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Holacratie

système organisationnel de gouvernance permettant à une organisation de disséminer les mécanismes de prise de décision au travers d'une organisation fractale d'équipes auto-organisées

L'holacratie (holacracy en anglais) est un système d'organisation de la gouvernance, fondé sur la mise en œuvre formalisée de l’intelligence collective. Opérationnellement, elle permet de disséminer les mécanismes de prise de décision au travers d'une organisation fractale d'équipes auto-organisées. Elle se distingue donc nettement des modèles pyramidaux top-down[1]. L'holacratie a été adoptée par plusieurs organisations (aux États-Unis, en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Nouvelle-Zélande)[2]. Elle est fréquemment comparée à la sociocratie[3], bien que des différences significatives existent entre les deux approches.

Sommaire

OrigineModifier

Le système holacratique fut développé par itérations successives entre 2001 et 2006,[4] par Brian Robertson au sein de son entreprise de production de logiciels (Ternary Software) en vue de mettre au point des mécanismes de gouvernance plus efficaces. Il s'est appuyé pour ce faire sur les méthodes agiles sur le Lean (production) et sur la méthode Getting Thing Done. C'est en 2007 que Robertson formalise le mode de fonctionnement auquel il est arrivé et lui donne le nom "holacratie"[5].

En 2007, le Wall street journal lui consacre un article[6]. En 2011, Brian Robertson publie la première version de sa constitution holacracy qui sert de socle formel à la mise en place de la démarche. Actuellement, le site holacracy propose la version 4.1 en français de ce document. Le terme Holacracy est protégé par un copyright, mais la constitution holacracy est distribuée sous licence libre Creative Commons [7].

Le terme holacratie est dérivé de ceux d'holarchie et de holon développés en 1967 par Arthur Koestler dans son livre Le cheval dans la locomotive [8],[9]. Une holarchie est composée de holons (mot composé du grec:ολον, forme neutre de ολος signifiant le "tout" et de la terminaison "on" renvoyant à la partie). Un holon est pour Koestler à la fois un tout et la partie d'un tout. Une holarchie est donc une structure complexe dans laquelle chaque sous-système est à la fois autonome et dépendant de la structure plus large dans laquelle il s'insère [10]. Ces principes se répètent tout au long d'une échelle de complexité. Koestler pensait ainsi l'organisation des systèmes vivants depuis la cellule jusqu'aux organismes complexes, puis aux systèmes sociaux[11].

Robertson prolonge la vision de Koestler en l'appliquant aux organisations humaines. Il conçoit donc qu'une équipe projet est une entité autonome et souveraine dans son fonctionnement interne, mais est également dépendante (vers le haut de la structure holarchique) des attentes du département dans laquelle elle s'insère. Elle doit, selon le même principe, respecter l'autonomie des membres qui contribuent à son fonctionnement (vers le bas de la structure holarchique).

C'est par l’intermédiaire du philosophe Ken Wilber, que Robertson a eu connaissance de ces concepts[12].

Cette vision organique des organisations humaines est fréquemment comparée aux cellules d'un organisme qui sont à la fois autonomes et dépendantes de cet organisme qu'elles contribuent à édifier.

Ce nouveau mode de management horizontal renverse complètement le management traditionnel[13]. L'autorité et les prises de décisions sont distribuées sur l'ensemble de la structure, à des individus ou à des collectifs. De nombreuses entreprises testent ce modèle, comme Zappos, Danone ou encore Castorama[14].

InfluencesModifier

L'holacratie est souvent comparée à la sociocratie, un système de gouvernance développé beaucoup plus tôt, elle aussi inspirée des systèmes vivants et prônant les principes d'auto-organisation. Toutes deux définissent les processus de décisions au sein de groupes et d'organisations, et distinguent très nettement la raison d'être des organisations des aspirations particulières des personnes qui les composent. Ainsi, les quatre principes fondamentaux de la sociocratie se retrouve aussi en holacratie : gouvernance par cercle, doubles liens entre deux cercles, gestion par consentement et élection sans candidat.

