Karen Franklin

psychologue médico-légale américaine

Karen Franklin est une psychologue médico-légale américaine qui exerce dans la baie de San Francisco, ancienne journaliste et autrice d'une thèse doctorale sur les violences homophobes. Ses recherches et publications portent plus largement sur les crimes sexuels et s'opposent dès l'origine à la nomenclature américaine en vigueur, tels que le terme hebephilia, pour le diagnostic et la qualification légale des crimes de prédateurs sexuels.

Karen Franklin
Karen Franklin.jpg
Biographie
Naissance
Formation
Université de Washington
Université d'État de San Francisco (baccalauréat universitaire) ()
California School of Professional Psychology (en) (doctorat) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Psychologue, journaliste, forensic psychologistVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Alliant International University (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Directeur de thèse
Gregory Herek (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web
Distinction

BiographieModifier

Karen Franklin naît à Houston, dans le Texas. Elle est diplômée en 1982 de l'Université d'État de San Francisco d'un BA en journalisme. Elle couvre pendant un temps des affaires judiciaires[1]. Ses enquêtes au sujet de condamnations à la peine de mort l'ont amenée à s'intéresser à la psychologie légale[2].

C'est en 1997 qu'elle achève un doctorat en psychologie à l'École de psychologie professionnelle de Californie[1]. Sa thèse doctorale consiste en une recherche empirique sur les violences homophobes[3]. Elle enseigne alors la psychologie clinique à l'université internationale de l'Alliant et préside le Comité d'éthique et des affaires professionnelles de l'Association de Psychologie du comté d'Alameda[1]. En 1998, elle présente le résultat de ses recherches publiées sous le titre Les motivations psychosociales des auteurs de crimes de haine devant le Congrès des Etats-Unis[4]. En 2001, elle reçoit le Monette-Horwitz Trust Award prix qui récompense des individus et des organisations qui luttent contre l'homophobie[5], et est honorée du Distinguished Scientific Achievement Award en psychologie en 2012[6].

La pratique de la psychologie légale de Franklin consiste principalement en des « évaluations de compétences » (dans le droit américain, évaluation psychologique de la capacité d'un accusé à comprendre les enjeux et à participer avec discernement au procès qui lui est intenté), des « estimations de risques » et des « examens d'état mental » sur les accusés, notamment des criminels sexuels présumés ou susceptibles d'être exécutés[7]. Elle témoigne également comme experte dans des procès au pénal[8]. En tant qu'experte, elle a aussi été invitée à s'exprimer dans l'émission All Things Considered diffusée par la National Public Radio et dans les reportages d'investigation de l'émission Frontline sur le réseau de télévision public PBS[9],[10],[11].

Travaux de rechercheModifier

Le travail de recherche de Karen Franklin porte sur le fondement psychologique des crimes de haine homophobes[10],[11],[12],[13], sur la pédocriminalité[14],[15] et sur la dynamique interpersonnelle du viol collectif[16]. En outre, elle publie des articles sur l'éthique en criminalistique[17],[18], sur la capacité des violeurs d'enfants à déjouer les tests psychologiques auxquels ils sont soumis[9],[19], sur les décisions de justice[9], la problématique des faux aveux[20], la nature de la psychopathie[21],[22], ainsi que sur de nombreux sujets en psychologie légale.

Karen Franklin a identifié et analysé quatre motivations principales à la perpétration des crimes de haine : l'adhésion à une idéologie, la recherche de sensations extrêmes, la dynamique de groupe et l'illusion d'agir en légitime défense[23]. Elle souligne que « les agresseurs ont comme perception que la société leur donne la permission de commettre des violences à l'encontre les personnes homosexuelles »[12].

Elle affirme que les lois américaines condamnant les auteurs de crimes de haine n'auraient qu'un faible effet de prévention, car selon ses recherches la conscience de la peine encourue n'est pas suffisante en soi pour dissuader ce type de criminels de commettre des actes de violence sur leurs victimes de choix[24]. En 2015, elle explique dans la presse que la pratique de l'objectification des femmes désensibilise les téléspectateurs et téléspectatrices à la perception de la pleine humanité des femmes, mais qu'en revanche cette objectification a relativement peu d'impact direct sur les violences commises en groupe[16]. Elle analyse en effet que la violence de groupe est particulièrement utilisée par des hommes lorsqu'ils se sentent impuissants afin d'atteindre plusieurs objectifs : à savoir, renforcer l'adhésion au groupe et établir un lien de camaraderie entre agresseurs, tout en donnant à ses membres l'occasion « de faire la démonstration de leur virilité et de la célébrer »[16].

