalisation Christopher Nolan
Scénario Christopher Nolan
Jonathan Nolan
Acteurs principaux
Sociétés de production Newmarket Films
Team Todd
Summit Entertainment
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Thriller
Durée 113 minutes
Sortie 2000

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Memento est un thriller américain sorti en 2000, réalisé par Christopher Nolan et mettant en vedette Guy Pearce, Carrie-Anne Moss et Joe Pantoliano.

L'une des particularités du film (dont le titre signifie « souviens-toi » en latin) est qu'il alterne des scènes en noir et blanc et des scènes en couleur, les premières suivant un ordre chronologique et les secondes, montées dans un ordre chronologique inversé.

La principale caractéristique du film est la suivante : « Le personnage principal, Leonard Shelby, ne se souvient plus de rien dès qu’il a quitté un lieu ou un personnage. C’est pour cela qu’il a toujours avec lui un appareil photo à développement instantané, pour remplacer sa mémoire défaillante par des traces tangibles qu’il pourra décrypter plus tard, de même qu’il porte sur son corps des tatouages rappelant des phrases et des faits essentiels de sa vie. »[1]

SynopsisModifier

Leonard Shelby, un homme souffrant d’une amnésie antérograde à la suite d'un traumatisme crânien, part à la recherche du meurtrier supposé de sa femme, un certain John G. Avec l'aide de Teddy et de Natalie, il croit avoir retrouvé sa trace et décide de se venger en le tuant. Mais l’assassin n’est pas celui qu’il croit.

ChronologieModifier

Le réalisateur et scénariste Christopher Nolan a écrit son scénario selon un principe de construction original :

Le film s'ouvre avec la fin de l'histoire, la dernière scène, puis le film progresse, de la scène Y à la scène Z, puis de la scène X à Y et ainsi de suite, la fin d'une scène recouvrant à chaque fois le début de la scène précédente (NB : précédente dans l'ordre du film, mais en réalité suivante par l'ordre chronologique). Une narration parallèle est introduite sous forme de courtes scènes tournées en noir et blanc (suivant cette fois un déroulement chronologique normal, de A à B, etc.) intercalées au montage antichronologique. Ainsi, les scènes couleurs antéchronologiques s'emboîtent aux scènes noir et blanc chronologiques. Les deux narrations se raccordent à la fin du film, qui correspond au milieu de l'histoire. Le passage du noir et blanc à la couleur se fait lors du développement d'une photo polaroid.

Toutes les scènes en couleur correspondent à la durée maximale de rétention mémorielle de Leonard. Ainsi, à chaque nouvelle scène couleur, Leonard ne se rappelle plus les événements qui ont précédé. Puisque les scènes couleurs sont en ordre antichronologique, le spectateur, tout comme Leonard, ne connaît pas non plus les événements qui ont précédé.

RésuméModifier

En tentant de sauver sa femme, violée et asphyxiée dans leur propre salle de bain en plein milieu de la nuit, Leonard reçoit un coup à la tête et perd sa capacité à utiliser sa mémoire à court terme. Désormais, toute nouvelle information s'efface de sa mémoire au bout de quelques instants. « Léonard n’est pas amnésique, il se souvient de ce qui s’est passé avant la mort de sa femme, mais depuis le meurtre, il est incapable de se rappeler le passé immédiat, les souvenirs s’effacent en moins d’un quart d’heure. Il reconnaît sa voiture parce qu’il l’a prise en photo, son Polaroid ne le quitte jamais, il photographie tous ceux avec qui il est en relation et griffonne des notes pour ne pas oublier qui ils sont et quels sont ses rapports avec eux. Il s’est même fait tatouer sur le corps quelques éléments essentiels, comme le nom de celui qu’il pense être l’assassin de sa femme et qu’il veut retrouver pour la venger. »[2]

