Esclavage des Mamelouks

Les Mamelouks constituent un corps armé d'esclaves affranchis, faisant à l'origine office de garde prétorienne et d'armée privée de divers souverains musulmans, et ce, dès le IXe siècle à l'initiative des califes abbassides de Bagdad. Ils sont alors essentiellement turcs, circassiens, géorgiens et parfois slaves, respectivement originaires des steppes d'Asie Centrale, de Coumanie (plaines du Kipchak, Crimée), du Caucase et d'Europe orientale. Affranchis, certains basculent dans le mercenariat tandis que d'autres se hissent progressivement au trône, à l'image des Mamelouks d'Égypte qui, après avoir évincé la dynastie ayyoubide, embrassent le pouvoir et fondent le sultanat mamelouk du Caire, leur souveraineté s'étendant alors de l'Égypte à l'Anatolie méridionale, en passant par le Levant et le Hedjaz dont ils deviennent les gardiens des lieux saints de l'islam. Dès 1258, ils mettent sous tutelle les derniers califes abbassides, chassés de Bagdad conquise par les Mongols. Bien qu'étant au pouvoir, les maîtres du Caire perpétuent la tradition dont ils sont issus, à savoir l'acquisition d'esclaves provenant de contrées lointaines, essentiellement turciques, afin de les incorporer dans le système militaire.

Nombre d'esclaves affluant sur les marchésModifier

Les esclaves mamelouks, du temps des sultanats ayyoubide et mamelouk du Caire, sont en grande partie des captifs provenant des raids mongols. Les esclaves transitent ensuite par des points d'entrée situés entre le sud de l'Anatolie et le nord de la Syrie avant d'être exposés sur des marchés aux esclaves. Bien que cet afflux d'esclaves concerne plusieurs milliers d'individus, il demeure délicat d'émettre des estimations chiffrées exactes. Le marchand vénitien Emmanuel Piloti affirme, qu'en son temps, au XVe siècle, pas moins de deux mille âmes sont vendues chaque année. Bien que les acquisitions annuelles d'esclaves par le sultan semblent contredire cette affirmation, la somme générée par l'achat de ces esclaves par le restant des acheteurs la rend plus vraisemblable. D'autant plus que cette affirmation ne concerne que la ville du Caire, d'autres marchés aux esclaves existants, comme ceux de Malatya en Anatolie et d'Alep en Syrie[1].

Valeur marchandeModifier

La valeur marchande des esclaves mamelouks est toute aussi incertaine, variant en fonction de l'offre disponible mais aussi de leurs critères physiques, de leur âge et de leur origine. D'après Emmanuel Piloti, les Tatars sont les plus prisés, suivis des Circassiens puis enfin des Slaves. Il estime que les premiers valent généralement 130 à 140 ducas, les seconds 110 à 120 ducas, et les derniers 70 à 90 ducas[1]. Il y a cependant des exceptions, à l'instar de Sarghitmish al-Nasiri, acquis à hauteur de 80 000 dirhams d'argent (4 000 dinars d'or) par le sultan al-Nâsir Muhammad ibn Qalawûn. Ainsi, en 1304, du fait de l'afflux d'esclaves sur le marché, les tarifs furent revus à la baisse : un esclave valant habituellement 4 000 dirhams d'argent (200 dinars d'or) était cédé pour seulement 1 000 dirhams (50 dinars)[1].

Tout le monde n'avait cependant pas les moyens d'acquérir des esclaves, encore moins de les former au maniement des armes. Seuls les sultans et les émirs pouvaient acquérir un grand nombre d'esclaves afin de les éduquer et de les former à l'art de la guerre pour les incorporer ensuite dans l'armée. Dans la société militaire, le prestige des émirs dépendait du nombre de mamelouks qu'ils étaient en mesure d'entretenir et d'intégrer aux troupes[1]. Cette tendance contribue à l'exercice d'une hégémonie par les émirs militaires, que le sultan Barquq, durant son règne (1382-1399), aspire à outrepasser en faisant l'acquisition de 5 000 esclaves qu'il incorpore à sa garde[2].

BibliographieModifier

  • Ahmad al-Maqrizi, Histoire des Dultans Mamelouks de l'Égypte, 1424. Traduction de M.Quatremère, 1837 (lire en ligne tome 1 [archive] et tome 2 [archive]).
  • André Clot, L'Égypte des Mamelouks 1250-1517. L'empire des esclaves, Paris, Perrin, 2009 (ISBN 978-2-262-03045-2)
  • Julien Loiseau, Les Mamelouks – XIIIe et XVIe siècles : Une expérience du pouvoir dans l'Islam médiéval, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L'Univers historique », 2014 (ISBN 978-2-02-087112-9)
  • Julien Loiseau, Les Mamelouks, des esclaves sur le trône, L'Histoire, 2010

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Julien Loiseau, Les Mamelouks XIII-XVIe siècle : Une expérience du pouvoir dans l'Islam médiéval, Paris, Editions du Seuil, (ISBN 978-2-02-087112-9), p. 63
  2. « Les Mamelouks, des esclaves sur le trône », sur www.lhistoire.fr (consulté le )