Au sujet précis de la psychopathie, elle écrit :

« Il n'y a nul besoin de comprendre le passé trouble d'un criminel ou les influences de son environnement. Il n'est pas nécessaire de tendre une main compatissante pour le guider sur le chemin de la rédemption. Le psychopathe est irrécupérable, un dangereux étranger à l'humanité qu'il nous faut réprimer ou bien chasser. »

— Karen Franklin en 2013[22]

Par ailleurs, Karen Franklin a remis en cause l'observation de comportements inquiétants chez l'enfant tels que la cruauté envers les animaux, l'obsession pour le déclenchement d'incendies et les énurésies nocturnes persistantes, parfois associés sous le nom de « triade homicide », comme de bons signes avant-coureurs d'une future pathologie psychopathique avérée. Elle soutient que ceux-ci seraient des indices moins fiables que ce que la communauté scientifique admet communément[25].

Ses recherches en psychologie légale sont publiées dans plusieurs revues spécialisées américaines, telles que le Behavioral Sciences and the Law[26], l'American Behavioral Scientist[27],[28], le Journal of Forensic Psychology Practice[29], le Sexuality Research and Social Policy, le Journal of Interpersonal Violence, entre autres, et elles ont aussi été vulgarisées dans des magazines grand public, comme le bimensuel Psychology Today[30].