Sammy JankisModifier

En parallèle de l'histoire principale, Leonard Shelby relate une histoire qu'il a vécue avant son incident, telle qu'il s'en souvient. Il était inspecteur pour débusquer les arnaques à l'assurance. Son premier cas délicat concernait Sammy Jankis, un homme qui, après un accident de voiture, a également perdu sa mémoire à court terme. Il ne se souvient donc pas de ce qu'il a fait deux minutes avant, tout comme le héros[N 1]. Sammy touche de l'argent de l'assurance qui le couvrait contre un handicap physique, mais Leonard, qui rend régulièrement visite au malade, a des doutes, car il a l'impression que ce dernier le reconnaît. Il soupçonne alors une simulation, dont le but serait de toucher l'argent de l'assurance. Il demande donc une expertise, dont la conclusion est que les troubles de la mémoire de Sammy sont d'ordre psychologique, ce qui n'est pas pris en charge par l'assurance.

Quelques jours plus tard, la femme de Sammy, désespérée, rend visite à Leonard pour lui demander son avis personnel sur l'état de son mari. Leonard lui répond que son handicap n'est pas d'origine physique. Il omet cependant de lui dire clairement qu'il ne croit pas que Sammy simule pour autant (Leonard comprendra après son accident que Sammy faisait semblant de reconnaître les gens simplement pour ne pas les décevoir). La femme de Sammy étant diabétique, ce dernier doit lui faire quotidiennement des piqûres d'insuline. Afin de tester si son mari simule, et étant convaincue que son mari l'aime sincèrement et ne lui ferait jamais de mal, elle décide de le mettre à l'épreuve. Elle lui demande alors sa piqûre toutes les vingt minutes (en reculant sa montre et l'horloge d'autant à chaque fois). Sammy lui fait sa piqûre chaque fois qu'elle le lui demande, entraînant un coma dont elle ne sortira jamais. Il vit donc désormais dans une clinique, sans savoir que sa femme est morte.

Histoire principaleModifier

Ce paragraphe retrace l'histoire dans l'ordre chronologique, et non celui du film.

La femme de Leonard est agressée dans leur salle de bain et laissée pour morte. Leonard réussit à tuer l'agresseur au moment où il se fait lui-même assommer. Ce choc serait le début de son amnésie. Leonard est convaincu qu'il y avait un deuxième cambrioleur, celui qui l'a frappé. La police qui a enquêté a écarté cette hypothèse.

Scènes en noir et blanc : Bien plus tard[N 2], Leonard est au téléphone avec un inconnu avec qui il discute du meurtre de sa femme et du cas Sammy Jankins. L'inconnu glisse un polaroid sous la porte de la chambre de Leonard. Ce polaroid montre Leonard torse nu et souriant, pointant sa poitrine[N 3]. Cela convainc Leonard de rencontrer l'inconnu, qui s'avère être Teddy. Il se présente comme policier et lui affirme qu'il a identifié le meurtrier de sa femme, un trafiquant de drogue nommé Jimmy auprès de qui il a réussi à se faire passer pour un fournisseur.

Leonard se rend dans une maison isolée où Teddy a organisé une transaction avec Jimmy le dealer. Persuadé par ce que lui en a dit Teddy, qu'il a affaire au meurtrier de sa femme, et malgré les dires de Jimmy qui prétend le connaître, Leonard tue le dealer. Il prend un polaroid du corps de sa victime[N 4].

Scènes en couleur : Leonard se met néanmoins à douter, car dans son agonie Jimmy le dealer a prononcé le nom de Sammy Jankins, ce qui prouve qu'il connaît effectivement son interlocuteur[N 5]. Teddy arrive à ce moment et Leonard s'en prend à lui. Confronté au paradoxe que Jimmy ait prononcé le nom de Sammy Jankins et sous la menace, Teddy affirme à Leonard qu'il est l'un des policiers qui a travaillé sur son affaire et qu'il a cru à son histoire du deuxième cambrioleur. Il lui révèle qu'il l'a déjà aidé à retrouver et tuer ce dernier, un certain John G., un an auparavant. Il soutient que c'est lui, après la mort de John G., qui a pris le polaroid montrant Leonard torse nu. Teddy dit qu'il était persuadé que Leonard se souviendrait de ce moment, ce qui n'est pas le cas. Il lui avoue qu'il le manipule depuis ce temps en le persuadant d'assassiner des criminels et des dealers, des John G., pour son propre profit.

