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Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus

livre d'Ivan Jablonka

Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus est une enquête publiée en 2012 par l’historien Ivan Jablonka.

Le livre raconte la vie des grands-parents paternels de l’auteur, Matès et Idesa Jablonka, depuis leur naissance dans un village de Pologne au début du XXe siècle jusqu’à leur assassinat à Auschwitz en 1943, en passant par leur exil dans la France des années 1930. À travers le parcours singulier de ses aïeux, Jablonka aborde les tragédies du XXe siècle : le stalinisme, la montée des périls, l’Occupation, la Deuxième Guerre mondiale et la Shoah.

Sommaire

RésuméModifier

Matès et Idesa sont nés respectivement en 1909 et 1914 à Parczew, un shtetl d’Europe orientale, « aux confins de la Pologne, de l’Ukraine et de la Biélorussie ». Nés chacun dans une famille pauvre, de parents juifs orthodoxes, ils deviennent communistes à peine sortis de l’adolescence. Ils se rencontrent dans une organisation de jeunesse du Parti communiste polonais, alors illégal. Après avoir purgé une peine de prison, ils émigrent en 1937 dans la France du Front populaire. Sans papiers, ils mènent une vie précaire d’immigrés clandestins dans le quartier de Belleville à Paris. Deux enfants naissent en 1939 et 1940 (la tante et le père de l’auteur). Au début de la guerre, Matès s’engage dans un régiment de volontaires étrangers et vit la débâcle de mai-juin 1940. Pendant l’Occupation, ils échappent à la rafle du Vél d’Hiv, mais ils sont finalement arrêtés à leur domicile au matin du 25 février 1943. Transférée au camp de Drancy, Idesa se déclare « M.0.E. » (mariée, zéro enfant) dans l’espoir de sauver ses deux enfants, cachés chez un voisin. Matès et Idesa sont déportés vers Auschwitz dans le convoi no 49 du 2 mars 1943. Matès travaille dans la main-d’œuvre esclave du Sonderkommando. Les deux petits sont sauvés grâce à l’aide de fermiers en Bretagne, mais leurs parents ne reviendront pas.

 
Mur des Noms, Mémorial de la Shoah, Paris (lettre J, année 1943).

AnalyseModifier

L’enquête de Jablonka repose sur des archives (France et Pologne notamment) et des témoignages (les derniers témoins vivants et les enfants de témoins décédés). Pour retrouver la trace de ses grands-parents, l’auteur a voyagé en Pologne, en Israël, en Argentine et aux États-Unis.

Du point de vue littéraire, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus exprime plusieurs influences. En tant que livre de mémoire luttant contre l’oubli et l’anéantissement, il a été rapproché des Disparus de Daniel Mendelsohn (que Jablonka a recensé en 2007[1]) et des ouvrages de Georges Perec[2],[3]. W ou le souvenir d'enfance est d’ailleurs cité en exergue, aux côtés de Jules Michelet.

Du point de vue historiographique, le livre s’inscrit dans le courant de l'histoire des vies ordinaires (Michel Foucault, Alain Corbin), de l'ego-histoire (Pierre Nora), de la micro-histoire (Carlo Ginzburg)[4] et plus précisément de la micro-histoire de la Shoah[5].

D’un point de vue méthodologique, Jablonka introduit des outils qu’il réutilisera dans ses ouvrages ultérieurs (notamment Laëtitia ou la fin des hommes) : tombeau pour les disparus, récit de l’enquête, interdisciplinarité, alternance entre passé et présent, « je » de méthode, littérature du réel, etc.[6]

En 2014, Jablonka a écrit que Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus était « une expérience littéraire et épistémologique qui consiste à raconter la méthode. »[7]

RéceptionModifier

À la sortie du livre, les critiques sont positives.

  • Pour l’historien André Burguière dans Le Nouvel Observateur, de nombreux livres ont été écrits sur cette tragédie, « mais aucun n'avait su associer des qualités aussi exceptionnelles d'écrivain et d'historien »[8].
  • Pour Télérama, le livre tisse « la grande Histoire avec les histoires humaines »[9].
  • Pour Le Monde, il s’agit d’un « très grand livre »[4].
  • Pour la revue Études, l’auteur a su entrecroiser « les explorations les plus techniques (…) avec le récit, chargé d’émotion. Cet entrecroisement donne à l’ouvrage un caractère exceptionnel, et cela dans une forme littéraire de haute qualité. » [10]

En 2012, le livre a reçu trois prix : le prix du Sénat du livre d’histoire, le prix Guizot de l’Académie française, le prix Augustin Thierry des Rendez-vous de l’Histoire de Blois[11].

En 2015, le livre a été inscrit au programme de Sciences Po - Grenoble[12].

BibliographieModifier

NotesModifier

  1. Ivan Jablonka, « Comment raconter la Shoah ? », La Vie des idées, 30 octobre 2007: http://www.laviedesidees.fr/Comment-raconter-la-Shoah.html
  2. Séverine Nikel, « Ivan Jablonka, fils d'orphelin », L’Histoire, 373, voir https://www.lhistoire.fr/portrait/ivan-jablonka-fils-dorphelin
  3. Marie de Cazanove, « Sur les traces de l’oubli », la Croix, le 15/02/2012, voir https://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Sur-les-traces-de-l-oubli-_NG_-2012-02-15-768752
  4. a et b Le Monde, 9 février 2012, sur https://www.lemonde.fr/livres/article/2012/02/09/histoire-des-grands-parents-que-je-n-ai-pas-eus-d-ivan-jablonka_1640799_3260.html
  5. Tal Bruttmann, Ivan Ermakoff, Nicolas Mariot et Claire Zalc, sous la direction de, Pour une micro-histoire de la Shoah, Paris, Seuil, 2012
  6. Laurent Demanze, « Les politiques de l’enquête selon Ivan Jablonka », Diacritik, 29 août 2016, voir https://diacritik.com/2016/08/29/les-politiques-de-lenquete-selon-ivan-jablonka-laetitia-ou-la-fin-des-hommes/#more-14942
  7. Chapitre 11 de L’Histoire est une littérature contemporaine (2014), Seuil, p. 283.
  8. André Burguière, "le Nouvel Observateur" du 29 mars 2012, sur https://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20120402.OBS5221/les-aieux-disparus-d-ivan-jablonka.html
  9. Télérama, 6 février 2012, sur https://www.telerama.fr/livres/histoire-des-grands-parents-que-je-nai-pas-eus,77676.php
  10. Pierre Vallin, juin 2012, sur https://www.revue-etudes.com/article/histoire-des-grands-parents-que-je-n-ai-pas-eus-14694
  11. Bio de l’auteur, voir http://auteurlecteursdanslaville.fr/ivan-jablonka-bio/
  12. http://www.cercleshoah.org/spip.php?article294