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Le Dernier des nôtres

roman d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Le Dernier des nôtres
Auteur Adélaïde de Clermont-Tonnerre
Pays France
Genre Roman
Éditeur Grasset
Date de parution
Nombre de pages 496
ISBN 9782246861898

Le Dernier des nôtres est un roman d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre paru le aux éditions Grasset et ayant reçu la même année en août le premier prix « Filigranes »[1], puis le Prix des Lauriers Verts du roman à La Forêt des livres le 28 août[2], et enfin le grand prix du roman de l'Académie française[3] le 27 octobre. Il a reçu le Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2018[4].

RésuméModifier

L'histoire commence par un coup de foudre à Manhattan en 1969. Le narrateur, Werner Zilch, est un jeune homme d'affaires ambitieux et un séducteur impénitent, de 24 ans, jusqu'à ce qu'il tombe éperdument amoureux de Rebecca Lynch. Cette dernière est une artiste peintre fréquentant le milieu du pop art new-yorkais, et son père est à la tête de l'une des plus grosses fortunes des États-Unis. Werner et Rebecca vivent une passion orageuse, d'autant plus menacée que de lourds secrets familiaux se révèlent à l'occasion de leur rencontre. Le récit de Werner alterne avec des chapitres relatant l'histoire de sa famille, d'abord en Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis aux États-Unis, à la suite de l'opération Paperclip, d'abord à Fort Bliss (Texas).

Adopté très jeune par un couple américain, le riche Werner recherche alors, par cinq ou six détectives privés, l'identité de ses parents biologiques. Il apprend ainsi que sa mère est morte en lui donnant la vie lors du bombardement de Dresde[5]. Quant à son père, il a participé à la conception des missiles V2. Jusqu'à quel point ce brillant ingénieur s'est-il compromis dans les exactions commises par le régime nazi? A-t-il un lien avec les terribles souffrances endurées par la mère de Rebecca? L'avenir des deux amants dépend de ce qu'ils vont découvrir…

Réception critiqueModifier

Marie Daoudal apprécie un « début prometteur » avec la description de la jeunesse américaine des années 1970 à travers des personnages attachants, opposée à l'histoire dramatique de la génération précédente en Allemagne dans les dernières années du troisième Reich. Mais elle regrette que le développement de l'intrigue soit trop manichéen, avec des caractères simplistes typés jusqu'à la caricature. L'accumulation de coïncidences improbables rend l'histoire encore moins crédible. C'est d'autant plus dommage que le style d'écriture est « impeccable » et que l'auteure soulève de graves questions sur l'inné et l'acquis ou le devoir de mémoire, par exemple[6]. Comme de nombreux autres critiques, Marc Lambron qualifie ce roman de « page turner ». Il remarque qu'il est rare qu'un roman français adopte un tel style « pulp » de feuilleton à l'américaine et il admire l'habileté de la romancière à « calibrer » un produit voué à un grand succès populaire[7]. Thierry Gandillot considère que le style de l'ouvrage vise plus l'efficacité que l'inventivité, et que les « ficelles » de l'intrigue « sont un peu grosses »[8]. Sylvie Koneski estime que « la partie new-yorkaise ressemble (un peu trop) à un conte de fées moderne » et abuse des superlatifs pour raconter cette « love story » (et la référence explicite à Love Story (film, 1970), scénario de Erich Segal, se trouve p. 385. Elle a par contre apprécié l'arrière-plan historique qui relie les deux familles[9]. Les jurées du 48e grand prix des lectrices de Elle ont exprimé des avis divergents sur ce roman, allant du très négatif (par exemple, Sylvie Bassaget: « style pauvre », « scénario rocambolesque », « grande scène finale légèrement grandguignolesque », « manque d'empathie et de connaissance sur la seconde guerre mondiale », « personnages caricaturaux ») au très élogieux (par exemple, Mélodie Bernal: « écriture fluide », « intrigue passionnante et très bien menée », « grande habileté » dans la description des sentiments amoureux, « contexte historique précis et réaliste »)[10].

Mais cinq prix littéraires lui sont décernés...

La blogosphère est partagée[11],[12],[13],[14],[15].

CoquillesModifier

Deux constructions au moins sont fautives, ou régionales.

Et deux mots au moins sont des fautes : commant (p. 402, pour commandant), et surtout chaumer (p. 134, pour chômer, dans On ne chaumait pas, à l'auberge Kaiserhof, dans cette bucolique station de ski).

