Jean II d'Auvergne

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Jean II d'Auvergne
Illustration.
Jean II d'Auvergne, sceau du XIVe siècle. Sigillographie de l'ancienne Auvergne (XIIe-XVIe siècles), par Philippe de Bosredon.
Titre
Comte d'Auvergne
Prédécesseur Jean Ier d'Auvergne
Successeur Jeanne II d'Auvergne
Comte de Boulogne
Biographie
Date de décès
Père Jean Ier d'Auvergne
Mère Jeanne de Clermont
Conjoint Aliénor de Comminges
Enfants Jeanne II d'Auvergne

Jean II d'Auvergne, mort le , est comte d'Auvergne (1386-1404) et de Boulogne (1386-1404).

BiographieModifier

Il est le fils de Jean Ier (mort en 1386), comte d'Auvergne et de Boulogne (1361-1386), et de Jeanne de Clermont (morte en 1383), dame de Saint-Just.

Son mariage avec Aliénor de CommingesModifier

 
Sa fille, Jeanne II d'Auvergne. Détail de son portrait par Holbein.

Le , il épousa Aliénor de Comminges (dates de vie non connues), fille de Pierre Raymond II (mort vers 1376), comte de Comminges, et de Jeanne de Comminges (morte après 1398).

De cette union est issue :

Un cas de saturnisme médiévalModifier

En 1375, Jean II souffrit pendant sept semaines d’un abcès à la tête qui lui avait occasionné des fièvres continues et coupé l’appétit. Voué à Urbain V, il se rétablit au cours du mois de septembre. On cria au miracle !

En conséquence le , son médecin, Pierre Talhan qui était aussi le chirurgien du duc de Bourbon, se rendit en pèlerinage de Saint-Pourçain à Saint-Victor de Marseille et déposa sur la tombe du pape une image d’argent d’un poids de dix marcs[1].

En 1384 il était à Avignon, revenant de Catalogne où il était allé secourir le comte d’Ampurias, son cousin, assiégé par Pedre IV le Cérémonieux, roi d’Aragon. Ce fut alors que la rumeur publique accusa son beau-frère, Raymond de Turenne, de l’avoir empoisonné lors d’un banquet donné par le cardinal Hugues de Saint-Martial[2].

La drogue aurait été si violente que ses ongles et ses cheveux tombèrent et qu'il demeura incommodé le reste de sa vie[3]. Ces symptômes sont aujourd’hui considérés comme caractéristiques d’un empoisonnement au plomb contenu dans le vin[4].

Le Mauvais Ménager spolié par le duc de BerryModifier

Trois ans plus tard, considéré comme un demi-fou et connu sous le nom de Mauvais Ménager, il fut spolié par Jean de Berry lors de la sombre soirée du . Tombé sous la coupe du duc, qui l’effrayait, le pauvre comte lui céda tous ses fiefs.

Marcellin Boudet, l’érudit auvergnat, raconte que : La spoliation du comte d’Auvergne et de Boulogne, Jean II le Mauvais Ménager, s’accomplit dans des circonstances tellement répugnantes que Baluze, qui a fort bien connu l’enquête où elles se trouvent étalées puisqu’il en a publié une partie, n’a pas osé les mettre entièrement au jour[5].

Jean II quitta alors l’Auvergne pour aller mourir obscurément, en 1404, dans une hôtellerie du faubourg Saint-Marceau à Paris.

Une tentative de réhabilitation de la part des vicomtes de TurenneModifier

Sa fille Jeanne étant morte sans enfant en dépit de ses deux mariages, ce furent les vicomtes de Turenne qui tentèrent de réhabiliter la mémoire de son père[6]. La première tentative fut faite, en 1441, par Pierre, comte de Beaufort et vicomte de Turenne, contre Bertrand V de La Tour, comte d’Auvergne et de Boulogne[7].

L’affaire stagnant au Parlement de Paris ce fut sa fille Anne Roger de Beaufort, héritière de la vicomté de Turenne, peu après son mariage avec Agne IV de la Tour d’Oliergues, qui présenta à nouveau, en 1444, un factum pour faire casser la destitution de Jean II de ses comtés d’Auvergne et de Boulogne.

