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Maison Drouin
Maison Drouin - 23 juin 2018.jpg
Présentation
Type
Style
Architecture coloniale française (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Construction
Après Voir et modifier les données sur Wikidata
Statut patrimonial
Immeuble patrimonial classé ()
Partie d'un bien patrimonial du Québec (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web
Localisation
Adresse
Emplacement
Coordonnées

La Maison Drouin (aussi connue sous le nom Maison Cyril-Drouin[1]) est une maison de ferme convertie en centre d'interprétation historique de l'Île d'Orléans ouverte au public depuis 1997[2]. Elle a été construite entre 1729 et 1730 puis rallongée entre 1734 et 1736[3]. Elle a été reconnue comme immeuble patrimonial par le ministère de la Culture et des Communications en 2010[4].

LocalisationModifier

La Maison Drouin se situe au 2958 chemin Royal à Sainte-Famille-de-l'Île-d'Orléans tout près de la frontière avec Saint-François. Elle est sur le site historique de l'Île d'Orléans. En face, sur la rive-nord de la municipalité de Sainte-Anne-de-Beapré.

HistoireModifier

La famille Baucher dit Morency (1666-1727)Modifier

René Baucher dit Morency est le premier à acquérir la terre où se situe la Maison Drouin. Il est né vers 1646 dans la paroisse de Saint-Martin de Montmorency en France. Il est le frère de Guillaume Baucher dit Morency établit à Sainte-Famille de l'Île d'Orléans en 1656 et ancêtre des familles Morency du Québec[5].

L'arrivée présumée de René en Nouvelle-France est toutefois plus tardive. En effet, on ne trouve pas de mentions de ce dernier en Amérique avant le 8 janvier 1666, date de son mariage avec sa première femme Adrienne Grandjean[6]. Un mois après son union, le 10 février 1666, René Baucher signe un acte avec Marie-Barbe de Boulongne, la veuve de Louis d'Ailleboust, seigneur d'Argentenay qui lui concède trois arpents de terre de front sur le fleuve Saint-Laurent qui s'étend jusqu'au centre de l'Île. Il s'agit de la terre où se situe aujourd'hui la Maison Drouin. À cause 'une méconnaissance des limites exactes de son fief qui correspond, grosso modo, à la partie nord de la municipalité actuelle de Saint-François, Mme de Boulongne aurait remis à René Baucher une terre de Sainte-Famille[7].

À l'époque, les censitaires avaient l'obligation de faire feu et lieux sur les terres qui leur étaient concédés. Cependant, tout laisse croire que René Baucher n'a jamais tenu cet engagement personnellement. Dès le recensement suivant la concession, la terre est mise en valeur et le 5 octobre 1678, un marché est conclu entre Baucher et Nicolas Menanteau pour faire défricher et ensemencer un arpent sur sa terre pour le prix de 30 livres[8]. Finalement, Baucher bougera beaucoup. En tant que marchand, il parcourut la région de long en large et finit pas aller s'établir à Terre-Neuve où l'on perd un peu sa trace. Sa terre sera remis à sa mort à un de ses fils Jacques ainsi qu'à sa veuve Marie-Madeleine Trumel qui finiront par remettre leurs portions respective au nouveau mari de cette dernière Michel Balan dit Lacombe. Il la possédera jusqu'au 31 juillet 1727, jour où il finit par vendre la terre à Marc-Antoine Canac dit Marquis[9].

La famille Canac dit Marquis (1727-1872)Modifier

En 1727, Marc-Antoine Canac dit Marquis, alors major de milice établi à Sainte-Famille, acquiert la terre afin d'y installer son fils François. C'est vraisemblablement ce dernier qui fait ériger le premier carré de la maison Drouin, correspondant à la partie est, peu après 1729. En fait, la datation du bois de la maison laisse présager une coupe à l'hiver 1729.

À la suite d'un contrat d'échange entre François Canac et son frère Jean-Baptiste, ce dernier devient propriétaire du terrain et du bâtiment en 1734. Il emménage avec sa femme Marguerite Drouin et agrandit la demeure vers l'ouest probablement la même année. Sa famille ainsi que ses descendants occupent la terre jusqu'en 1861[10]. En tout, ce sera 4 générations de Canac qui vont se suivre dans la Maison. À la mort de Jean-Baptiste, la succession désigna son fils Jean-Baptiste qui emménagea avec son épouse Judith Pépin dit Lachance[11]. Par la suite ce sera le fils de ces derniers appelé Jean qui prendra le relais. Il fit feu et lieu dans la maison avec sa femme Marie Lepage[12]. Enfin, ce fut au tour de Jean-Marie Canac, fils de Jean de prendre possession de la maison. Ce dernier emménagea en 1823 avec sa femme Marie-Thérèse Deblois et fut le dernier de sa lignée à occuper la terre[13].

À la suite d'une poursuite en justice intentée par 3 de ses neveux dont il avait la tutelle, Jean-Marie Canac dit Marquis se vit forcé de vendre la terre et la maison. Ce sera son frère François Canac-Marquis qui s'en portera acquéreur. Ce sexagénaire décide, 1 an après la mort de sa précédente épouse, de repartir en ménage et marie Marie-Luce Foucher agée de 33 ans. Ils auront 5 enfants qui seront les derniers Canac à naître dans la Maison. François Canac demeure propriétaire de la maison jusqu'à sa vente à Élie Drouin en 1872[14].

La famille Drouin (1872-1996)Modifier

 
La Maison Drouin en 1925.

