L'Alouette et ses petits, avec le maître d'un champ

fable française de La Fontaine

L'Alouette et ses petits, avec le maître d'un champ
Image illustrative de l’article L'Alouette et ses petits, avec le maître d'un champ
Gravure de Louis-Simon Lempereur d'après Jean-Baptiste Oudry, édition Desaint & Saillant, 1755-1759

Auteur Jean de La Fontaine
Pays Drapeau de la France France
Genre Fable
Éditeur Claude Barbin
Lieu de parution Paris
Date de parution 1668
Chronologie

L'Alouette et ses petits, avec le maître d'un champ est la vingt-deuxième fable du livre IV de Jean de La Fontaine situé dans le premier recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1668.

Ne t'attends qu'à toi seul : c'est un commun proverbe.
                  Voici comme Esope le mit
                                       En crédit :
  Les alouettes font leur nid
                   Dans les blés, quand ils sont en herbe,
              C'est-à-dire environ le temps
Que tout aime et que tout pullule dans le monde ,
                   Monstres marins au fond de l'onde,
Tigres dans les forêts, alouettes aux champs.
                   Une pourtant de ces dernières
Avait laissé passer la moitié d'un printemps
Sans goûter le plaisir des amours printanières.
À toute force enfin elle se résolut
D'imiter la nature, et d'être mère encore.
Elle bâtit un nid, pond, couve et fait éclore,
A la hâte : le tout alla du mieux qu'il put.
Les blés d'alentour mûrs avant que la nitée
                    Se trouvât assez forte encor
                    Pour voler et prendre l'essor,
De mille soins divers l'alouette agitée
S'en va chercher pâture, avertit ses enfants
D'être toujours au guet et faire sentinelle.
                    «Si le possesseur de ces champs
Vient avecque son fils (comme il viendra) , dit-elle,
              Ecoutez bien : selon ce qu'il dira
                     Chacun de nous décampera.»
Sitôt que l'alouette eût quitté sa famille
Le possesseur du champ vient avecque son fils.
« Ces blés sont mûrs, dit-il, allez chez nos amis
Les prier que chacun, apportant sa faucille,
Nous vienne aider demain dès la pointe du jour.»
                     Notre alouette de retour
                     Trouve en alarme sa couvée.
L'un commence : « Il a dit que, l'aurore levée,
L'on fît venir demain ses amis pour l'aider....
- S'il n'a dit que cela, repartit l'alouette,
Rien ne nous presse encor de changer de retraite ;
Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter.
Cependant soyez gais; voilà de quoi manger.»
Eux repus, tout s'endort, les petits et la mère.
L'aube du jour arrive, et d'amis point du tout.
L'alouette à l'essor, le maître s'en vient faire
                    Sa ronde ainsi qu'à l'ordinaire.
«Ces blés ne devraient pas, dit-il, être debout.
Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose
Sur de tels paresseux, à servir ainsi lents.
                     Mon fils, allez chez nos parents
                     Les prier de la même chose.»
L'épouvante est au nid plus forte que jamais.
« Il a dit ses parents, mère, c'est à cette heure...
                      Non, mes enfants ; dormez en paix :
                      Ne bougeons de notre demeure.»
L'alouette eut raison, car personne ne vint.
Pour la troisième fois, le maître se souvint
De visiter ses blés. «Notre erreur est extrême,
Dit-il,de nous attendre à d'autres gens que nous.
Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.
Retenez bien cela, mon fils. Et savez-vous
Ce qu'il faut faire ? Il faut qu'avec notre famille
Nous prenions dès demain chacun une faucille :
C'est là notre plus court; et nous achèverons
                       Notre moisson quand nous pourrons.»
Dès lors que ce dessein fut su de l'alouette :
«C'est ce coup qu'il est bon de partir, mes enfants.»
                        Et les petits, en même temps,
                        Voletants, se culebutants,
                        Délogèrent tous sans trompette.

— Jean de La Fontaine, Fables de La Fontaine, L'Alouette et ses petits, avec le maître d'un champ

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