Quarante ans plus tard (!), en 1484, le vicomte de Turenne reçut les attendus prononcés par les parlementaires qui justifiaient la spoliation décidée et organisée par Jean de Berry et lui servait sur un plateau la vraie coupable, une pauvre servante dénommée Blanchette de Polet (ou Blanche de Paulet), condamnée à chartre perpétuelle pour motif de sorcellerie par l’évêque de Clermont, entre 1382 et 1395[8].

NotesModifier

  1. Ce témoignage est contenu dans les Actes anciens et documents concernant le bienheureux Urbain V pape, (J. H. Albanès et U. Chevalier, 1897, Paris).
  2. Baluze narre : Jean IIe du nom, Comte d’Auvergne & de Boulogne, fut empoisonné à Avignon en 1384 & Raymond de Turenne, son beau-frère, fut accusé d’avoir fait ce crime. Le poison fut si violent, que les cheveux & les ongles tombèrent au malade & qu'il eut le cerveau fort affaibli. On assembla vingt-sept médecins, tant de Montpellier que d’Avignon, pour remédier à ce fâcheux accident. Ils firent sortir le poison ; mais le Comte d’Auvergne demeura fort incommodé tout le reste de sa vie.
  3. Pour le comte d’Auvergne, l’année 1384 est aussi importante que celle de 1375 puisque nous sommes en pleine catastrophe climatique. Les mauvaises vendanges avaient été traitées au plomb, un dangereux édulcorant, qui rendait les vins consommables. Jean II devait être imbibé de ces mixtures depuis plus de dix ans. Le repas prit chez le cardinal de Saint-Martial fut sans doute la goutte de vin qui fit déborder le vase.
  4. Jean II était un gros buveur. Pierre Charbonnier, dans ses deux études L’alimentation d’un seigneur auvergnat au début du XVe siècle, et Une autre France. La seigneurie rurale en basse Auvergne du XIVe au XVIe siècle, a montré que l’approvisionnement en vin des comtes d’Auvergne représentait le poste budgétaire le plus important puisque la moitié de la dépense lui était consacrée. Jean II consommait tous les jours près de deux litres. Pour le saturnisme médiéval, Cf. Hugh Jonhson, Une histoire mondiale du vin, Éd. Hachette, Paris, 1989.
  5. Cf. Marcellin Bordet, Thomas de la Marche, Bâtard de France et ses aventures (1318 – 1361), Riom, 1900. Le passage dans lequel Baluze narre cet épisode se trouve dans, Histoire de la Maison d’Auvergne, t. II, p. 230 et passim. Boudet explique que si le savant historien fut si discret c’est qu’il se trouvait en présence des descendants des complices, parents et alliés des Bouillon qui payaient son livre.
  6. Il est à souligner que Jeanne, fille unique de Jean II et d’Aliénor de Comminges, était par de deux fois apparentée à la vicomtesse Antoinette de Turenne. D’abord par sa grand-mère, Aliénor de Comminges, dame de Meyrargues, dont elle était la petite cousine et par sa tante, Marie, épouse de Raymond VIII de Turenne, parents d'Antoinette.
  7. Les Armoires de Baluze (6720. t. XXII, p. 192 et 194) aux références 38 et 39 possèdent un mémoire présenté aux parlementaires, en 1441, auquel est joint un extrait des pétitoires et autres adressés au Parlement par Bertrand de la Tour d’Auvergne suivi d’un extrait des réponses de Pierre Roger de Beaufort.
  8. Il est intéressant de souligner que l’évêque de Clermont entre 1376 et 1415 était Henri de la Tour d’Auvergne et que les parlementaires lièrent leur décision à l’habitude qu’avait le comte d’Auvergne d'être malade après avoir bu du vin : Item fut Monseigneur le comte, depuis ladite maladie, de faible complexion et de faible cerveau, et encore plus enclin à se laisser hébéter par le vin, et tellement que, lorsqu’il buvait un peu trop de forts vins sans eau, il était comme du tout abattu et sans entendement.

BibliographieModifier

  • Étienne Baluze, Histoire de la Maison d’Auvergne, Paris, 1708.

À ne pas confondre avec Jean II duc d'Auvergne, beaucoup plus connu sous la dénomination Jean Ier de Bourbon (1381-1434), duc de Bourbon (1410-1434) et comte de Forez (1417-1434) et, par mariage avec Marie Ire duchesse d'Auvergne, duc d'Auvergne (1416-1434) (Jean II) et comte de Montpensier (1416-1434)