I like America and America likes Me

I like America and America likes Me (littéralement : J'aime l'Amérique et l'Amérique m'aime) est une performance de l'artiste allemand Joseph Beuys.

Joseph Beuys : I like America and America likes Me (reconstitution).

L'action a eu lieu du 21 au à la galerie René Block à New York.

Origine de la performanceModifier

  Image externe
 
« Cosmos und Damian ».
Carte postale en multiple
par Joseph Beuys (1974).

En , le galeriste allemand et ami René Block — qui travaille avec Joseph Beuys depuis plus de dix ans — réussit à le faire venir à New York pour y inaugurer sa galerie dans le quartier bohème de SoHo à Manhattan. La galerie était située au 409 West Broadway, à l'ombre des tours jumelles du World Trade Center, site que Joseph Beuys avait d'ailleurs publié la même année sur une carte postale en multiple avec des ajouts manuscrits et titré « Cosmos und Damian », du nom des deux saints Côme et Damien.

Contexte mythologiqueModifier

Le coyote appartient à une espèce de chien originaire d'Amérique du Nord, qui ressemble, en plus petit, à un loup. Cet animal est vénéré par les Amérindiens comme un animal sacré et joue un rôle actif dans la création du monde dans le mythe de la création des indigènes d'Amérique du Nord.

Beuys a pris l'animal dans sa performance parce qu'il avait vu en lui les forces élémentaires qui définissaient les énergies spirituelles indigènes, mais aussi leur expulsion, leur réinstallation ou leur meurtre, ainsi que leur conscience dans une vie quotidienne américaine technologisée et commercialisée. Le dialogue entre les autochtones et les anciens colons européens a été rompu.

Joseph Beuys a déclaré : « Warum arbeite ich mit Tieren, um unsichtbare Kräfte auszudrücken? - Man kann diese Energien sehr deutlich machen, wenn man ein anderes, längst vergessenes Reich betritt, in dem unermeßliche Kräfte als große Persönlichkeiten überleben. Und wenn ich versuche, mit den spirituellen Wesen dieser Gesamtheit von Tieren zu sprechen, wirft das die Frage auf, ob man nicht auch mit den höheren Wesen, diesen Gottheiten und Elementargeistern sprechen kann […] Der Geist des Kojoten ist so mächtig, dass ihn kein Mensch versteht oder was er für die Zukunft der Menschheit bedeuten kann. [...] Ich glaube, ich hatte Kontakt mit dem psychologisch wunden Punkt in der Energieverteilung der USA: Das ganze amerikanische Trauma mit den Indianern, dem ‚Roten Mann‘. Man könnte sagen, dass noch eine Rechnung mit dem Kojoten zu begleichen ist, erst dann kann dieses Trauma aufgehoben werden »[1].

Contexte culturelModifier

L'action I like America and America likes Me a lieu à un moment où la population nord-américaine est particulièrement touchée par les séquelles de la crise pétrolière de 1973 et de l'affaire du Watergate. Le conflit belliqueux, ou, comme Beuys l'appelait, « le traumatisme américain », entre les Amérindiens et les anciens conquérants européens, dura de la première guerre de 1622 à Jamestown dans l'actuel État de Virginie, jusqu'au XXe siècle. En , des membres de l'organisation de résistance indienne American Indian Movement, ainsi que des sympathisants de la réserve de Pine Ridge, occupèrent le village de Wounded Knee et proclamèrent la nation Oglala indépendante.

Cependant, l’image indienne pour les Allemands est principalement influencée par la littérature, comme les romans avec l'Apache de fiction Winnetou écrits par Karl May ainsi que les films ou westerns hollywoodiens. Au XIXe siècle, les Indiens étaient également exposés au public dans des zoos humains, les Völkerschauen.

L'actionModifier

L'action commence et se termine à Düsseldorf en Allemagne. Tant pour l'aller que pour le retour, Beuys est transporté entre son domicile et l'aéroport en ambulance, emmitouflé dans une couverture en feutre qu'il ne quittera pas pendant tout le voyage.

Arrivé à l'aéroport John F. Kennedy, Beuys est toujours complètement enveloppé dans son étoffe en feutre, car, a-t-il déclaré, « il ne veut pas voir l'Amérique et désire être isolé du monde extérieur » et est embarqué dans une ambulance, sans mettre le pied au sol, car il avait en effet refusé de poser le pied aux États-Unis tant que durerait la guerre du Viêt Nam, et conduit à la galerie, où il a va passer plusieurs jours dans une salle de la galerie en seule compagnie d'un coyote capturé dans le désert du Texas et appelé "Petit Jean".

Au cours de l'action, tel un berger avec son bâton et enveloppé dans sa cape, Beuys joue avec le coyote qui déchire la cape. Beuys reçoit le Wall Street Journal que l'animal préfère à la paille qui lui était destinée. Il s'y installe confortablement et fait parfois ses besoins dessus. Beuys dispose de la paille, de sa toile en feutre, de son bâton du berger[2], d'une lampe torche et d'un triangle sur lequel il joue parfois. Le coyote, initialement effrayé et agressif, gagne progressivement en confiance et finit par établir une relation avec l'humain. En guise d'adieu, Beuys étreint le loup des prairies et éparpille la paille sur laquelle ils avaient partagé le campement. L'artiste s'enveloppe ensuite dans du feutre et est ramené à l'aéroport en ambulance sans avoir porté un seul regard sur l'Amérique, à l'exception du coyote, des numéros du Wall Street Journal et de l'espace de la galerie. Beuys a par la suite déclaré qu'il ne voulait rien voir d'autre que ce coyote, car cet animal, détesté par les Blancs, pouvait également être considéré comme un ange.

FilmModifier

La performance a été filmée par Helmut Wietz (d) qui. en a réalisé un court métrage partiellement en couleurs d'une durée de 37 minutes et titré du même nom que la performance[3].

Notes et référencesModifier

  1. Pourquoi est-ce que je travaille avec les animaux pour exprimer des forces invisibles ? - On peut rendre ces énergies très claires quand on entre dans un autre empire, longtemps oublié, dans lequel des forces incommensurables survivent en tant que grandes personnalités. Et quand j'essaie de parler aux êtres spirituels de tout ces animaux, cela me pose la question de savoir si on ne peut pas parler aux êtres supérieurs, ces divinités et ces élémentaux [...] L'esprit du coyote est si puissant qu'il peut l'être aucun être humain ne comprend ni ce qu'il peut signifier pour l'avenir de l'humanité. [...] Je pense avoir été en contact avec le point sensible psychologiquement de la répartition de l'énergie aux États-Unis : tout le traumatisme américain avec les Indiens, le « Red Man ». On pourrait dire qu'un autre projet de loi doit être réglé avec le coyote, alors ce traumatisme ne pourra être inversé. (Traduction à améliorer.)
  2. La canne est pour lui le symbole de l'Eurasie unie en un continent solidaire.
  3. (en) I like America and America likes Me dans la base de données Filmportal.de

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