RéférencesModifier

  1. a b et c « Karen Franklin », Alliant International University, (consulté le 27 octobre 2015)
  2. Forensic Science : Advanced Investigations, South-Western Educational Pub, , 528 p. (ISBN 978-0-538-45089-8 et 0-538-45089-4, lire en ligne)
  3. (en-US) James Brooke, « Homophobia Often Found In Schools, Data Show », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 3 février 2019)
  4. « HATE CRIMES PREVENTION ACT OF 1997 -- HEARING BEFORE THE COMMITTEE ON THE JUDICIARY, HOUSE OF REPRESENTATIVES, ONE HUNDRED FIFTH CONGRESS, SECOND SESSION », U.S. Government Printing Office, (consulté le 1er septembre 2015) : « ON H.R. 3081....Serial No. 131...(see page 184) ... Franklin, K. (1997, November). Psychosocial motivations of hate crimes perpetrators: Implications for prevention and-policy. Paper presented at the American Psychological Associations Congressional Briefing on Hate Crimes, Washington, DC .... »
  5. Monette-Horwitz Trust [lire en ligne]
  6. Psychology Today, Experts , consulté le 26 juillet 2014, "Karen Franklin, Ph.D., est psychologue légiste en Californie du Nord et professeur auxiliaire à la Alliant International University. Elle est une ancienne enquêteuse criminelle et journaliste spécialisée dans les affaires juridiques. .. "
  7. (en) « Karen Franklin », sur the Guardian (consulté le 3 février 2019)
  8. Joel Stashenko, « Diagnosis at Issue in Sex Offender's Civil Confinement Case », New York Law Journal, (consulté le 31 août 2015) : « ...Another of Harris' experts, clinical psychologist Karen Franklin, said that by the very nature of the diagnosis as "unspecified" meant it lacked the "uniformity, validity or reliability" needed to be accepted generally in the medical community... »
  9. a b et c (en) « Expert Panel: Weighing The Value Of A Test For Psychopaths », sur NPR.org (consulté le 3 février 2019)
  10. a et b « Interviews - Karen Franklin | Assault On Gay America | FRONTLINE | PBS », sur www.pbs.org (consulté le 3 février 2019)
  11. a et b « The Roots Of Homophobia - Inside The Mind Of People Who Hate Gays | Assault On Gay America », sur www.pbs.org (consulté le 3 février 2019)
  12. a et b (en) John Ireland, « Defining Hate in the United States: Despite widespread public support, hate crime law across the country remains inconsistent and the crimes often go unpunished. », sur In These Times, (consulté le 31 août 2015) : « ...Karen Franklin, a forensic psychology fellow ...offenders perceive that they have societal permission to engage in violence against homosexuals."... »
  13. (en) Sam Fulwood III, « Dissent Blocks Tougher Hate Crime Laws -- Congress: Questions abound over whether efforts to punish such wrongdoing more strictly are justified, fair--or even helpful. », sur Los Angeles Times, (consulté le 1er septembre 2015) : « ...Dr. Karen Franklin... a widely recognized expert on hate crimes, said she does not like the term "hate crimes" because "it assumes a motivation that I don't think is present in many, many occasions. It assumes hate, which I don't think is evident."... »
  14. (en) « Hebephilia: It's not normal for men to have sex with pubescent girls or boys », sur International Business Times UK, (consulté le 3 février 2019)
  15. (en) James M Cantor, The Errors of Karen Franklin's Pretextuality, (DOI 10.1080/14999013.2012.672945, lire en ligne)
  16. a b et c (en) G.S. Mudur and Ananya Sengupta, « Rape spotlight on item numbers », sur Telegraph India, (consulté le 31 août 2015) : « ..."The objectification of women ...said Karen Franklin ... there is little evidence that such depictions have a direct impact on rates of sexual violence.... Group-perpetrated violence, according to Franklin, can serve many purposes for disempowered men ... »
  17. (en-US) « Professional Ethics,”partisan allegiance,” and expert witness liability », Hawaii Forensic Psychology,‎ (lire en ligne, consulté le 3 février 2019)
  18. (en) Jeffrey Kaye, « APA "Casebook" On Psychologist Ethics, Interrogations Fails To Convince », sur The Public Record, (consulté le 31 août 2015) : « ...But according to forensic psychologist Karen Franklin, "These guidelines are not enforceable. And, like all such professional guidelines, they will be subject to diverse interpretations."... »
  19. (en) Maurice Chammah, « The Sex-Offender Test: Can the Abel Assessment tell if you're a potential child-molester? », sur The Marshall Project, (consulté le 31 août 2015) : « ...Karen Franklin... online forum in which predatory and unapologetic sex offenders traded notes on how to fool the test of visual reaction time... »
  20. (en-US) Douglas L. Keene et Ph D. from Keene Trial Consulting, « “Only the Guilty Would Confess to Crimes” : Understanding the Mystery of False Confessions », sur The Jury Expert, (consulté le 3 février 2019)
  21. (en) Rob Kall, « Transcript: Interview M.E. Thomas Author, Confessions of a Sociopath. », sur OpEdNews, (consulté le 31 août 2015) : « ... forensic psychologist, Karen Franklin... "The psychopath is irredeemable. A dangerous outsider who must be contained or banished, circular in its reasoning, psychopathy is never, none the less a warring in its simplicity".... »
  22. a et b (en) Rob Kall, « Interview with a Sociopath », sur OpEdNews, (consulté le 31 août 2015) : « ... Karen Franklin, a researcher in forensic psychology, ... The psychopath is irredeemable, a dangerous outsider who must be contained or banished... »
  23. (en) Elizabeth P. Cramer, « Hate Crime Laws and Sexual Orientation », sur The Journal of Sociology and Social Welfare, (consulté le 1er septembre 2015) : « (see page 17)...Volume 26, Issue 3, September... based on work by Karen Franklin... »
  24. (en) Dan Quinn, « the crime that's not necessarily a crime », sur Here Publishing; The Advocate, (consulté le 1er septembre 2015) : « ...No. 735, ISSN 0001-8996, page 51...Karen Franklin ... in the real world, criminals don't calculate their moves based on the specific punishment they will suffer if caught... »
  25. (en) Dean Haycock, « Murderous Minds: Exploring the Psychopathic Brain: Neurological Imaging and the Manifestation of Evil », sur Open Road Media, (consulté le 31 août 2015) : « ...According to forensic psychologist Karen Franklin.. »
  26. (en) Franklin Karen, « Hebephilia: Quintessence of diagnostic pretextuality », Behavioral Sciences, vol. 28,‎ , p. 751–768 (DOI 10.1002/bsl.934)
  27. (en) Franklin K, « Good Intentions: The Enforcement of Hate Crime Penalty-Enhancement Statutes », American Behavioral Scientist, vol. 46,‎ , p. 154–172 (DOI 10.1177/0002764202046001010)
  28. (en) Franklin Karen, « Enacting masculinity: Antigay violence and group rape as participatory theater », Sexuality Research and Social Policy, vol. 1,‎ , p. 25–40 (DOI 10.1525/srsp.2004.1.2.25).
  29. (en) Franklin Karen, « Malingering as a Dichotomous Variable: Case Report on an Insanity Defendant », Journal of Forensic Psychology Practice, vol. 8,‎ , p. 95–107 (DOI 10.1080/15228930801949241)
  30. (en) Karen Franklin, « Rape victim should cheer rapist, court says », sur Psychology Today, (consulté le 31 août 2015)

Liens externesModifier