Katharine Gun

Traductrice et lanceuse d'alerte

Katharine Teresa Gun (nom de jeune fille Harwood et nom marital Gün, mais dans la presse souvent simplifié à Gun[1]) est une traductrice britannique née en 1974. Elle a travaillé pour le Government Communications Headquarters (GCHQ), un service de renseignement britannique[2]. En 2003, elle a divulgué au journal The Observer des informations classées secrètes concernant une demande de renseignements venant des États-Unis, au sujet de diplomates de membres du Conseil de sécurité, qui devaient voter sur une deuxième résolution des Nations unies sur une invasion potentielle de l'Irak[3].

Katharine Gun
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Biographie
Naissance
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Distinction

JeunesseModifier

Gun est née au Royaume-Uni mais a été élevée par ses parents britanniques à Taïwan[réf. nécessaire]. Son éducation l'a amenée plus tard à se décrire comme une "third culture kid", c'est-à-dire ayant grandi dans une culture autre que celle de ses parents ou du pays indiqué sur son passeport[4].

Après avoir passé son enfance à Taiwan où elle a fréquenté la Morrison Academy, une école internationale chrétienne, Gun a étudié le japonais et le chinois à l'Université de Durham en Angleterre[5]. Ayant du mal à trouver du travail en tant que linguiste, Gun a postulé au GCHQ après avoir lu une annonce pour l'organisation dans un journal. Gun ne connaissait auparavant pas l'existence du GCHQ, déclarant plus tard qu'elle y allait « à peu près à l'aveugle ».

Fuite d'informationModifier

Le travail ordinaire de Gun au GCHQ de Cheltenham consistait à traduire le mandarin en anglais[4]. À son lieu de travail au GCHQ le , Gun a lu un courriel de Frank Koza, chef de cabinet à la division des « objectifs régionaux » de la National Security Agency, l'agence américaine de renseignement d'origine électromagnétique[6].

Le courriel de Koza demandait de l'aide dans une opération secrète visant à mettre sous écoute les bureaux des Nations Unies de six pays: l'Angola, la Bulgarie, le Cameroun, le Chili, la Guinée et le Pakistan. C'était les six « nations pivot » du Conseil de sécurité de l'ONU qui pouvaient déterminer si l'ONU donnait son approbation pour l'invasion de l'Irak[7]. Selon certaines personnes, le plan violait la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, qui réglemente la diplomatie mondiale.

Gun fut scandalisée par le courriel et en emporta une copie imprimée chez elle[4]. Après avoir envisagé le courriel au cours du week-end, Gun le transmit à un ami qui avait des connaissances parmi les journalistes. En février, elle se rendit à Londres pour participer à une manifestation contre la guerre avec l'Irak. Gun n'entendit plus parler du courriel jusqu'au dimanche 2 mars, lorsqu'elle le vit reproduit sur la première page du journal The Observer. Moins d'une semaine après l'article dans The Observer, le mercredi 5 mars, Gun avoua à son supérieur hiérarchique au GCHQ qu'elle avait fuité le courriel, et fut arrêtée. Dans une interview à la BBC avec Jeremy Paxman, elle a déclaré qu'elle n'avait pas soulevé la question avec les conseillers au personnel car elle « ne pensait honnêtement pas que cela aurait eu d'effet pratique »[8]. Gun passa une nuit en garde à vue et, huit mois plus tard, fut accusée d'avoir enfreint le Official Secrets Act, qui protège les secrets d'État et l'information officielle. En attendant de savoir si elle serait inculpée, Gun entreprit un cours de troisième cycle en éthique mondiale à l'Université de Birmingham.

ProcèsModifier

Le , Gun fut inculpée d'une infraction à l'article 1 de l'Official Secrets Act 1989[9]. Son cas est devenu une cause célèbre parmi les militants, et de nombreuses personnes se sont avancées pour exhorter le gouvernement à abandonner l'affaire. Parmi eux se trouvaient le pasteur Jesse Jackson, Daniel Ellsberg (le responsable du gouvernement américain qui avait divulgué les Pentagon Papers) et l'acteur Sean Penn, qui la décrivait comme « une héroïne de l'esprit humain ». Gun prévoyait de plaider « non coupable », affirmant pour sa défense qu'elle avait agi pour empêcher des pertes de vie imminentes dans une guerre qu'elle considérait comme illégale .

L'affaire fut portée devant les tribunaux le . En moins d'une demi-heure, l'affaire fut classée parce que l'accusation avait refusé de fournir des preuves[10]. Les raisons pour lesquelles l'accusation a abandonné l'affaire ne sont pas claires.

La veille du procès, l'équipe de défense de Gun avait demandé au gouvernement de fournir les documents relatifs aux conseils juridiques sur la légalité de la guerre qu'il avait reçus pendant la période précédant la guerre. Un procès complet aurait pu exposer ces documents à l'examen du public, car il était anticipé que la défense ferait valoir l'argument que tenter de mettre fin à une guerre d'agression illégale l'emportait sur les obligations de Gun au titre de la loi sur les secrets officiels. Les médias ont beaucoup spéculé sur le fait que le parquet avait cédé à la pression politique pour abandonner l'affaire afin que ces documents restent secrets. Cependant, un porte-parole du gouvernement a déclaré que la décision de classer l'affaire avait été prise avant la présentation des demandes de la défense. Le journal The Guardian avait annoncé l'intention du gouvernement de classer l'affaire la semaine précédente[11]. Le jour de l'audience, Gun a déclaré: « Je suis simplement déconcertée qu'au XXIe siècle, nous en tant qu'êtres humains lâchons encore des bombes les uns sur les autres comme moyen de résoudre les problèmes. »

En mai 2019, The Guardian a déclaré que l'affaire avait été classée « lorsque l'accusation a réalisé que des preuves allaient émerger... que même les avocats du gouvernement britannique pensaient que l'invasion était illégale ».