Teddy prétend également que la femme de Leonard a survécu au cambriolage, que c'était elle qui était diabétique et non la femme de Sammy Jankins, que ce dernier n'était pas marié et qu'il était vraiment un simulateur démasqué par Leonard[N 6] et que Leonard a décidé d'emmêler sa propre histoire à celle de Sammy Jankins. Finalement, Teddy affirme que depuis la mort du véritable John G., Leonard brouille lui-même les pistes afin de se créer un puzzle insoluble, de façon à garder sa seule raison de vivre : trouver et tuer un certain John G.

Et effectivement, Leonard décide à cet instant de se convaincre que l'assassin de sa femme est Teddy, de son vrai nom John Gammell (John G.). Sur un papier, il note le numéro d'immatriculation de la voiture de Teddy et écrit qu'il doit se le faire tatouer comme un « fait » (fact) concernant John G. Il brûle sa propre photo polaroid prise après le meurtre de Jimmy le dealer, et il écrit comme commentaire au dos de la photo de Teddy : « Ne crois pas ses mensonges ».

Il emprunte la voiture (dont le coffre contient 200 000 dollars) et les vêtements de Jimmy en sachant pertinemment qu'il oubliera ne pas en être le vrai propriétaire (oubli). Il découvre un papier dans la veste de Jimmy, notifiant un rendez-vous dans un bar avec une certaine Natalie, qui est la petite amie de Jimmy. Ayant oublié que ce message ne lui était pas destiné, il se rend au bar. Natalie est surprise de le voir avec la voiture et les affaires de son petit ami Jimmy. Elle comprend qu'il s'est passé quelque chose, d'autant qu'elle était au courant de la transaction, que ni Jimmy ni l'argent n'ont réapparu, qu'elle a été menacée, interrogée par la police (en fait Teddy, qui s'est remis à la recherche de Leonard), et que Jimmy lui avait déjà parlé de cet amnésique (oubli). Après un test pour vérifier son amnésie, elle décide de se servir de Leonard pour se débarrasser de Dodd qui est l'associé de Jimmy et qui avait avancé les 200 000 dollars pour conclure un marché avec Teddy. Dodd pense que c'est Natalie qui détient l'argent et il la menace. Elle invite Leonard chez elle (oubli) et lui demande d'abord de tuer Dodd. Devant son refus, elle provoque sa colère jusqu'à ce qu'il la frappe. Elle sort aussitôt et revient quelques minutes plus tard. (oubli) Leonard ne se souvient pas de l'avoir battue, et elle n'a aucun mal à le convaincre que c'est Dodd qui vient de la battre. Elle lui donne son signalement et son adresse.

Leonard part à sa recherche. Il croise Teddy qui essaye de le persuader de quitter la ville, en raison de toutes les questions embarrassantes qui pourraient naître du fait que Leonard porte les affaires de Jimmy ; il tente aussi, à plusieurs reprises, de récupérer l'argent se trouvant dans le coffre. Mais Leonard consulte désormais systématiquement sa photo de Teddy : « Ne crois pas ses mensonges » (oubli). En conduisant, Leonard se fait par hasard arrêter par Dodd qui a reconnu la voiture. Après une course-poursuite, Leonard réussit à le distancer (oubli) et se rend chez Dodd grâce aux indications trouvées sur le papier donné par Natalie (oubli). Il croît être dans sa chambre jusqu'à ce que Dodd arrive. Leonard réussit à le maîtriser et à le ligoter dans un placard. Il appelle alors Teddy (oubli). Ils obligent Dodd à quitter la ville (oubli) puis Leonard demande des explications à Natalie, elle le manipule encore une fois (elle prétend que Dodd avait tué son compagnon). Il passe la nuit chez elle et note au dos de sa photo « elle t'aidera par compassion ». (oubli) Natalie le renseigne, pour le coup sincèrement, sur la plaque d'immatriculation de Teddy notée au début, et, grâce à ses tatouages, il en conclut que Teddy est le meurtrier de sa femme (oubli).

