Entrepôts de Bercy

entrepôt dans le 12e arrondissement de Paris

Les entrepôts de Bercy étaient un ensemble réservé aux négociants en vin situé dans le quartier de Bercy en périphérie du 12e arrondissement. Situé le long de la Seine, cette zone recevait, stockait et redistribuait vins et spiritueux.

L'entrepôt de Bercy en 1908.

HistoriqueModifier

Origine et développementModifier

Des entrepôts s'installent vers 1800 sur le domaine de la Rapée (à l'emplacement de l'actuel palais omnisports de Bercy), à l'extérieur de la barrière de la Rapée de l'enceinte des Fermiers généraux, ce qui permettait aux vins de ne pas être soumis à l'octroi[1].

Ces entrepôts se développent au cours des années suivantes, en amont de l'ancien domaine de la Rapée, sur les terrains des parcs et jardins qui s'étendaient jusqu'au bord de la Seine à l'arrière des maisons de plaisance de la rue de Bercy abandonnées par leurs propriétaires à la fin du XVIIIe siècle.

M. de Chabons, maire de la commune de Bercy, acquiert en 1809 le domaine du Petit Château, où il établit des chais et un atelier de tonnellerie. Cet ensemble est racheté en 1815 par Louis Gallois (successeur de M. de Chabons dans la charge de maire de Bercy), qui agrandit les chais et lotit le terrain en donnant à la voie principale le nom de rue Gallois et aux autres voies de desserte les prénoms de membres de sa famille.

Le baron Louis, ministre des Finances, crée à partir de 1819, par une société qu'il avait fondée, des entrepôts sur les terrains qu'il possédait en amont, entre le domaine du Petit Château et la rue de la Grange aux Merciers (emplacement de l'actuelle cour Saint-Émilion)[2].

Les entrepôts détruits par un incendie en 1820 sont reconstruits.

Les somptueux hôtels particuliers de la rue de Bercy et ceux à l'intérieur des parcs disparaissent au cours de la première moitié du XIXe siècle, les matériaux étant utilisés pour la construction des chais.

Les tonneaux à destination de la capitale arrivant par bateaux sur la Seine y étaient débarqués sur le port de Bercy et entreposés dans les chais de Bercy.

Les unités de mesures utilisées étaient restées celles de l'Ancien Régime, très disparates. Les négociants en vin de Paris, par l'intermédiaire de leur hebdomadaire, nouvellement créé, Le Journal de Bercy et de l'Entrepôt. Le Moniteur vinicole, lancèrent une pétition à l'adresse de Napoléon III, qui fut publiée le . Ils demandaient à l'empereur « l'unité des mesures de jaugeage des vins » et l'application du système métrique sur les contenants dont les volumes variaient « d'une contrée viticole à l'autre et souvent dans un même département ». Les pétitionnaires expliquaient qu'ils s'estimaient frustrés, chaque année, d'environ 1 000 000 d'hectolitres et demandaient instamment l'application des textes de lois de 1793, 1812 et 1837[3].

Le transport par voie ferrée se développe à partir de l'ouverture de la ligne du chemin de fer de Paris à Lyon en 1849 et l'établissement de la gare de Bercy qui dessert par des embranchements un réseau à l'intérieur du domaine des entrepôts comprenant 9,48 kilomètres de voies et 42 plaques tournantes. Au cours de la première période, le vin était transporté de Provence, du Midi, de la vallée du Rhône et de Bourgogne en tonneaux placés sur des wagons-plats[4].

La consommation de vin dans Paris augmentait. Elle passa de 1 000 000 d’hectolitres en 1800 à 3 550 000 en 1865[5].

En dépit de la construction d'une nouvelle halle aux vins entre 1811 et 1845, ses moyens de stockage se révélaient insuffisants pour faire face à cette consommation et au développment de l'acheminement par voie ferrée.

La reprise des entrepôts par la Ville de ParisModifier

En 1860, la commune de Bercy, jusque-là indépendante, fut dissoute et partagée entre Paris et Charenton[1].

L'octroi ayant été reporté à l'enceinte de Thiers, les entrepôts placés à l'intérieur de Paris auraient dû en principe être soumis immédiatement aux droits sur les vins mais les pouvoirs publics décidèrent d'appliquer un régime transitoire d'une durée de 10 ans.

La guerre franco-prussienne repoussa ce délai jusqu'à une inondation de 1876 qui décida la Ville de Paris à racheter l'ensemble. Le négoce auparavant sous le régime de l'entrepôt à domicile, les chais étant la propriété des négociants qui acquittaient les droits lors de la vente sont placés sous le régime de l'entrepôt réel par décret du 6 août 1877 : les entrepôts deviennent des magasins publics pour lesquels la Ville de Paris propriétaire délivrait des concessions aux négociants.

Le projet de la Ville de reconstruire l'ensemble des chais sous la direction de Viollet-le-Duc est partiellement réalisé.

