Grève à la Radiodiffusion-télévision française d'octobre 1962

La grève à la RTF d', à l'origine de plusieurs années de conflits entre le pouvoir politique et la télévision publique, a entraîné un « écran noir » sur l'unique chaîne de la Radiodiffusion-télévision française (RTF), remplacée par l'ORTF en 1964. Connu sous le nom du conflit des "3P", pour Georges Penchenier, Joseph Pasteur et Michel Péricard, tous trois licenciés ou mutés après la grève, il a un fort retentissement à la RTF.

Un contexte de censureModifier

En 1962, alors que la guerre d'Algérie vient à peine de s'achever, le ministre de l’Information Alain Peyrefitte veut faire de la télévision un véritable contrepoids à la presse écrite crainte par le général de Gaulle. Il crée le Service de liaison interministérielle pour l’information (SLII), chargé de rassembler les informations émanant des différents ministères pour en faire bénéficier en exclusivité la Radiodiffusion-télévision française (RTF). Véritable conseil de la censure, le SLII convoque tous les jours à la même table les représentants de chaque ministère et les patrons des rédactions de la RTF, où Peyrefitte nomme de nombreux collaborateurs à des postes-clés.

Parmi les journalistes, le renommé Joseph Pasteur, qui avait élaboré la réforme des journaux radiophoniques, transmet au mois de à son directeur les réflexions que lui inspire la politique éditoriale proche de la censure. Il fonde le Syndicat des journalistes de radio et de télévision, dont il est le secrétaire général. Au printemps 1962, à la veille des élections à la commission paritaire, il est suspendu, ce qui n'empêche pas le SJRT de recueillir la majorité des voix. Joseph Pasteur est ensuite exclu de la télévision où il sera rappelé par Armand Jammot en 1966.

Déroulement : deux grèves successivesModifier

La cheville ouvrière de la grève est le Syndicat unifié des techniciens, fondé en 1959, qui acquiert vite une audience importante chez les professionnels de l'image chargés de la diffusion et s'allie en 1961 et en 1962 aux journalistes.

Une première grève éclate en , pour protester contre le droit de la direction de modifier un reportage sans l’accord du journaliste qui l’a réalisé. Les journalistes décident du mouvement en assemblée générale, contre l'avis des représentants de la CFTC et de FO. Les présentateurs du journal télévisé, Georges Penchenier et Michel Péricard, décident, en accord avec leur syndicat, une grève de protestation.

De ce mouvement nait un nouveau syndicat, le Syndicat des journalistes de radio et de télévision (SJRT). Avec son ami de la CFTC Pierre Andreu, Henri Poumerol a démissionné pour soutenir ce nouveau SJRT, lors de l'élection à la commission paritaire au printemps 1962[1].

Un autre mouvement se déclenche peu de temps après, le  : soutenus par les techniciens, les journalistes contestent la surmédiatisation de Charles de Gaulle. Ils boycottent les journaux télévisés du , seulement onze jours avant le référendum constitutionnel sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct[2]. L'ensemble des syndicats appelle ensuite de nouveau à une grève générale d'une heure, le , entre 20 heures et 21 heures.

Les sanctionsModifier

La grève est cependant réprimée par des sanctions sévères[3]. Les sanctions seront pour les responsables de la lettre d’avertissement au renvoi[4]. Parmi les journalistes sanctionnés, Georges Panchenier, Claude-Paul Pajal et Michel Péricard, futur maire de Saint-Germain-en-Laye, sont mutés à la radio[5]. Michel Péricard était pourtant un présentateur et journaliste très respecté qui avait réalisé pendant trois ans des grands reportages pour Cinq colonnes à la Une, l'émission phare de l'époque à la télévision française. En juillet 1962, il avait présenté une édition spéciale à l'occasion de la première journée de l'indépendance de l'Algérie, un événement qu'il appelait de ses vœux. Les techniciens sont plus épargnés.

ConséquencesModifier

Le , le Conseil constitutionnel consacre « définitivement l’appartenance de la radiotélévision à la matière des libertés publiques. L’Office de la radiodiffusion télévision française est créé par la loi du qui maintient le principe du monopole tout en attribuant des missions spécifiques au service public de la radiotélévision. La notion d’ « Office », garante d’une plus grande liberté de gestion est inscrite dans la loi[6].

Malgré cette loi, la grève de l'ORTF qui a lieu au , se termine en par une vague de licenciement de journalistes contestataires, parmi lesquels Claude Darget : 70 d'entre eux créent l'Union des journalistes de télévision pour tenter de retrouver du travail. Le , la tutelle de l'ORTF sera rattachée au Premier ministre, et le Ministère de l'Information supprimé.

RéférencesModifier

  1. "Histoire de la télévision sous De Gaulle", par Jérôme Bourdon - 1990 - page 93
  2. "Pouvoir et télévision, je t'aime moi non plus" [1]
  3. Mémoire de Richard E. Langelier Docteur en droit (LL.D.) Doctorant en sociologie [2]
  4. Les liens TV Etat [3]
  5. "La télévision sur la scène du politique: Un service public pendant les Trente Glorieuses", par Évelyne Cohen, Éditions L'Harmattan, 2009 [4]
  6. http://fr.jurispedia.org/index.php/Office_de_radiodiffusion-t%C3%A9l%C3%A9vision_fran%C3%A7aise_(fr)