À la fin de l'histoire, qui correspond à la première scène du film, Leonard retourne avec Teddy à la maison où se trouve le corps du dealer Jimmy. Il abat Teddy d'une balle dans la tête et prend un polaroid du corps.

Fiche techniqueModifier

DistributionModifier

Source et légende : version française (VF) sur RS Doublage[4]

ProductionModifier

DéveloppementModifier

En , les frères Christopher et Jonathan Nolan ont effectué un voyage de Chicago à Los Angeles (Christopher déménageait sur la côte Ouest). Durant le trajet, Jonathan se montre intéressé par l'histoire du film de son frère[5]. Après leur arrivée à Los Angeles, Jonathan part pour Washington afin de terminer ses études universitaires. Christopher demande à Jonathan à maintes reprises de lui envoyer un premier projet, et après quelques mois, Jonathan le lui envoie[6]. Deux mois plus tard, Christopher a l'idée de raconter le film en brouillant les pistes chronologiques et commence à travailler sur le scénario. Au même moment, Jonathan écrit une nouvelle de son côté. Les deux frères continuent à correspondre et échangent leurs versions[7].

La nouvelle de Jonathan, intitulée « Memento Mori »[8], est radicalement différente du film de Christopher, même si elle en conserve les éléments essentiels. Dans la version de Jonathan, Leonard est nommé Earl et est un patient dans un établissement psychiatrique[9]. Comme dans le film, Earl a perdu sa femme et sa mémoire à court terme lors d'une agression par un tueur anonyme. Comme Leonard, Earl utilise des pense-bêtes ainsi que des tatouages pour retrouver le tueur. Toutefois, dans la nouvelle, Earl réussit à se convaincre par ses propres notes de s’échapper de l’hôpital psychiatrique et d’assassiner le tueur de son épouse, pour se venger. Contrairement au film, il n'y a aucune ambiguïté sur le fait qu'Earl réussit à tuer l’agresseur et ainsi se venger[9].

En , la petite amie de Christopher, Emma Thomas, montre son scénario à Aaron Ryder, un des dirigeants de Newmarket Films. Ryder déclare que c’est « peut-être le script le plus innovant que j’ai jamais vu »[10] et, peu après, Newmarket dote le réalisateur d'un budget de 4,5 millions de dollars[11]. La pré-production dure sept semaines pendant lesquelles le lieu de tournage principal se déplace de Montréal à Los Angeles afin de créer une atmosphère plus réaliste et noire[12].

Choix des acteursModifier

Brad Pitt a été initialement prévu pour jouer le rôle principal de Leonard. Il s'était intéressé au script, mais n’a pas pu accepter en raison d'un emploi du temps chargé[13]. D'autres acteurs ont été envisagés, tels que Aaron Eckhart, Alec Baldwin et Thomas Jane, mais c'est Guy Pearce qui a le plus impressionné Nolan et c’est à lui que le rôle a été attribué. Pearce a été choisi en partie pour son « manque de célébrité » et son enthousiasme pour le rôle, enthousiasme attesté par un appel téléphonique personnel de Pearce à Nolan pour discuter du film[14].

Après avoir été impressionné par la performance de Carrie-Anne Moss dans le film de science-fiction Matrix en 1999, Jennifer Todd (en) l'a proposée pour interpréter Natalie. Tandis que Mary McCormack faisait pression pour le rôle, Nolan décida d'engager Moss en disant : « Elle a ajouté un enrichissement énorme au rôle de Natalie qui n'était pas sur la page »[15]. Angelina Jolie, Famke Janssen et Ashley Judd furent également sollicitées pour le rôle.

