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La foule réunie sur le passage du cortège

L'écrivain français Victor Hugo est mort à Paris le 22 mai 1885, âgé de 83 ans. Dans son testament, il spécifiait : « Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l’oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu. »[1]

Sommaire

Victor Hugo, icône républicaineModifier

En 1885, Victor Hugo incarne à double titre l'image du Grand Homme, à la fois « une personnalité profondément démocratique, dont le seul titre à la grandeur était le service humblement rendu à l'humanité, citoyen et père de famille »[2] et héros romantique et solitaire, opposant obstiné au Second Empire depuis son exil de Guernesey. Sa longévité l'a par ailleurs fait entrer « vivant dans l'immortalité », lui donnant « la figure absolue du grand-père »[2], et la consécration des manuels scolaires, dans une France où l'instruction primaire s'est démocratisée.

Selon la presse de l'époque, l'annonce de la mort du poète donne lieu à des manifestations de deuil populaire : « Des ouvriers se découvrirent respectueusement, des vieillards se mirent à pleurer silencieusement, des grandes dames coudoyant des femmes du peuple s'unirent à elles dans un même sentiment de désespoir[3]. » On voit apparaître aux fenêtres des drapeaux tricolores portant un ruban de crêpe. Le samedi 23, dix-sept journaux parisiens paraissent avec un cadre noir en première page et Le Rappel (journal fondé à l'initiative de Victor Hugo) continue à porter le deuil jusqu'au jour des funérailles[2].

Des obsèques nationalesModifier

 
Le catafalque sous l'Arc de Triomphe de Paris

Le 24 mai 1885, la Chambre des Députés approuve l'organisation de funérailles nationales par une écrasante majorité : 415 voix sur 418. L'inhumation était prévue dans un premier temps au cimetière du Père Lachaise, où la famille Hugo avait acheté un caveau. La proposition d'Anatole de La Forge de l'inhumer au Panthéon, que le Second Empire avait rendu au culte, donne lieu à une intense polémique. Le gouvernement se rallie à cette proposition par un décret publié dans le Journal officiel du mercredi 27 mai. C'est suite à ce décret que le Panthéon sera définitivement désacralisé.

Son cercueil est exposé une nuit sous l'Arc de triomphe de l'Étoile, voilé de noir, et le lendemain, 1er juin 1885, la cérémonie débute à 10 h 30, avec le tir de 21 salves depuis l'hôtel des Invalides. 19 orateurs prononcent des discours, les représentants de l’État et des collectivités publiques prenant la parole à l'Arc de Triomphe, les représentants des organisations artistiques et étrangères au Panthéon. Le cortège s'ébranle à 11 h 30, pour se terminer à 19h. En tête du cortège, devant le cercueil et la famille, marchent 12 jeunes poètes choisis par la famille, une délégation de Besançon, ville natale du poète, une délégation de la presse et quatre sociétés artistiques. 1 168 délégations de sociétés et cercles divers se sont inscrits pour participer au défilé[2]. La procession descend les Avenue des Champs-Élysées, passe Place de la Concorde, puis emprunte le boulevard Saint-Germain et le Boulevard Saint-Michel avant de rejoindre la rue Soufflot, qui débouche sur le Panthéon.

Pour l'occasion, les écoles et les théâtres subventionnés ont été fermés, mais ce lundi 1er juin 1885 n'a pas été décrété férié. Malgré cela, une foule très nombreuse, de près de deux millions de personnes, a assisté à ces funérailles.

Dans la littératureModifier

Dans Les Déracinés de Maurice Barrès, François Sturel, l'un des personnages, passe la nuit place de l'Étoile à veiller le cercueil de Victor Hugo, puis participe aux funérailles.

  • Victor Hugo vient de mourir de Judith Perrignon, 2015, Éditions Pocket
  • Les Funérailles de Victor Hugo, de Marc Bressant, 2012, Michel de Maule.

Notes et référencesModifier

  1. DesLettres, « Dernière lettre de Victor Hugo : « Je vais fermer l'œil terrestre ; mais l'oeil spirituel restera ouvert. » - Des Lettres », Des Lettres,‎ (lire en ligne, consulté le 17 septembre 2017)
  2. a b c et d Ben-Amos, Avner (1985), Les funérailles de Victor Hugo: apothéose de l'èvènement spectacle, in Pierre Nora, coord., Les lieux de mémoire, vol.1, La République, Gallimard (Bibliothèque illustrée des histoires), p. 473-522.
  3. Gil Blas, cité par Ben-Amos