Gentilshommes verriers

Les gentilshommes verriers étaient, en France sous l'Ancien Régime, des nobles exerçant la profession de maîtres verriers. Ils pouvaient exercer cette activité, bien que manuelle, sans perdre leur noblesse, à la suite d'une série de chartes royales stipulant que le travail du verre n'entraînait pas de dérogeance.

HistoireModifier

Le plus ancien privilège royal connu accordé aux gentilshommes verriers est un acte signé de Charles VI (roi de France) en date du 24 janvier 1399 conservé à la Bibliothèque nationale. On peut y lire que « Droits et privilèges sont donnés à tous gens travaillant aux fours à verre. Permission est donnée aux nobles de naissance d'exercer le métier de verrier sans déroger à leur « noble état »[1].

La verrerie était en effet considérée comme un art noble. Ce privilège accordé ne signifiait pas qu'on était anobli en devenant verrier, mais qu'un noble pouvait exercer ce métier sans déroger. Un dicton du Moyen Âge, relevé dans l'ouvrage de Gerspach, dit que pour faire un vrai gentilhomme verrier, il fallait d'abord trouver un noble né et en faire un bon ouvrier.

Le duc de Castries, membre de l'Académie française, écrit que les Azémar de Normandie, tels Jean et Jacques d'Azémar, originaire du Gard, sous Louis XIII, sont la plus ancienne famille de maîtres verriers du Languedoc[2].

Les gentilshommes verriers ont toujours soutenu que leurs privilèges avaient été octroyés par le roi saint Louis qu'ils avaient suivi en croisade. En réalité, c'est à Philippe III le Hardi, son fils, qu'ils durent les privilèges attachés à la qualité de verrier. Il n'existe pas de documents authentiques se rapportant à cette époque[3].

En 1753 se tint l'assemblée générale de Sommières, où tous les gentilshommes verriers du Languedoc furent convoqués, afin de produire leurs titres de noblesse et délibérer sur le règlement des verreries nobles. Le procureur du roi en la cour royale Ignace Chrétien, souhaitant appuyer ces gentilshommes languedociens et obtenir le maintien de leurs privilèges, déclare : « ce n'est qu'après avoir versé leur sang et ruiné leur fortune que ces nobles obtinrent de la générosité du roi Saint Louis une planche après leur naufrage; le roi leur permit, avec une exemption absolue de tous les droits ordinaires, le droit d'exercer leur science sans encourir de dérogeance »[4],[5].

« De Philippe le Bel, en 1312, autorisant les « verriers de Champagne à souffler le Verre sans déroger... » et les lettres patentes d’août 1727 de Louis XV, une dizaine de monarques ont codifié les activités des gentilshommes verriers au cours des siècles »[6].

En Normandie, en 1330, le roi de France Philippe VI de Valois autorise Philippe de Cacqueray, écuyer, à établir une verrerie près de Bézu. Il fut le premier inventeur des plats de verre appelés "verre de France". D'autres familles nobles, tels les Bongars, Brossard et Le Vaillant reçurent le même privilège.

Dans le duché de Lorraine, quatre familles nobles de verriers obtenaient en 1448 du duc de Lorraine, d'importants privilèges pour s'installer en forêt de Darney. Le duc de Lorraine, octroie en 1469 une charte aux verriers de Lorraine qui les assimile aux nobles en leur accordant tous les privilèges attachés à l' état de noblesse (exemption de tailles, aides, subsides et subventions)[7].

En 1502, le sieur de Hennezel qui était établi en forêt de Darney (on trouve aussi des verriers de ce nom en Languedoc) avait à fournir au duc de Lorraine comme charge « un petit assortiement de verres pour la table à chaque an ».

Vers 1565, des Huguenots de Normandie et de Lorraine s'installèrent en Angleterre, pays protestant. Parmi eux se trouvaient des gentilshommes verriers. Ils durent s'adapter à la vie dans leur nouveau pays, et leurs noms furent prononcés puis écrits à l'anglaise : les Cacqueray, Bongars, Thiétry, Hennezel devinrent Cockery, Bungar, Tittory, Henzy[8].

Au début du XVIIe siècle, durant la guerre de Trente Ans, en raison des ravages causés à la Lorraine, des verriers lorrains émigrèrent en Nivernais, Puisaye et Berry.