Pour l'agent de police corrompu Teddy, Moss a suggéré son partenaire dans Matrix, Joe Pantoliano. Pantoliano semblait trop crapuleux pour son rôle, mais en parlant avec Nolan, ce dernier s'est dit surpris par la subtilité de l'acteur dans son travail[16]. Avant que Pantoliano accepte le rôle, le premier choix était Denis Leary, qui a refusé.

Les autres personnages du film ont été rapidement trouvés après que les trois rôles principaux furent établis. Stephen Tobolowsky et Harriet Sansom Harris furent choisis pour jouer les rôles de Sammy Jankis et de son épouse. Mark Boone Junior a décroché le rôle de Burt, réceptionniste du motel, car Jennifer Todd aimait « son apparence et son attitude ». Il est d’ailleurs réapparu pour des rôles mineurs dans une autre réalisation de Nolan : Batman Begins[17]. Larry Holden joue Jimmy Grantz, trafiquant de drogue et petit ami de Natalie, tandis que Callum Keith Rennie remplit le rôle de Dodd, un gangster avide de récupérer l'argent de Jimmy. Pour compléter le casting, Jorja Fox prend le rôle de la soi-disant épouse de Leonard, et Kimberly Campbell celui d'une escort-girl.

TournageModifier

Le tournage s'est déroulé du 7 septembre au 8 octobre 1999[18]. Guy Pearce est le seul acteur à avoir été présent durant tout le tournage, alors que toutes les séquences où apparaît Carrie-Anne Moss ont été tournées dès la première semaine[19]. Une auberge de voyage à Tujunga a été repeinte et utilisée comme décor pour les chambres de motel de Leonard et de Dodd. Les séquences du domicile de Sammy Jankis ont été tournées dans une étroite maison de banlieue à Pasadena, tandis que la maison de Natalie est située à Burbank[20]. L'équipe de tournage avait prévu de tourner les séquences se situant dans un bâtiment à l'abandon (où Leonard tue Teddy et Jimmy) dans une construction en briques de style espagnol appartenant à une compagnie ferroviaire. Toutefois, une semaine avant le tournage, la société a placé une rame de plusieurs douzaines de voitures devant le bâtiment, rendant impossible le tournage des plans extérieurs. Une raffinerie de pétrole près de Long Beach a été utilisée à la place, et la séquence où Leonard brûle les biens de son épouse a été filmée de l'autre côté de la raffinerie[21]. À la fin du tournage, Guy Pearce a enregistré sa narration en voix off et le réalisateur lui a laissé carte blanche pour improviser sur les scènes en noir et blanc, afin de donner à sa voix un ton « documentaire »[22].

AccueilModifier

Box-officeModifier

Le film rapporte 39 723 096 $ au box-office mondial (dont 25 544 867 aux États-Unis et au Canada)[3]. Il a réalisé 217 204 entrées en France, 63 789 en Belgique, 29 422 au Québec et 10 379 en Suisse[23].

Accueil critiqueModifier

Le film est accueilli très favorablement par la critique, recueillant 93 % de critiques positives, avec une note moyenne de 8,1/10 et sur la base de 140 critiques collectées, sur le site internet Rotten Tomatoes[24]. Il obtient un score de 80/100, sur la base de 34 critiques, sur Metacritic[25]. En 2008, le magazine Empire l'a classé à la 173e place dans sa liste des 500 meilleurs films de tous les temps[26]. Il figure à la 29e place du Top 250 du classement des films de l'Internet Movie Database, basé sur les votes du public, avec une note moyenne de 8,7/10[27].

