Maxime Abolgassemi

écrivain
Maxime Abolgassemi
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Maxime Abolgassemi, né en 1968, est professeur de classes préparatoires et écrivain. Ses travaux en théorie littéraire se consacrent particulièrement à l’étude du « hasard objectif ». Nuit Persane, son premier roman, paraît à la rentrée littéraire 2017 aux éditions Erick Bonnier.

BiographieModifier

Fils du poète Parviz Abolgassemi[1], Maxime Abolgassemi est diplômé en physique théorique (1990) et certifié de physique-chimie (1991), il devient ensuite agrégé de lettres modernes (1997) et docteur ès lettres[2] (2008).

Professeur de chaire supérieure, il enseigne en classes préparatoires la littérature comparée et la culture générale au lycée Chateaubriand de Rennes[3].

RecherchesModifier

Maxime Abolgassemi publie deux articles (2003, 2006) dans la revue Poétique qui introduisent et approfondissent la notion de « contrefiction » à travers des œuvres de Diderot, Balzac et Musil. Il définit la contrefiction comme ce qui consiste « en s’éloignant un instant du fil de l’histoire, à parler de ce qui n’a pourtant pas eu lieu : à ouvrir ainsi dans le récit une branche narrative qui n’accède pas au statut de fait avéré[4]. »

Reprise dans l’ouvrage synthétique Poétiques du descriptif[5](2015), appliquée à d’autres auteurs comme Octave Mirbeau[6], ou à l’étranger à Antonio Lobo Antunes[7] ou Cervantès[8], c’est dans le cadre des études sur Jacques le fataliste que la contrefiction a été le plus discutée.

Certains spécialistes y voient une prise en compte pertinente de la démarche très expérimentale et innovante de Diderot, comme Nicolás Martín Olszevicki dans son article « El materialismo vitalista de Diderot y el desarrollo de la novela moderna »[9]. En revanche, dans son étude « La scène absente : autoréflexivité narrative et autoréflexivité fictionnelle dans Jacques de Fataliste », Stéphane Lojkine discute en plusieurs endroits la distinction opérée par Maxime Abolgassemi entre la métalepse, une figure de style, et la contrefiction, notion narratologique. Fondamentalement, il reproche à cette dernière approche de ne pas prendre en compte la véritable scène littéraire créée pour n’en retenir que le jeu intellectuel :

« Cette scène n’est jamais traitée comme fiction première, à partir de laquelle pourrait se déployer un récit. Significativement, pour M. Abolgassemi, la contrefiction n’est pas une scène, mais une hypothèse[10]. »

Cette notion narratologique a connu en 2012 une relecture politique par Yves Citton, qui en déduit « trois modes de combat » dans la revue Multitudes[11].

Toujours dans Poétique en 2009, un autre article montre sous quelles conditions on peut rapprocher la « mémoire involontaire » de Marcel Proust du « hasard objectif » d’André Breton[12]. Plusieurs articles, ainsi que sa thèse Pour une poétique du hasard objectif : étude analytique de ses motifs d’écriture (Nerval, Strindberg et Breton)[13], confrontent le surréalisme d’André Breton à l’œuvre du Suédois August Strindberg.

Par ailleurs, il consacre de brèves analyses en ligne sur le site « Bienvenue dans le monde de la Transparence démocratique » à l’examen des manifestations variées de cette dernière notion, selon lui bien plus large et structurante dans nos sociétés que « la seule transparence invoquée quotidiennement dans les médias »[14].

Depuis 2019, il publie un podcast sur les programmes de français et philosophie des classes préparatoires, Pasdcastenprépa[15].

Nuit persaneModifier

L'auteur reconstitue dans ce premier roman[16] les années 1976-1978 en Iran. Mathieu, le personnage principal, suit son père à Téhéran, où il fréquente le Lycée franco-iranien Râzi, avant de découvrir une autre réalité sociale et politique, celle d’un pays dont les troubles vont conduire à la Révolution iranienne. Mais la rencontre avec Leyli, une jeune Iranienne passionnée de littérature, va tragiquement bouleverser l’ordre de ses priorités.

Interrogé sur la dimension autobiographique, Maxime Abolgassemi explique[17] avoir surtout reçu de son père un héritage d’exilé, « c'est-à-dire une histoire qui ne met pas de mots sur ce qu’elle a à raconter », et qu’il a écrit ce roman justement « pour mettre des mots sur le silence, jeter des ponts sur le vide ». Le choix de la révolution iranienne obéit au désir de « revenir sur une période passionnante et pourtant véritable zone d’ombre de la mémoire collective récente ». Selon lui, « on se sent toujours dépossédé de sa révolution » lorsque le processus finit par se concrétiser.

Réception critiqueModifier

Ouest-France salue « un premier roman riche de promesse » : Nuit persane est « un récit initiatique où la violence et la douceur composent un cruel concerto »[18].