L'holacratie va cependant plus loin en rendant la structure totalement flexible. Elle met un accent particulier sur la gouvernance itérative, les processus adaptatifs. En cela, elle s'est inspirée des initiatives développées dans le cadre des entreprises agiles et du lean management. L'holacratie est hautement compatible avec la théorie des parties prenantes puisque la structure même du pilotage permet à de nombreuses parties prenantes d'être représentées au niveau de la gouvernance d'une organisation et pour de nombreuses organisations partageant les mêmes intérêts d'être liées à un niveau de gouvernance.

PrincipesModifier

Le fondement de la théorie holacratique repose sur la raison d'être de toute organisation humaine. L'holacratie distingue donc la raison d'être (superordonnante) des individus qui vont contribuer à sa réalisation par leurs compétences, aptitudes, effets et potentiels. Pour cela, l'organisme va se structurer en cercles, chacun ayant pour objectif de produire ses "redevabilités" et lui-même dépendant de redevabilités produites par d'autres cercles.

Chaque cercle, doté d'une large autonomie en vue d'atteindre ses objectifs, dispose également de trois outils de coordination: la réunion de gouvernance, la réunion opérationnelle et la réunion debout. L'harmonique de ces différentes réunions se crée spontanément[15]. L'idéal est que la prise de décision s'accompagne du zéro objection argumentée (mais même s'il en subsistait, cela n'empêcherait pas la prise de décision). Ceci permet d'assurer un pilotage dynamique de l'action en temps réel.

Contrairement à la prévision-contrôle qui élabore un plan d'action et lance l'opération, pour ensuite analyser les indicateurs prédéfinis et éventuellement modifier le plan initial par boucle de rétroaction, l'holacratie considère chacun de ses membres comme un capteur, susceptible d'émettre des signaux. Chacun est orienté vers la production des redevabilités et par là, participe à la raison d'être de l'organisation.

L'holacratie permet aux organisations qui y ont recours de bénéficier du savoir ambiant dans leur entreprise, de fonctionner avec transparence et d'accroître la motivation des parties prenantes.

Notes et référencesModifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Holacracy » (voir la liste des auteurs).
  1. Rudd, Olivia, Business Intelligence Success Factors: Tools for Aligning Your Business in the Global Economy, John Wiley & Sons, Apr 27, 2009
  2. Holacratie, Gouvernance d'entreprise au-delà des egos sur RTBF.be.
  3. Steele, Robert David, The Open-Source Everything Manifesto, North Atlantic Books, June 5, 2012, p. 47
  4. Vincent Grosjean (Chercheur à l'INRS), Jacques Leïchlé et Laurent Théveny, « Les nouvelles formes d'organisation du travail : opportunités ou illusions ? », Hygiène et Sécurité du Travail, Paris, INRS, vol. 245,‎ , p. 6-9 (lire en ligne, consulté le 23 mars 2019)
  5. Integral Leadership Review, Volume VII, No. 3, June 2007, “Evolving Organization” by Brian Robertson
  6. Wall Street Journal, “Can a Company Be Run as a Democracy?” Jaclyne Badal, April 23, 2007
  7. (en) Kevin Fowler (Master's Thesis), Implementing Holacracy™: Exploratory research into practicing and implementing Holacracy™ in organizations and its effect on the organizations' IT and …, Leiden, Leiden Institute of Advanced Computer Science, , 85 p. (lire en ligne), p. 13-14
  8. Arthur Koestler, Le cheval dans la locomotive [« The Ghost in the machine »], Paris, Les Belles Lettres, (1re éd. 1967), 384 p. (ISBN 978-2251200378)
  9. David Allen, Brian J. Robertson, Bernard Marie Chiquet, La révolution Holacracy: Le système de management des entreprises performantes, Alisio, mars 2016, 256 p. 54,
  10. Koestler, Arthur, The Ghost in the Machine, Penguin Group, 1967
  11. « La notion de holon chez Arthur Koestler », sur https://colibris-nancy.fr/, (consulté le 24 mars 2019)
  12. (en) « holons: turtles all the way up, turtles all the way down », sur https://integrallife.com/ (consulté le 24 mars 2019)
  13. « Comment l'holacratie renverse le management traditionnel | Toucan Toco », sur toucantoco.com (consulté le 10 octobre 2016)
  14. L'Express.fr - L'entreprise
  15. Bernard Marie-Chiquet, conférence inédite, 2011.

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier

BibliographieModifier