Non-dérogeance des nobles exerçant l'art du verreModifier

Pour le royaume de France, la sociologue Jacqueline Hecht indique « l’arrêt de 1581 avait admis la non-dérogeance pour les gentilshommes-verriers »[9]. Elle écrit que « La plupart des verriers se considéraient comme nobles parce qu’ils bénéficiaient des privilèges et exemptions du second ordre, et l’opinion, malgré l’absence de textes formels, demeurait convaincue que le droit de tenir des verreries n’appartenait qu’à des gentilshommes »[10].

Patrick Clarke de Dromantin sur ce point écrit : « Il convient tout d’ abord de rappeler que, contrairement à une opinion largement répandue, l’art du verre ne confère nullement la noblesse, mais permet seulement d’échapper à la dérogeance. Trois arrêts de la Cour des aides de Paris en 1582, 1597 et 1601 avaient pourtant fixé une jurisprudence constante en la matière »[11].

Gille André de La Roque dans son traité de la noblesse le rappelle : « C'est une erreur populaire et grossière de croire que les verriers soient nobles en vertu de leur exercice, car ils ne se peuvent pas plus avantager que les autres marchands et ouvriers du royaume, qui sont du Tiers-Etat, sinon que leur profession est fort honorable et qu'ils ne dérogent point, s'ils sont de naissance noble »[11].

Les nobles exerçant la profession de verrier étaient surnommés « roturiers du verre ». Ce sous-entendu que leur noblesse était fragile se retrouve chez Boileau, qui raillait le poète français de Saint-Amant, descendant justement de nobles verriers, ainsi que chez Maynard, qui décocha à ce dernier cette petite épigramme :

Votre noblesse est mince
Car ce n'est pas d'un Prince
Daphmis que vous sortez,
Gentilhomme de verre
Si vous tombez à terre
Adieu vos qualités.

Liste de familles de gentilshommes verriersModifier

RéférencesModifier

  1. Bibliothèque Nationale, collection Moreau
  2. Maurice Arthur Quirin de Cazenove, Les verriers du Languedoc, 1904, p. 334
  3. Claude-Annie Gaidan, Les gentilshommes-verriers du Gard: du XVe au XVIIIe siècle, Presses du Languedoc, (lire en ligne), p. 11.
  4. Saint Quirin, Les verriers du Languedoc 1290-1790, Impr. Delord-Boehm et Martial, (lire en ligne), p. 134-135.
  5. Bulletin historique et littéraire de la Société de l'histoire du protestantisme français, Société de l'histoire du protestantisme français, (lire en ligne), p. 188.
  6. Alain Riols, « Gentilshommes verriers et verreries forestières du Languedoc, page 2 », Extrait du catalogue Transverre,
  7. Jean-Nicolas Beaupré, Les gentilshommes verriers, ou Recherches sur l'industrie et les privilèges des verriers dans l'ancienne Lorraine aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, (lire en ligne), p. 17.
  8. Stéphane Laurent, Le geste et la pensée. Artistes contre artisans de l'antiquité à nos jours, 2019
  9. Jacqueline Hecht, Un problème de population active au XVIIIe siècle en France. La querelle de la noblesse commerçante, Population, (lire en ligne), p. 271 note 1.
  10. Jacqueline Hecht, Un problème de population active au XVIIIe siècle en France. La querelle de la noblesse commerçante, Population, (lire en ligne), p. 271.
  11. a et b Patrick Clarke de Dromantin, Les réfugiés jacobites dans la France du XVIIIe siècle, Presses Univ de Bordeaux, (lire en ligne), p. 314.
  12. Soldats et gentilshommes verriers, Revue d'Ardenne & d'Argonne, 1907-1908 p. 137 sur Gallica

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Jean-Nicolas Beaupré, Les gentilshommes verriers, ou Recherches sur l'industrie et les privilèges des verriers dans l'ancienne Lorraine aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, (lire en ligne), p. 17
  • Patrick Clarke de Dromantin, Les réfugiés jacobites dans la France du XVIIIe siècle, Presses Univ de Bordeaux, (lire en ligne), p. 314
  • Jacqueline Hecht, Un problème de population active au XVIIIe siècle en France. La querelle de la noblesse commerçante, Population, (lire en ligne), p. 270-271

Articles connexesModifier