Irma Laplasse

Belge, condamnée à mort

Irma Laplasse, née Irma Swartvaegher, le à Schore, était une agricultrice flamande qui fut à l'origine de la mort de sept résistants de l'Armée secrète qui détenaient son fils lors des dernières heures de la Seconde Guerre mondiale en Belgique. Arrêtée, elle sera condamnée à mort par un tribunal militaire et fusillée à la prison de Bruges, le . Cette figure deviendra le symbole pour l'extrême droite flamande et les nationalistes de la répression inique selon eux dont firent l'objet les collaborateurs flamands dans l'immédiat après-guerre. Son journal intime sera publié en 1947. En 1970, le jésuite et historien Karel Van Isacker le réédite dans une version préfacée dans laquelle il fustige la position de l'auditeur militaire, Jean Vossen. La polémique enflant, ceci conduira à l'annulation du procès militaire, à une nouvelle instruction en 1995 et à un nouveau procès dont l'arrêt fut rendu en 1996. Il verra la sentence de mort commuée à titre posthume en détention à perpétuité pour trahison et dénonciation à l'ennemi ayant entraîné la mort. Un nouveau pourvoi en cassation fut introduit en 1997. Il n'aboutira pas. Cette affaire fut un dossier sensible en Belgique en ce qui concerne les rapports entre Wallons et Flamands autour de l’amnistie hypothétique des faits de collaboration durant la Seconde Guerre mondiale[1].

Irma Laplasse
Image dans Infobox.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Irma Elisa Swartvaegher
Nationalité
Belge
Activité
Conjoint
Henri Laplasse

Éléments biographiquesModifier

Irma Laplasse naît dans le village de Schore aujourd'hui rattaché à la commune de Middelkerke, le . À 20 ans elle épouse Henri Laplasse. Le couple s'établit dans une ferme à Ostdunkerque. Le couple a deux enfants, Angèle et Frederiek. Henri devient l'un des dirigeants de la Ligue nationale flamande (Vlaams Nationaal Verbond ou VNV). Frederiek s'investira au sein du Nationaal-Socialistiche Jeugd Vlanderen puis de la Fabriekswacht (nl) où il assurera, en uniforme allemand[2], entre autres rôles, celui de surveillant de l'aérodrome de Coxyde[3]. Angèle fut quant à elle active au sein des Dietsche Meisjesscharen.

La journée du 8 septembre 1944Modifier

Le , Dixmude est libérée par les troupes canadiennes. Les Allemands se replient à Groenendijk, entre Ostdunkerque et Nieuport où se trouve une importante batterie côtière composée de 15 bunkers dont un de commandement. Sentant l'issue de la guerre proche, des résistants de l'Armée secrète procèdent à des arrestations de collaborateurs et de soldats allemands en pleine débâcle. Frederiek Laplasse, en raison de ses accointances avec l'ennemi, fait partie des personnes interpellées. Le , Irma Laplasse, accompagnée de sa fille, informe les soldats de la Wehrmacht retranchés à Groenendijk que des soldats allemands ainsi que son fils sont retenus prisonniers à l'école communale d'Ostdunkerque par un groupe de résistants armés. Une compagnie allemande est détachée et se rend aussitôt sur place où elle ne tarde pas à reprendre l'école. Trois résistants trouvent la mort dans l'échauffourée et quatre sont fusillés immédiatement après leur capture.

Irma Laplasse est arrêtée et jugée pour trahison et délation. Le , la cour militaire de Gand condamne à la peine de mort Irma Laplasse. Elle est fusillée à la prison de Bruges où elle était détenue, le [1].

Un symbole nationaliste flamandModifier

Le dossier Laplasse ne se refermera jamais complètement. Irma Laplasse deviendra un symbole pour les radicalistes flamands des jugements iniques selon eux subis par les Flamands lors de la période de répression à l'issue de la guerre. En 1947, le journal intime d'Irma Laplasse sera publié. L'historien et Jésuite, Karel Van Isacker le republie en 1970 dans une version longuement préfacée. Il y critique durement le positionnement de l'auditeur militaire lors du procès de 1945, Jean Vossen[1], met en avant l'amour maternel et occulte parfois des faits établis. L'objectif est d'obtenir la révision du procès et l'acquittement d'Irma Laplasse. Louis De Lentdecker, pourtant ancien résistant, prend également position en faveur d'une réhabilitation. Jean-Marie Pylyser, journaliste au Laatste Nieuws, auteur de plusieurs ouvrages sur cette affaire, parlera d'un véritable « complot pour la réhabilitation. » En 1988, ce dernier recueille un témoignage inédit selon lequel Irma Laplasse aurait confié à un ancien résistant avoir été trouver les Allemands sur ordre de son mari. Jusqu'alors, la version officielle était que son mari était absent lors de la délation (il ramassait du bois et devait ensuite se rendre chez sa mère). Dans son journal intime, elle avait en effet écrit : « Ma mort pourrait lui être profitable »[3] et s'adressant à ses enfants : « Toute la lumière n'est pas encore faite »[3]. Dans sa cellule, la veille de son exécution, elle fait ses adieux à son mari et à son fils également détenus et dit à une codétenue: « S'ils m'auront demain, on les aura eus aussi, les salauds »[3].

