Massue du roi Scorpion

massue votive

Massue du roi Scorpion
Image illustrative de l’article Massue du roi Scorpion
Dimensions Hauteur : 32,5 cm ;
Diam. max : 28 cm;
Diam. inf. : 13 cm
Matériau Calcaire
Période env. 3100 av. J.-C.
Culture
Date de découverte 1898
Lieu de découverte Grand Dépôt du temple d'Horus à Hiéraconpolis
Conservation Ashmolean Museum

La tête de massue votive du roi Scorpion, découverte par les archéologues anglais James Edward Quibell et Frederick William Green en 1898 dans le Grand Dépôt du temple d'Horus à Hiéraconpolis (Nekhen, « la Ville du Faucon »), l'actuel Kom el-Ahmar, est considérée comme la plus ancienne jamais trouvée. Elle est ainsi nommée parce qu'un scorpion surmonté d'une fleur à sept pétales est représenté devant le visage du roi. En fragments, un tiers a pu être reconstitué.

Cette tête de massue piriforme en calcaire mesure 32,5 cm de haut. Elle est exposée à l'Ashmolean Museum, à Oxford.

DescriptionModifier

Les fragments encore visibles de cette massue dont la datation remonte aux environs des années 3100 av. J.-C.[1] présentent un décor artistiquement sculpté en bas-relief sur champlevé, représentant essentiellement quatre scènes de la vie royale égyptienne, réparties sur trois registres.

Même incomplet, ce tableau pré-dynastique révèle la vie quotidienne à cette époque et le manque (apparent) de croyances qui devraient figurer sur les armes royales du roi Scorpion, ce qui indique que la religion n'avait pas encore l'importance qu'elle prendra par la suite. En effet, mis à part la présence du chien Khentamentiou et d'animaux symboles de nomes, aucune divinité ni de symbole de religion n'apparaît sur la massue.

Si l'absence apparente de symbole religieux sur la massue du roi scorpion fût souvent soulignée, peut-on penser que le scorpion de cette massue votive tire son origine d'une forme de religion du peuple pour son pharaon ? Dans cet esprit, il semble que pendant des millénaires les pharaons ont incarné pour les Égyptiens le courage face au danger. Ainsi, lors d'initiations organisées par les grands prêtres, ces derniers devaient endurer des expériences peut être ici incarnées par la présence du scorpion à la piqûre redoutée. Les épreuves devaient permettre de transformer les difficultés traversées en références positives pour le pharaon. Modèle d'exemplarité pour le peuple, il affronte des souffrances qui le rendent plus fort et confirme ainsi son statut aux yeux de tous[2].

Premier registreModifier

Le premier registre offre un défilé des symboles des étendards de l'armée du Sud — Haute-Égypte — qui brandissent sur chaque hampe un oiseau mort, un vanneau huppé, pendu par le cou. Les vanneaux — oiseaux des marais — servaient à l'origine à désigner les gens du Delta ou Basse-Égypte, au Nord. Cette scène est peut-être une allusion à une probable victoire remportée par le roi Scorpion sur le royaume des pêcheurs du Delta.

Sur un fragment non connexe, sont représentées d'autres enseignes auxquelles sont suspendus sur la gauche des arcs à double courbure (incomplets mais reconnaissables).

Pour les anciens Égyptiens, les « Neuf arcs » symbolisent la totalité des puissances étrangères à l'Égypte. L'ensemble du registre supérieur représenterait donc de façon allégorique, la victoire des provinces du Sud sur les populations du Delta et d'un certain nombre de pays étrangers.

Deuxième registreModifier

 
Le roi Scorpion (détail)

Au centre, le roi, identifié par son emblème constitué de deux figures sculptées se détachant nettement : l'une est une étoile à sept branches, l'autre est un scorpion. C'est parce qu'on ne savait pas interpréter ces signes qu'on a nommé ce personnage énigmatique le roi Scorpion. De stature imposante et coiffé de la couronne blanche (hedjet) de la Haute-Égypte, il est vêtu d'un pagne à corselet avec, attachée à la ceinture, une queue de taureau, symbole de sa puissance et de sa royauté divine. Debout, la jambe gauche en avant, il effectue, avec une houe, un rituel lié à l’ouverture d’un canal d'irrigation ou une tranchée de fondation d'un temple ou d'une cité ? C'est la plus ancienne attestation de ce rite qui perdurera dans l'iconographie égyptienne jusqu'à la domination grecque.

D'autres personnages l'entourent. Ils sont de tailles plus modestes, ce qui, traditionnellement, est la manière égyptienne de représenter la supériorité du roi sur ses sujets.

Devant lui, un serviteur tient le panier qui recevra la terre enlevée par le roi. Il est suivi par un second personnage portant dans ses mains un vase pouvant contenir de la boisson ou des aliments. Derrière le souverain, de petits personnages portent des éventails chasse-mouches.

Enfin, en haut à droite du pharaon, on aperçoit deux porte-étendards : le placenta royal et le chien Khentamentiou, « Celui qui est à la tête des Occidentaux », qui était, comme son nom l'indique, un dieu funéraire antique protecteur de la nécropole d'Abydos.

Derrière le roi et orienté vers la gauche, trois sous-registres superposés : le sous-registre inférieur est perdu mais, les deux autres sont délimités par des fourrés de papyrus stylisés et présentent (pour ce qu'il en reste) deux personnages accroupis dans des chaises à porteurs posées à terre, un autre, debout, tenant un bâton (la ligne de terre de ce registre est limitée aux fourrés de papyrus) et quatre danseuses (appartenant peut-être au harem du monarque).

Troisième registreModifier

De la bande de lignes ondulées, interprétable comme une voie d'eau, se détache une voie secondaire qui bifurque et serpente ; dans la bande ainsi représentée : deux hommes, de part et d'autre de la partie verticale de la voie d'eau, y plongent les mains, tandis qu'un troisième, tenant une houe, travaille dans la partie horizontale.

Ces hommes, à barbe courte, portant un simple cache-sexe (il ne semble pas qu'il s'agisse de l'étui pénien), assez semblable aux vaincus des autres documents prédynastiques, sont d'un type différent de celui des personnages accompagnant le roi, imberbes et aux vêtements plus élaborés.

Dans l'espace entre les deux voies d'eau, figurent : un palmier surmontant un rectangle quadrillé (incliné pour loger dans l'espace subsistant) et un fragment de ce qui pourrait être un bateau.

ControverseModifier

La tête de massue du roi Scorpion a été attribuée à tort à ce roi. Selon C. Jacq citant dans son ouvrage E. Baumgartnel et B. Menu, c'est « un témoignage capital du règne de Narmer. ».

Notes et référencesModifier

  1. Department of Antiquities The 'Scorpion King' Mace head, Ashmolean Museum
  2. Sylvain Vassant, Les civilisations-mères et leurs énigmes, Paris, UPblisher, , 144 p. (ISBN 978 2 7599 0348 1), p. 51

Sources et bibliographieModifier