Élie Drouin, premier Drouin à posséder la maison, était un forgeron de 43 ans déjà très proche de la famille Canac. En effet, deux de ses frères ont marié des filles de Jean-Marie et sa propre épouse Marie Deblois est la nièce du couple. Il acquit la maison et s'y établie jusqu'à sa mort en 1902. Le futur des Drouin sur la terre fut assuré par le fils d'Élie. Cyrille qui acheta la maison à son père afin de sortir ce dernier d'un mauvais pas financier. Cyrille Drouin maria Eulalie Asselin en 1902 et le couple furent les parents des derniers enfants nés sur la terre: Cyrille fils, Maria et Élie[15].

À la mort de Cyrille père, la terre fut donnée à son fils Élie qui, l'année de son mariage, décida de la céder à sa soeur Maria et de partir à Montréal avec son épouse Jeannine Létourneau. Maria resta donc dans la maison familliale en compagnie de son frère Cyrille. Les deux demeurèrent célibataires et prirent soin de la maison jusqu'à ce que, tour à tour, Maria décède en 1977 et Cyrille quitte pour une maison de retraite en 1984. En 1990, Cyrille décéda à son tour ainsi que son frère Élie. La succession revint à Jeannine Létourneau ainsi qu'à ses filles Sylvie et Linda[16].

Fondation François-Lamy (1996-Aujourd'hui)Modifier

La Fondation François-Lamy est un organisme à but non-lucratif basé à Sainte-Famille de l'Île d'Orléans. Créée en 1978 par Georges-Henri Blouin, Pascal Poulin et le curé Bertrand Fournier, sa mission est de préserver et de diffuser le patrimoine de l'île[17]. Après sonnette d'alarme déclenchée par plusieurs historiens et amoureux du patrimoine sur le fait que la maison Drouin était mise en vente, la Fondation décida de demander une aide du Ministère de la Culture et des Communications du Québec afin d'acquérir la maison[18]. Le tout fut officialisé en 1996 et, l'année suivante, la maison fut ouverte aux visiteurs.

Aujourd'hui, la Maison Drouin est un centre d'interprétation de l'histoire de l'île. Des restaurations furent complétés en 2014 et, depuis ce temps, une visite interactive à l'aide de Ipad est disponible. La maison est ouverte en période estivale et accueille de juin à octobre groupes et touristes[19].

ArchitectureModifier

La Maison Drouin est un des exemples les plus évident de l'architecture du régime français de la première moitié du 18e siècle. Elle a su conserver jusqu'à aujourd'hui ses caractéristiques d'origine que ce soit les murs de pierre recouverts de crépis ou encore les planchers de bois taillés à la hache. Malgré l'évolution des mœurs sur l'île et l'arrivée de certaines commodités modernes comme l'électricité et l'eau courante, elle est toujours demeurée intacte. Des analyses de dendrochronologie ont d'ailleurs prouvé que le bois des planchers avait été coupé à l'hiver 1729.

C'est un des très rares exemples intacts de l'architecture domestique rurale du Régime français. Cette architecture, souvent qualifiée «d'esprit français», devrait, selon des experts comme Gérard Morisset, plutôt être qualifiée de «romane d'Europe septentrionale».

Notes et référencesModifier

  1. Martial Dassylva, « Sainte-Famille, la plus vieille paroisse de l’île d’Orléans », La Presse,‎ , H4 (ISSN 0317-9249, lire en ligne)
  2. « Fondation | Mission et histoire », sur Maison de nos Aïeux | Maison Drouin | Fondation François-Lamy (consulté le 14 août 2019)
  3. « Maison Drouin - Répertoire du patrimoine culturel du Québec », sur www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca (consulté le 14 août 2019)
  4. Michèle Laferrière, « Maison Drouin: 300 années et... une réouverture », sur Le Soleil, (consulté le 14 août 2019)
  5. Rompré et Thibault 2006, p. 69.
  6. Rompré et Thibault 2006, p. 71.
  7. Léon Roy, Les terres de l'Île d'Orléans, Éditions Bergeron, , 491 p., p. 67
  8. ANQ., Greffe Gilles Rageot, 5 octobre 1678, Marché de défrichement d'un arpent de terre située à Sainte-Famille de l'île d'Orléans entre René Baucher dit Morency, hôtelier de Québec et Nicolas Menanteau de l'île d'Orléans.
  9. Jean-Claude Dion, « Recension chronologique des ventes de terre et d’habitation à l’Île d’Orléans (1657-1800) », Archiv-Histo,‎ , p. 56 (ISBN 978-2-923598-32-1, lire en ligne)
  10. Rompré et Thibault 2006, p. 120.
  11. Rompré et Thibault 2006, p. 133.
  12. Rompré et Thibault 2006, p. 144.
  13. Rompré et Thibault 2006, p. 156.
  14. Rompré et Thibault 2006, p. 174.
  15. Rompré et Thibault 2006, p. 187-188.
  16. Michèle Laferrière, « Maison Drouin: 300 années et... une réouverture », Le Soleil,‎ (lire en ligne)
  17. « Fondation | Mission et histoire », sur Maison de nos Aïeux | Maison Drouin | Fondation François-Lamy (consulté le 22 août 2019)
  18. « Maison Drouin, Sainte-Famille, Î.O. - Capsule 6 de 6 » (consulté le 22 août 2019)
  19. « Maison Drouin | Exposition », sur Maison de nos Aïeux | Maison Drouin | Fondation François-Lamy (consulté le 22 août 2019)

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

FilmographieModifier

  • Feu et lieu : La restauration de la Maison Drouin, Francis Lauzon, Solstice/Audiovisuel, 2014, 29 min 42