En France, les critiques ont également été dans l'ensemble plutôt positives. Le Journal du dimanche évoque « un film déboussolant, difficile, dont on sort anéanti et assommé. Et qu'on voit devenir culte » ; Le Nouvel Observateur parle d'un scénario « impeccable et implacable » qui « ménage des zones d'ombre à donner le vertige » ; Le Monde estime que ce « film noir intéressant » « devient passionnant » en tant qu'« étude sur la folie » ; Le Parisien situe le film « quelque part entre Usual Suspects et Sixième Sens » et lui « prédit un grand avenir ». Positif et Première délivrent des critiques plus mitigées, tous les deux se révélant respectivement agacés, malgré l'inventivité du film, par le « bavardage incessant et présomptueux sur le handicap du héros » et par « le système de narration » répétitif. Les Cahiers du cinéma délivrent une critique négative, évoquant un « souci forcené de faire original » et une « fausse bonne idée »[28].

DistinctionsModifier

Sauf mention contraire, cette liste provient d'informations de l'Internet Movie Database[29].

RécompensesModifier

NominationsModifier

Analyse du film par Christopher NolanModifier

Le réalisateur a laissé au public le choix dans l’interprétation de la fin du film, comme le prouvent les commentaires audio sur les versions éditions spéciales des DVD — attestant le mensonge de Teddy —, et aussi la version édition limitée américaine, qui comprend un commentaire qui atteste de la sincérité de Teddy[30]. En se bornant au film, il n'est même pas prouvé que Teddy soit réellement policier. C'est ce qu'il affirmera durant tout le film, mais aucun indice (insigne,uniforme ou autre) ne viendra jamais corroborer cette hypothèse. Il est permis d'imaginer qu'il peut par exemple être un rival du dealer Jimmy qu'il cherche à escroquer. Il convient de remarquer qu'il essaiera à plusieurs reprises de s'emparer du magot caché dans le coffre de la voiture. De fait, nombreuses sont les inconnues laissées au choix du spectateur : Teddy est-il policier ? Si tel est le cas, a-t-il réellement arrêté le second coupable, ou est-ce une histoire montée pour se servir du héros ? La femme de Léonard est-elle morte sur le coup ou des suites d'injection d'insuline de son mari ? Ce second coupable a-t-il même jamais existé ? On ne le voit pas, le rapport de police ne le mentionne jamais. Le scénario décrit par les enquêteurs (un seul coupable, tué par Léonard au moment où il l’assomme) reste possible. Et Léonard explique lui-même qu'il a appris que l'on ne pouvait se fier de manière absolue à sa propre mémoire à long terme.

Si Teddy dit la véritéModifier

Quand Teddy raconte que l’agresseur a été trouvé et tué il y a un an, que la femme de Leonard a survécu à l’agression mais a été tuée plus tard par une surdose d’insuline, Leonard ne se le rappelle pas. Mais il est confronté à la possibilité que cela pourrait être vrai, constatant alors la boucle interminable dans laquelle il aurait vécu pendant des années. Il décide d’y mettre fin en laissant intentionnellement des indices qui le mèneront à tuer Teddy, l’homme qui a également profité de son handicap.

Dans sa voiture il s'avoue alors le paradoxe dans lequel il s’est enfermé, et décide de manipuler sa mémoire pour pouvoir enfin vivre en paix. Selon une autre interprétation, il prendrait conscience que sa vie n’a aucun sens à cause de son handicap, qu’il est contraint de chasser un homme imaginaire pour poursuivre sa vengeance, toujours insatisfaite, toujours oubliée, afin d'abolir la vacuité de son existence. Il préférerait donc refuser la réalité et recommencer un autre puzzle.

Plusieurs indices corroborent les paroles de Teddy dans le film. Tout d’abord l’image subliminale qui montre Leonard à la place de Sammy dans l’hôpital psychiatrique ; les brefs flashbacks montrant Leonard injectant de l'insuline à sa femme ; les autres flashbacks montrant son épouse qui bouge les yeux après son agression ; enfin les flashbacks dans lesquels on le voit aux côtés de sa femme, avec les tatouages qu'il se fera plus tard dans l'histoire et un tatouage, « I have done it  » (je l’ai fait), qui n'apparaît à aucun autre moment du film.