Dans L'Orient littéraire, Fifi Abou Dib met en avant « l’éblouissante scène du coup de foudre de Mathieu pour Leyli, superposée à un dialogue de Phèdre ». Pour elle, « Irrigué de poésie, de littérature, de spiritualité et d’une généreuse érudition qui va de la science à la politique, le récit tient en haleine avec une maîtrise des rebondissements et une vraisemblance abondamment puisée dans les archives de presse »[19]. Antoine Jockey souligne aussi, dans une longue critique en arabe publiée par le journal Al Hayat, la réussite « d’un style classique et fluide » qui se saisit de « nombreuses problématiques contemporaines » pour éclairer autant l'Iran d'alors que finalement notre propre société, révélant alors « toute la portée de ce travail remarquable »[20].

« Dense, foisonnante et instructive, cette Nuit persane très réaliste, souffre de quelques longueurs où se perd parfois le lecteur » modère toutefois Isabelle Kersimon dans son compte-rendu de lecture[21].

PublicationsModifier

RomanModifier

Articles en revueModifier

  • « ‘L’objet trouvé’ et l’héritage surréaliste de Strindberg », Études Germaniques n°4, Klincksieck, 2014
  • « ‘Une ville vibre toujours’ : circulation dans le Paris hétérotopique d’Inferno », Deshima, HS n° 2, Actes du XVIIème Colloque International Strindberg à Strasbourg, « Strindberg et la ville », 2012
  • « Hasard objectif et mémoire involontaire, solutions d’un même problème », Poétique n° 159, le Seuil, septembre 2009
  • « August Strindberg et André Breton à la lumière du hasard objectif », Mélusine n° XXVII, « Le Surréalisme et la Science », L’Âge d’Homme, 2007
  • « La description expérimentale chez Balzac et Musil », Poétique n° 145, le Seuil, février 2006
  • « La contrefiction dans Jacques le Fataliste », Poétique n° 134, le Seuil, avril 2003

Articles en d’autres languesModifier

  • « Reconsidering the Place of Strindberg in the Surrealism, in Light of The Objective Chance Encounter », The International Strindberg : New Critical Essays, Northwestern University Press, 2013
  • « Makterna, dubbelgångare och homosexualitet i Legender », Det Gäckande Könet, Stockholm, Symposium, 2006

Articles en ligneModifier

Enseignement et concoursModifier

  • Réussir l’entretien aux oraux de concours, Ellipses, 2016
  • « Ce que nous apprend la Culture générale », Atala n° 14, mars 2011
  • « ‘Tu toqueras à ma porte’, l’écriture d’invention au lycée : lire / écrire la poésie », Acanthe, Annales de lettres françaises de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, vol. 26-27, décembre 2009
  • L’Écriture d’invention : écrire pour lire, lire pour écrire, CRDP de Bretagne, 2001

Notes et référencesModifier

  1. Voir sur viaf.org.
  2. Thèse sous la direction d'Antoine Compagnon.
  3. Dans Challenges du 29 janvier 2009, il y est interviewé pour le reportage : « A Chateaubriand, la prépa c’est tout un art ».
  4. « La contrefiction dans Jacques le Fataliste », Poétique n° 134, avril 2003, p. 223. Disponible en ligne sur le site Cairn.info.
  5. Alice de Georges-Métral, « Présentation », Poétiques du descriptif, Classiques Garnier, 2015, p. 8.
  6.  Arnaud Vareille, « Un usage particulier de la caricature chez Mirbeau : le contre-type », Cahiers Octave Mirbeau, n° 15, 2008, p. 112.
  7.  Felipe Cammaert, « "You Don't Invent Anything": Memory and the Patterns of Fiction in Lobo Antunes's Works », Portuguese Literary and Cultural Studies, n° 19/20, 2011, p. 288.
  8.  José Mayoralas García, « La elipsis en El Quijote o la falta que se hace saber”,  Hispanista, n°23., p. 23.
  9.  Nicolás Martín Olszevicki souligne ainsi l’attrait de Diderot pour « un verdadero laboratorio experimental », « un véritable laboratoire expérimental », voir « El materialismo vitalista de Diderot y el desarrollo de la novela moderna », 452ºF: revista de teoría de la literatura y literatura comparada, n°17, 2017, p. 214.
  10. Stéphane Lojkine, « La scène absente : autoréflexivité narrative et autoréflexivité fictionnelle dans Jacques de Fataliste », L’Assiette des fictions. Enquêtes sur l’autoréflexicité romanesque, dir. J. Herman, A. Paschoud, P. Pelckmans et F. Rosset, Louvain, Paris et Walpole, Peeters, 2010, p. 341.
  11.  "Contre-fictions : trois modes de combat », Yves Citton, Multitudes, 2012, pp.72.
  12. " Hasard objectif et mémoire involontaire, solutions d’un même problème", Poétique n° 159, septembre 2009, p.299. Disponible en ligne sur le site Cairn.info.
  13. Soutenue en février 2008.
  14. Voir la présentation sur le site Bienvenue dans le monde de la Transparence démocratique.
  15. Présentation du podcast Pasdcastenprépa.
  16. Nuit persane sur le site de l’éditeur.
  17. Dans l’émission de TV5 Monde Maghreb-Orient Express du 10 septembre 2017.
  18. Ouest-France, édition du 26 septembre 2017.
  19. L'Orient littéraire n° 140, , p. 7.
  20. El Hayat, édition du 31 janvier 2018.
  21. Le Droit de vivre, la revue de la Licra, mai 2018.

Liens externesModifier