Madrigal (Fauré)

œuvre de Gabriel Fauré

Madrigal (op. 35) est un morceau de musique vocale en quatre parties de Gabriel Fauré sur un poème d'Armand Silvestre, composée en 1883. Ce madrigal est écrit pour être chanté par un quatuor vocal ou un chœur, avec piano ou — l'année suivante — un accompagnement orchestral. Il est réutilisé en 1919 dans les Masques et bergamasques du même compositeur.

CompositionModifier

Fauré aimait les poèmes de Silvestre et en a mis plusieurs en musique[n 1]. Celui-ci, intitulé Pour un chœur alterné, est issu du recueil de Silvestre de 1878, La chanson des heures. Avec le sujet du poème, de jeunes hommes et femmes s'accusent mutuellement d'égoïsme et de cruauté dans des affaires du cœur, Fauré fait de cette chanson un cadeau de mariage malicieux pour son ami et ex-élève André Messager, qui en était le dédicataire. Le pianiste et universitaire Graham Johnson commente que la chanson a « la vivacité et la suggestivité d'un discours du témoin lors d'un mariage[2]. » La première ligne de la musique utilise un thème de Bach, peut être un clin d’œil privé entre les deux amis[n 2].

La chanson a été créée lors d'un concert de la Société nationale de musique le 12 janvier 1884 par le chœur de la société. Elle a été publié chez Hamelle la même année. La première de la version orchestrale a été donnée par le quatuor et l'orchestre de la société le 30 avril 1892[4]. Fauré a ensuite incorporé la chanson sous sa forme orchestrale dans sa musique de scène Masques et bergamasques (1919)[5].

TexteModifier

(Les jeunes gens)
Inhumaines qui, sans merci,
Vous raillez de notre souci,
Aimez ! Aimez quand on vous aime !

(Les jeunes filles)
Ingrats qui ne vous doutez pas
Des rêves éclos sur vos pas,
Aimez ! Aimez quand on vous aime !

(Les jeunes gens)
Sachez, ô cruelles Beautés,
Que les jours d'aimer sont comptés.
Aimez ! aimez quand on vous aime !

(Les jeunes filles)
Sachez, amoureux inconstants,
Que le bien d'aimer n'a qu'un temps.
Aimez ! aimez quand on vous aime !

(Ensemble)
Un même destin nous poursuit
Et notre folie est la même :
C'est celle d'aimer qui nous fuit,
C'est celle de fuir qui nous aime !


Notes, références et sourcesModifier

NotesModifier

  1. Le Grove liste dix autres arrangement des poèmes de Silvestre par Fauré, composés entre 1878 et 1904[1].
  2. Le thème est tiré de l'introduction de la cantate Aus tiefer Not schrei ich zu dir, réutilisé par Bach dans sa Fugue No. 8 dans le premier livre du Clavier bien tempéré[3].

RéférencesModifier

  1. (en) Jean-Michel Nectoux, « Fauré, Gabriel (Urbain)  », dans Grove Music Online, Oxford University Press,  
  2. Johnson, p. 145–146.
  3. Nectoux, p. 108
  4. Nectoux, p. 538
  5. Jones, pp. 179–181

SourcesModifier

  • (en) Graham Johnson, Notes to Gabriel Fauré: The Songs and their Poets, Farnham, Surrey and Burlington, Vermont, Ashgate, (ISBN 978-0-7546-5960-0)
  • (en) J. Barrie Jones, Gabriel Fauré – A Life in Letters, London, B T Batsford, (ISBN 978-0-7134-5468-0)
  • (en) Jean-Michel Nectoux, Gabriel Fauré – A Musical Life, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-23524-2)

Liens externesModifier