Si Teddy est un menteurModifier

Tout au long du film, le public est informé que les gens profitent du handicap de Leonard et que Teddy est un menteur. Ils ont tous les éléments en main pour ne pas croire les propos de Teddy, mais le public est habitué aux retournements de situation de dernière minute.

« À ce stade du récit, le public en est à un tel point, il a une telle soif de vérité, tout comme Leonard, qu'il accepte les explications du menteur. Le public accepte ces réponses parce que c'est ce qu'il veut. C'est ce qu'il attend. On a voulu remettre ça en cause. Les gens s'accrochent à cette grammaire du cinéma, qui veut que l'on nous dévoile la vérité à la fin, alors que ce film la défie clairement  »

— Christopher Nolan, Commentaire audio DVD

D'après le réalisateur, l'histoire de Sammy n'est pas celle de Leonard ; elle a pour but de montrer les différents fonctionnements de la mémoire et, notamment, la réaction de Leonard. En tentant de manipuler les souvenirs de Leonard, Teddy s'attaque à sa mémoire à long terme, de ce qu'il a gardé du souvenir de sa femme avant son accident. Lorsqu'il évoque les piqûres d'insuline à répétition, Leonard a seulement des flashes de son ancienne vie ; sa femme n’ayant jamais été diabétique, Leonard comprend le mensonge. Il dit d’ailleurs « Tu crois que je ne connais pas ma femme ? », puis il se dirige vers sa voiture et note le numéro d’immatriculation de Teddy. Le dialogue qui suit devient alors clair, Leonard se parle à lui-même et décide d'inventer les pistes qui conduiront au meurtre de Teddy. « Je ne suis pas un tueur. Je suis simplement un homme qui cherche réparation. Est-ce que je me laisse oublier ce que tu m’as dit ? Est-ce que je me laisse oublier ce que tu m’as fait faire ? Tu crois que je fabrique un nouveau puzzle, un nouveau John G. à retrouver ? Tu es un John G. Tu peux très bien être le mien. Tu crois que je me mens pour être en paix ? Dans ton cas, Teddy, c'est ce que je vais faire. »

Pourtant dans le film, Leonard explique qu'il a appris quand il était enquêteur que l'on ne pouvait se fier à sa propre mémoire à long terme, « les souvenirs sont l'interprétation des faits ». Il se ment donc à lui-même quand il dit : « Tu crois que je ne connais pas ma femme ? ».

«  Il surmonte ici son désespoir et, au contraire du public, fait un choix. Il s'accroche au but de sa quête. C'est là qu'il écrit « Ne crois pas ses mensonges » sous la photo de Teddy et décide de relever son numéro de plaque. Teddy a voulu manipuler les sentiments enfouis de Leonard, sa mémoire à long terme. Il est allé trop loin. C'est maintenant la fin d'une série de cycles. C'est le dernier. La fin d'une longue histoire entre ces deux-là. Leonard va mettre la machine en route qui va l'amener à tuer Teddy. Cela va le libérer, car Teddy lui a menti et ses mensonges se sont accumulés jusqu'à créer un déclic dans l'inconscient de Leonard, qui révèle la manipulation. Teddy a attaqué les plus précieux souvenirs de Leonard. Il a menti une fois de trop.  »

— Christopher Nolan, Commentaire audio DVD

Repères chronologiquesModifier

Le film s'ouvre sur une photographie polaroïd couleurs, secouée par une main (geste nécessaire pour activer le développement d’un polaroïd). Ce premier plan est tourné en marche arrière, l’image représentée (le cadavre de Teddy) s’efface donc petit à petit et l’on voit ensuite, toujours en marche arrière, l’assassinat de Teddy, abattu par Leonard d'une balle de pistolet.