PersonnagesModifier

Les personnages principaux sont :

  • Werner Zilch (ou Zilch-Goodman), 24 ans en 1969, né en 1945, en Allemagne, à Dresde, adopté à trois ans en 1948 aux États-Unis, jeune loup dans l'immobilier new-yorkais, et narrateur pour la plus grande partie des années 1969-1978 (et 1959),
  • Marcus Howard, 26 ans en 1969, juriste, ami et associé de Werner dans la société Z & H, et colocataire,
  • Donna, l'assistante parfaite de Z & H,
  • Rebecca Lynch, Becca, artiste, fille unique héritière des Lynch, perturbée par ses découvertes sur sa mère,
  • Lauren Zilch-Goodman, née en 1949, sœur adoptive de Werner, en communauté hippie californienne (avec tofu, curcuma, yoga, indianeries, méditation, flower power), rappelée par Werner, en couple avec Marcus, envisage de créer un centre de bien--être (Eden's),
  • Marthe Engerer, épouse de Kasper Zilch, belle-sœur et amie de Luisa, responsable de Werner pour les trois premières années, veuve, libre et imprévisible (à Oberammergau),
  • Nathan Lynch, magnat juif américain new-yorkais,
  • Judith Sokolovsky, violoniste surdouée, épouse Lynch, excessive maigreur, cicatrices, numéro tatoué au poignet,
  • Johann Zilch, frère cadet, le bon, scientifique, ingénieur, assistant de Werner von Braun, travaillant sur les V2, interné pour propos défaitistes rapportés par des proches, interrogé par la Gestapo, brutalisé, mis en camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen, revenu partiellement amnésique,
  • Kasper Zilch, frère aîné, ennemi, le mal, possible capitaine S.S. Zilch, supposé mort en 1945,

Les personnages secondaires sont peu nombreux :

  • les parents adoptifs de Werner, à Hawthorne (New Jersey), Goodman puis Zilch-Goodman (p. 249) : Armande (française, Sois féroce, mon fils (p. 247), Andrew (ancien G.I. en France),
  • Ernie, vieux dandy à cravate, d'environ 40 ans, second de Nathan (bras droit), protégé, protecteur,
  • Frank Howard, père de Marcus,
  • Miguel, le traiteur cubain, finalement majordome de la maison de Sandmanor, majordome, fée du logis
  • Docteur Bonnett, 64 ans, passé par l'Afrique, également acupuncteur, traite Rebecca,
  • Docteur Nass, psychanalyste, traite Judith, avec de fréquents internements,
  • Billy Melvin, 16 ans en 1959, à l'Hawthorne High School, le premier grand à subir la colère de Werner, qu'il a insulté sur ses parents,
  • Lou, la première amie de Werner, suite à cette bagarre,
  • Joan Campbell, amante de Werner, quand Rebecca disparaît,
  • chef de police O'Leary, qui libère Werner après un scandale à la maison Lynch,
  • Docteur Victor Klemp, chirurgien de la Croix-Rouge à Dresde en 1945,
  • le jeune soldat anonyme qui cherche du lait ou une nourrice pour Werner,
  • Anke, la jeune femme dont l'enfant nouveau-né vient de trépasser, et qui finit par allaiter Werner, soumise et mariée,
  • Gretel, épicière à Mölschow (Mecklembourg, près de Peenemünde), en 1945, qui conduit Marthe, Anke et Werner à Oberammergau (Bavière),
  • Wernher von Braun, parrain supposé de Werner, rencontré par Werner en 1972,
    • Gunther, le chauffeur,
    • Friedrich, chevalier servant de Marthe
    • Magnus von Braun, frère de Wernher, intermédiaire pour la reddition aux Américains, (Fred Schneikert, Charles Stewart),
  • Sergueï Korolev (Opération Osoaviakhim), chargé de récupérer des scientifiques allemands, à l'origine du programme spatial soviétique,
  • Edwige (1929-), rencontrée dans la rue par Judith (et Rebecca), ancienne collègue au camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, ouvrière sexuelle, (p. 304),
  • Dane, environ quarante ans, de famille juive polonaise (dont 89 membres ont péri à l'époque), chasseur d'anciens nazis aux USA,
  • Ernst, compagnon (communiste) de Johann, en camp de concentration, puis en transfert à pied,
  • Donald Trump, rencontré dans un restaurant par Werner (et Rebecca) (p. 377),
  • Tom Exley, détective privé principal, recruté par Werner,
  • Docteur Change, premier docteur traitant de Marthe après son internement (sur emposonnement),
  • Docteur Abigaïl, première psychiatre femme de l'hôpital d'El Paso, traite Marthe, est renvoyée, vit en Louisiane avec Marthe,
  • M. Van der Guilt, recueille Werner et Rebecca dans sa maison Sandmanor (Les Hamptons), leur propose d'acheter Sandmanor, et fournit un dossier sur Ernie,
  • Kate Van der Guilt, épouse décédée,
  • et différents chauffeurs de taxi...