En septembre 2019, Ken Macdonald, l'ancien directeur des poursuites pénales, a déclaré que l'affaire contre Gun n'avait pas été abandonnée pour empêcher la révélation des conseils du procureur général sur la légalité de la guerre en Irak. Il a affirmé que Gun n'aurait pas bénéficié d'un procès équitable sans la divulgation d'informations qui auraient compromis la sécurité nationale. Gavin Hood, le directeur du film Official Secrets, a exprimé son scepticisme à l'égard de la déclaration de Macdonald et a appelé à la déclassification des documents officiels mentionnés par Macdonald[12].

Vie ultérieureModifier

Gun a reçu le Sam Adams Award en 2003 et a été soutenue au Royaume-Uni par le groupe de défense d'intérêts pour les droits humains Liberty, et aux États-Unis par l'Institute for Public Accuracy. Après l'abandon de l'affaire, Liberty a commenté: « On se demande si la divulgation dans ce procès pénal aurait pu être un peu trop embarrassante. »[10]

Deux ans après son procès, Katharine Gun a écrit un article intitulé Iran: Time to Leak[13], qui demandait aux lanceurs d'alerte de rendre publiques les informations sur les plans d'une éventuelle guerre contre l'Iran. Elle a exhorté ceux qui sont en mesure de le faire à divulguer des informations relatives à cette agression planifiée; des conseils juridiques, des réunions entre la Maison Blanche et d'autres agences de renseignement, des évaluations du niveau de menace de l'Iran (ou mieux encore, des preuves que les évaluations ont été altérées), des déploiements de troupes et des notifications de l'armée. Ne laissez pas « les renseignements et les faits se fixer autour de la politique » cette fois-ci.

En 2020, Gun vit en Turquie et en Angleterre[14].

Au cinémaModifier

En janvier 2019, le film Official Secrets, racontant les actions de Gun en 2003, a été présenté en première au Sundance Film Festival, avec Keira Knightley dans le rôle de Gun[15]. Ce même mois, Daniel Ellsberg a loué la rapidité et l'importance des actions de Gun, affirmant que c'était en quelque sorte plus important que ses propres dénonciations concernant la guerre du Vietnam[16].

En juillet 2019, dans une longue interview sur le programme américain Democracy Now!, Gun, Gavin Hood (le réalisateur du film), Martin Bright et Ed Vulliamy (les journalistes qui ont écrit l'article sur le courriel fuité) ont discuté des événements décrits dans le film[17],[18]. Avec le journaliste britannique Peter Beaumont, Gun a conseillé et consulté au fil des ans la réalisation du film et est « très satisfaite du résultat »[14].

RécompensesModifier

Katharine Gun a reçu le prix Cinema for Peace Heroes lors de l'événement Heroes à Los Angeles le .[réf. nécessaire]

RéférencesModifier

  1. Christoph Gunkel: Whistleblowerin Katharine Gun - "Ich fürchtete, sie könnten meine Gedanken lesen". Spiegel Online, 28 October 2019 (Interview, German)
  2. IPA's editor, « The Katharine Gun Case », accuracy.org, Institute for Public Accuracy, (consulté le 9 juillet 2013)
  3. « Ex-GCHQ officer 'preventing war' », BBC,‎ (lire en ligne, consulté le 28 décembre 2013)
  4. a b et c Oliver Burkeman and Richard Norton-Taylor, « The spy who wouldn't keep a secret », (consulté le 3 mars 2014)
  5. Marcia Mitchell et Thomas Mitchell, The Spy Who Tried to Stop a War: Katharine Gun and the Secret Plot to Sanction the Iraq Invasion,
  6. Martin Bright, « Katharine Gun: Ten years on what happened to the woman who revealed dirty tricks on the UN Iraq war vote? », The Guardian, (consulté le 3 mars 2014)
  7. Koza, « US plan to bug Security Council: the text », The Guardian (consulté le 5 septembre 2019)
  8. « Katharine Gun », BBC News,‎ (lire en ligne)
  9. « Ex-GCHQ woman charged over 'leak' », BBC News, (consulté le 2 février 2016)
  10. a et b « GCHQ translator cleared over leak », BBC News, (consulté le 2 février 2016)
  11. (en) Bright, « GCHQ mother: My girl is not a traitor », (consulté le 12 avril 2018)
  12. Mark Townsend, « Iraq war whistleblower’s trial ‘was halted due to national security threat’ », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le 31 octobre 2019)
  13. Gun, « Iran: Time To Leak » [archive du ], TomPaine.com,
  14. a et b Kazanci, Handan, « Film on British whistleblower’s life to hit Turkish theaters », (consulté le 3 janvier 2020)
  15. Patten, « Sundance 2019: Premieres Include Harvey Weinstein Docu, Mindy Kaling, Dr. Ruth, UK Spies, Miles Davis & Ted Bundy », Deadline.com,
  16. Norman Solomon, Huseyin Sari, Michael Oh, Michael Robertson, « Daniel Ellsberg speaking about Katharine Gun », sur Vimeo, RootsAction.org and ExposeFacts, (consulté le 3 janvier 2020)
  17. In 2003, This U.K. Whistleblower Almost Stopped the Iraq Invasion. A New Film Tells Her Story
  18. 15 Years Later: How U.K. Whistleblower Katharine Gun Risked Everything to Leak a Damning Iraq War Memo

Lectures supplémentairesModifier

  • Marcia Mitchell : The Spy Who Tried to Stop a War: Katharine Gun and the Secret Plot to Sanction the Iraq Invasion, Polipoint Press (2008). (ISBN 978-0981576916) .

Liens externesModifier