Révision du procèsModifier

En 1994, Melchior Wathelet, alors ministre de la Justice, fait mettre à l'étude l'éventualité d'une réouverture du dossier[Notes 1],[4]. Le [Notes 2] l'arrêt de la cour militaire rendu en 1945 est annulé. Une nouvelle instruction démarre, elle débouchera, le , sur un nouveau procès, le verdict est rendu par la cour militaire de Bruxelles, le .

Lors du second procès, Peter Lentz, alors sous-officier allemand à la batterie de Groenendijk, explique qu'il a été entendu pour la première fois à propos d'Irma Laplasse en 1975 lors d'un complément d'enquête diligenté par Jacques Maes. Il se souvient qu'Irma Laplasse et sa fille se sont présentées à la batterie côtière pour signaler que des résistants s'étaient retranchés dans l'école communale et qu'ils détenaient des Allemands et son fils. Une heure et demie plus tard, une compagnie placée sous les ordres du major Corneille fondait sur l'école. Le lendemain, il la revit encore, munie cette fois d'un drapeau blanc. Elle avait été envoyée en éclaireur par les Canadiens pour accélérer la reddition du fortin[5].

Irma Laplasse restera condamnée pour trahison devant l'ennemi. Sa sentence est cependant revue et commuée, à titre posthume, de la peine capitale à la réclusion à perpétuité. Irma Laplasse est morte depuis 51 ans. Deux mois plus tard, la Belgique renoncera définitivement à la peine de mort qui n'était plus appliquée depuis de nombreuses années[1],[6].

En 1997, la famille souhaite se pourvoir en cassation du jugement[Notes 3], elle est déboutée[7].

DocumentairesModifier

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. a b c et d Belgium WWII, CEGESOMA. Irma Laplasse (née Swertvaeger), consulté le 5 août 2018
  2. Axel Gylden, Belgique : la mémoire d'Irma, Le Point, décembre 1995.
  3. a b c et d Christian Laporte, Irma Laplasse : la piste négligée, la Libre.be, août 2009, consultée le 5 août 2018
  4. Sylvain Ephimenco, Querelles belges sur l'épuration. Le procès d'Irma Laplasse, exécutée en 1945, est révisé à Bruxelles. Libération, décembre 1995, consulté le 6 août 2018.
  5. Christian Laporte et Alain Dewez, Un témoin décisif contre Irma Laplasse, Le Soir, décembre 1996, consulté le 6 août 2018
  6. Sylvain Ephimenco, Une «collabo» flamande condamnée. L'extrême droite n'a pas obtenu l'acquittement posthume d'Irma Laplasse, Libération, février 1996, consulté le 5 août 2018
  7. Christian Laporte, La cour de cassation rejette une nouvelle révision, pas de procès Laplasse quater!, Le Soir, 18 décembre 1997.

BibliographieModifier

  • (nl) Louis De Lentdecker, Een vlaamse heldin. Het dagboek van vrouw Laplasse, gefusilleerd te Brugge op 29 mei 1945, Anvers, 1949
  • (nl) Karel Van Isacker, Irma Laplasse, stukken voor een dossier, Nederlandsche Boekhandel, Kapellen, 1970
  • (nl) Karel Van Isacker, Irma Laplasse. Haar gevangenisdagboek en de kritiek van haar strafdossier, Pelckmans, Kapellen, 1995.
  • (nl) Jean-Marie Pylyser, Executie zonder vonnis. De zaak Laplasse, Middelkerke, 1995
  • (nl) Jean-Marie Pylyser, Arrest na executie. De ontmaskering van een politieke intrige, Middelkerke, 1996
  • (nl) Johan Anthierens, Zonder vlagvertoon, Van Halewyck, Louvain, 1998
  • (nl) Frank Seberecht, Swertvaeger, Irma, In Nieuwe Encyclopedie van de Vlaamse Beweging, 2928–29. Tielt: Lannoo, 1998.
  • (nl) Gilbert Boterman, Van gerechtelijke blunder ... tot gerechtelijke dwaling?, Nieuport, 2001
  • (nl) J. Teuwens, Herdenking Irma Laplasse, Brugge, in: Berkenkruis, maandblad van de Oostfrontgemeenschap, novembre 2003
  • (nl) Jean-Marie Pylyser, Verzwegen schuld. Het 'drama' Irma Laplasse, Middelkerke, 2009