Références culturellesModifier

L'histoire de Caïn et Abel, les frères effectivement ennemis, est revisité.

Le personnage de Werner est peu cultivé, mais le contact de Rebecca lui fait découvrir tout un monde :

  • La soirée d'inauguration du Z & H Center rassembla tout ce que New York comptait de chic, de sexy et de puissant (p. 220),
  • Egon Schiele (p. 66),
  • Le Gioccardi, restaurant new-yorkais, de SoHo, lieu de la rencontre,
  • La Factory, en l'absence d'Andy Warhol,
  • L'Electric Circus, le mercredi et le vendredi : Tom Wolfe, Truman Capote, Warren Beatty, Velvet Underground, Grateful Dead, Cat Mother & the All Night Newsboys (p. 291),
  • Le Bitter End, le jeudi : Frank Zappa, Nina Simone, Bob Dylan, Woody Allen, Bill Cosby (p. 292),
  • The Scene : Jimi Hendrix, (Jim Morrisson), Janis Joplin, Lynda McCartney, Andy Marhol, Allen Ginsberg...

ÉditionsModifier

Notes et référencesModifier

  1. Gilles Milecan, « Le premier prix "Filigranes" est décerné à Adélaïde de Clermont-Tonnerre », sur lalibre.be, (consulté le 1er juillet 2018)
  2. Gonzague Saint Bris, « Adélaïde de Clermont Tonnerre grand prix du roman de l’Académie française : elle avait reçu pour « le Dernier des nôtres » le prix du roman à la Forêt des Livres. », sur gonzaguesaintbris.over-blog.com, (consulté le 1er juillet 2018)
  3. Le Grand Prix du roman de l’Académie française attribué à Adélaïde de Clermont-Tonnerre dans Le Monde du 27 octobre 2016.
  4. « Le prix des lecteurs ça continue. », sur livredepoche.com, (consulté le 1er juillet 2018)
  5. Son dernier vœu est le seul et énigmatique indice laissé à ses parents adoptifs: « Cet enfant s’appelle Werner Zilch, ne changez pas son nom, c’est le dernier des nôtres » (Le Dernier des nôtres, p. 248 et 402).
  6. Marie Daoudal, « Bilan mitigé pour Le dernier des nôtres », sur maze.fr, (consulté le 1er juillet 2018)
  7. Marc Lambron, « Adélaïde de Clermont-Tonnerre remporte le grand prix du roman de l'Académie française », sur lepoint.fr, (consulté le 1er juillet 2018)
  8. « mais les académiciens français se sont laissé ligoter, qui ont décerné à ce « Dernier des nôtres » le grand prix de leur vénérable maison. » Thierry Gandillot, « L'épopée de Werner Zilch de von Braun à Warhol », sur lesechos.fr, (consulté le 1er juillet 2018)
  9. Sylvie Koneski, « Coup de foudre à Manhattan », sur parutions.com, (consulté le 1er juillet 2018)
  10. « « Le dernier des nôtres » de Adélaïde De Clermont-Tonnerre », sur elle.fr, (consulté le 1er juillet 2018)
  11. https://www.senscritique.com/livre/Le_dernier_des_notres/21583326
  12. https://www.babelio.com/livres/Clermont-Tonnerre-Le-dernier-des-notres/850206/critiques?pageN=4
  13. https://www.culture-tops.fr/critique-evenement/livres/le-dernier-des-notres#.XSQh2Ogza00
  14. http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/49114
  15. https://www.lemonde.fr/livres/article/2016/10/27/le-grand-prix-du-roman-de-l-academie-francaise-attribue-a-adelaide-de-clermont-tonnerre_5021629_3260.html
  16. Le Dernier des nôtres sur les site des éditions Grasset.
  17. Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Le Dernier des nôtres, , 480 p. (ISBN 9782253070504)
  18. (en) Katherine Cowdrey, « Hodder acquires award-winning French novel The Last of Our Kind », sur thebookseller.com, (consulté le 1er juillet 2018)
  19. (en) Adélaïde de Clermont-Tonnerre, The Last of Our Kind, Hachette UK, , 352 p. (ISBN 9781473658059)
  20. (es) Adélaïde De Clermont-Tonnerre (trad. Dolors Gallart), El último de los nuestros, Roca Editorial de Libros, , 384 p. (ISBN 9788417092085)
  21. (it) Adélaide de Clermont-Tonnerre, L'ultimo di noi, Sperling & Kupfer, 20 février2018, 396 p. (ISBN 9788893426060)