Ce début a une double signification :

  • il indique au spectateur l'ordre chronologique choisi pour les séquences en couleurs : partir de la fin et revenir vers le début. Mais le scénario brouille cette construction chronologique en utilisant également son inverse, l’ordre antéchronologique, qui ajoute à la confusion dans l’esprit du spectateur ;
  • il suggère que plus on essaie d'y voir clair sur le passé (ce qui figure sur la photographie), plus ce dernier s'échappe, s'efface, à l'instar d'une mémoire défaillante, mais cette suggestion et le discours sur la mémoire que tient plusieurs fois Leonard ne sont là que pour démontrer sa propre confusion.

RemakesModifier

Le réalisateur indien A.R. Murugadoss s'est librement inspiré de Memento pour son film Ghajini, film de langue tamoule sorti en 2005. Le film a été un grand succès en Inde et A.R. Murugadoss a réalisé un remake bollywoodien de son propre film, en langue hindie, également sous le titre Ghajini. Sortie en 2008, cette autre version a aussi obtenu un grand succès en Inde.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. D'ailleurs, le tatouage le plus visible de Leonard, situé sur sa main gauche à la jonction du pouce et de l'index, est Remember Sammy Jankis (« Souviens-toi de Sammy Jankis »). Ce tatouage aide Shelby à comprendre son état après chaque oubli.
  2. On ignore tout le temps qui s'est écoulé, en semaines, mois, ou années.
  3. C'est le seul polaroid montré dans le film qui ne soit pas produit durant le film et qui ne soit pas un selfie pris par Leonard
  4. Ceci coïncide avec la fusion des scènes en noir et blanc et des scènes couleurs du film.
  5. On apprendra par Natalie qu'il se sont effectivement déjà rencontrés, peut-être lors des négociations entre Teddy et Jimmy, et que ce dernier en a parlé à sa petite amie Natalie
  6. Les flashbacks de Leonard à ce moment font soupçonner que c'est sa femme qui est morte d'une surdose d'insuline.

RéférencesModifier

  1. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde, , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3)
  2. Marie-France Briselance, Les 36 situations dramatiques, Paris, Nouveau Monde, coll. « Leçons de scénario », , 363 p. (ISBN 2-84736-180-4), p. 257
  3. a et b (en) « Memento », Box Office Mojo (consulté le 4 avril 2011)
  4. « Fiche du doublage français du film » sur RS Doublage.
  5. Anthony Kaufman, « Mindgames; Christopher Nolan Remembers "Memento" », sur IndieWire.com,
  6. Mottram 2002, p. 162
  7. Mottram 2002, p. 166
  8. Souviens-toi que tu es mortel
  9. a et b Jonathan Nolan. Memento Mori (Mottram 2002, p. 183 à 195).
  10. Mottram 2002, p. 176
  11. Mottram 2002, p. 177
  12. Mottram 2002, p. 151-152
  13. Mottram 2002, p. 106
  14. Mottram 2002, p. 107-108
  15. Mottram 2002, p. 111
  16. Mottram 2002, p. 112
  17. Mottram 2002, p. 114
  18. Mottram 2002, p. 125
  19. Mottram 2002, p. 127
  20. Mottram 2002, p. 154-155
  21. Mottram 2002, p. 156-157
  22. Mottram 2002, p. 133
  23. « Memento », Base de données Lumière (consulté le 4 avril 2011)
  24. (en) « Memento », Rotten Tomatoes (consulté le 4 avril 2011)
  25. (en) « Memento », Metacritic (consulté le 4 avril 2011)
  26. (en) « The 500 Greatest Movies of All Time », Empire (consulté le 4 avril 2011)
  27. « Memento », Internet Movie Database
  28. « Memento - Critiques Presse », AlloCiné (consulté le 4 avril 2011)
  29. (en) « Awards for Memento », Internet Movie Database
  30. (en) Note on the commentary http://www.christophernolan.net/memento_dvd.php.

AnnexesModifier

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Sources bibliographiquesModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liens externesModifier