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Sirius est l'étoile la plus brillante du ciel nocturne. C'est une étoile double.

Dans le ciel terrestre, le Soleil se rapproche de Sirius, jusqu'à entrer en conjonction avec elle début juillet. Autour de cette date, Sirius, étant située nettement au sud de l'écliptique, est invisible à tout observateur de l'hémisphère nord, n'étant au-dessus de l'horizon que pendant la journée. L'observateur retrouve Sirius lorsqu'elle effectue son lever héliaque, c'est-à-dire sa réapparition dans les lueurs de l'aube.

La régularité de son apparition a fait que bien des peuples de l'Antiquité l'ont utilisée comme point de repère astronomique. Le plus connu est celui des Égyptiens[a], mais c'était aussi le cas des Grecs : tous les huit ans, les éphores de Sparte guettaient Sirius (astéroscopie) pour y chercher un « signe » ayant une incidence sur la vie politique ; de même, les gens de l'île de Kéôs devaient chaque année guetter l'apparition de Sirius, en armes, et lui sacrifier[1] ; selon Théophraste[2], divers végétaux étaient plantés à l'époque du lever héliaque de Sirius. Chez les Iraniens, où l'on adorait l'étoile (c'était le dieu Tištrya), les mages, selon Marcus Manilius, montaient chaque année sur le mont Tauros pour en observer le lever héliaque.

Dans le ciel nocturne d'Égypte, l'étoile, appelée Sothis si l'on utilise la forme hellénisée de l'égyptien, est représentée sous la forme d'une petite chienne (canicula en latin) appartenant à la constellation du Grand Chien (canis major en latin).

Sommaire

HistoireModifier

Durant la période prédynastique, ce lever héliaque coïncidait avec le début de la crue du Nil observée à Thèbes vers le 20-25 juin, donc au solstice d'été dans l'hémisphère nord. La réapparition simultanée de l'étoile la plus brillante et de l'eau avait une signification hautement symbolique. C'est également la période la plus chaude de l'année, d'où le nom de « canicule » (dérivé de canicula) donné par les Romains, et que nous utilisons pour définir une période de grande chaleur.

Grâce au développement des modèles numériques de la mécanique céleste, on sait aujourd'hui dater avec précision l'occurrence du lever héliaque de toute étoile visible à l'œil nu en fonction du site choisi pour l'observation.

Incidence sur le calendrierModifier

Si le lever héliaque de l’étoile Sothis est un phénomène plus ou moins fixe (en fait légèrement variable suivant la précession des équinoxes avec retard de quatorze jours par millénaire) au cours d’une année solaire (année d’environ 365,25 jours), le nouvel an du calendrier égyptien (année de 365 jours), le 1er Thôt, est mobile. Le décalage entre l’année solaire et l’année civile était d’environ un jour tous les quatre ans. Il fallait donc 1 460 ans (365 x 4) pour qu’un événement du calendrier égyptien coïncide de nouveau avec un événement du calendrier solaire.

C’est ainsi que, théoriquement, tous les 1 460 ans, le nouvel an du calendrier égyptien coïncidait avec le lever héliaque de l’étoile Sothis. Ces années, ainsi que celles où le nouvel an coïncidait avec l’inondation, étaient considérées comme extrêmement bénéfiques et étaient souvent immortalisées sur les bas-reliefs. Ces faits permettent de dater assez précisément les règnes de certains pharaons. Cette période de 1 460 ans est appelée « période sothiaque ».

Dès lors, l'indication d'une date de lever héliaque de Sirius permet théoriquement sa datation absolue, sachant que, d'après le grammairien et chronologiste Censorin, une telle coïncidence ayant eu lieu en 139, on peut calculer que les précédentes eurent lieu en -1317, -2775 et -4235. Il suffirait alors de connaître la date du lever héliaque dans le calendrier civil égyptien pour savoir à quelle distance temporelle on se trouve de la prochaine coïncidence. L'absence d’informations sur les lieux d'observation des levers héliaques crée une grande variabilité des résultats.

Par exemple, un texte de la XIIe dynastie signale un lever héliaque, le 16 du huitième mois de l'an 7 du règne de Sésostris III. L'avance à accomplir jusqu'à la prochaine coïncidence se compose donc des quatorze jours restants du huitième mois, des cent vingt jours des quatre derniers mois, des cinq jours épagomènes et du jour d'apokatastasis, soit cent quarante jours en tout. À raison d'un jour tous les quatre ans, on trouve donc que l'an 7 du règne de Sésostris III était à 560 années (140 x 4) de la prochaine coïncidence, celle de -1320, soit l'année -1880, en parfait accord avec les autres estimations des dates de ce règne.

De nos jours un certain nombre de critiques sont formulées contre la datation au moyen de la période sothiaque. On n'est ainsi pas sûr que le calendrier civil soit resté inchangé durant des siècles, on n'a pas retrouvé de mention explicite de ce cycle dans les écrits prédynastiques et la date de -4235 comme date de création du calendrier semble contredite par l'archéologie.

Aujourd'hui avec la précession des équinoxes, le lever héliaque de Sirius a lieu en août à la latitude du Caire alors que la crue (sans le barrage d'Assouan) a toujours lieu vers le 25 juin. Le lever héliaque de Sirius a donc six bonnes semaines de retard sur la crue du Nil, et le lien entre les deux événements est rompu.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Comme cela est détaillé ci-dessous dans le corps de l'article, section Incidence sur le calendrier.

RéférencesModifier

  1. Scholie à Apollonios de Rhodes, Argonautiques, II, 498
  2. Histoire des plantes, III, 3, 4

Voir aussiModifier