L'ensemble est exproprié et les entrepôts sont étendus en 1877 jusqu'en bordure de la gare de la gare de La Rapée au sud-ouest de la rue Nicolaï (ancienne rue de la Grange aux merciers), qui devient une rue intérieure et disparait comme voie de transit. Cette partie comprend le terrain de l'ancien domaine du Pâté Pâris (entre cette rue et l'actuelle avenue des Terroirs-de-France) où une caserne de cavalerie construite en 1825 est démolie. De nouveaux bâtiments sont construits sur cette partie, ce qui entraine également la suppression du tronçon de la rue de Bercy de la place de l'église de Bercy (place Lachambeaudie) à la rue Nicolaï.

Les maisons sur le quai de Bercy, comprenant des guinguettes et restaurants, le plus réputé étant Le Rocher de Cancale, sont détruites ainsi que des bâtiments d'intérêt architectural et historique, le Pâté-Pâris et le petit château de Bercy. Deux pavillons sont construits de part et d'autre de la rue de Dijon (rue Joseph-Kessel), à l'entrée du pont de Tolbiac.

L'ensemble, entouré de grilles de 3 mètres de hauteur est divisé en deux parties de part et d'autre de la rue de Dijon (actuellement rue Joseph-Kessel) ouverte à cette date, le Petit Bercy en aval, le Grand Bercy en amont. Pour éviter les inondations, le quai de Bercy est surélevé à 8,70 mètres au dessus de l'étiage de 1658.

8 couloirs de liaisons et 4 escaliers sont construits entre le quai et la zone des entrepôts ainsi que 101 caves sous la partie des entrepôts dominant la berge.

Cependant, le projet de reconstruction de l'ensemble des chais est abandonné, la Ville se limitant à louer les anciens bâtiments ou le terrain nu aux négociants laissés libre de bâtir les chais et autres installations, ce qui donna un aspect pittoresque au quartier du Petit Bercy entre la rue de Dijon et le boulevard de Bercy, les arbres ayant, de plus, été préservés.

Une partie des bâtiments plus réguliers et uniformes construits par la Ville de Paris à cette époque dans le Grand Bercy ont été préservés, Cour Saint-Émilion, et l'ensemble compris entre la rue Lheureux, la rue des Pirogues de Bercy, la rue Baron-Le-Roy et l'avenue des Terroirs de Bercy, où sont installés le musée des Arts forains et l'école de boulangerie et de pâtisserie.

L'apogée de la prospéritéModifier

 
Dans les entrepôts de Bercy, sur un wagon-foudre, fête de l'abolition de la prohibition aux États-Unis en 1933.

La voie ferrée assure la quasi totalité du transport du vin entre 1875 et 1914. Les tonneaux sont remplacés par des wagons-foudres (20 000 étaient en service en 1910 et encore 8 850 en 1945). Les manœuvres dans le domaine des chais étaient assurées par des chevaux puis par des locotracteurs Latil. Les rails sont conservés au sol dans le parc de Bercy en mémoire de ce réseau.

L'acheminement par voie d'eau se développe ensuite. Les bateaux transportant les vins d'Algérie, d'Espagne et du Portugal sont déchargés à Rouen dans des péniches remontant la Seine jusqu'au port de Bercy, le trafic ferroviaire et par voie maritime étant équivalent dans l'entre-deux guerres, avant le développement du transport routier à partir des années 1950[6].

Le domaine était régi par un règlement intérieur. La communauté de négociants et de leurs salariés vivait en semi-autarcie, avec des services à proximité, école, église Notre-Dame-de-la-Nativité de Bercy, bureau de poste[7].

Le , le parlement vota une loi qui obligeait les gros marchands de vins de Paris d'avoir pignon sur rue à l'entrepôt de Bercy et à la halle aux vins[8]. Jusqu’au début du XXe siècle, les deux entrepôts parisiens gardèrent une importance à peu près égale. Mais la spécialisation de la halle de Saint-Bernard en vins fins et alcool et l'agrandissement de Bercy en 1910 donnèrent l'avantage à ce dernier. En 1930, il représentait 70 % du stockage et des sorties contre 30 % pour la halle aux vins[5].

Le déclinModifier

Jusque dans les années 1960, ces produits d'assemblage, de qualité douteuse, firent la fortune des négociants en vin de Bercy qui popularisaient ce type de production dans leur organe de presse le Moniteur vinicole. Mais le consommateur devenait de plus en plus exigeant et privilégiait la mise en bouteilles à la propriété, garantie de qualité. Plus question d'améliorer un Bourgogne avec un Côtes-du-rhône ou de remonter son degré avec du vin d’Algérie[9]. Le négoce des entrepôts, après un siècle d'existence, commença à péricliter[1].

Par ailleurs, la Ville de Paris envisageait valoriser ce patrimoine foncier, peu construit (le bâti ne représentant que 44 % de la surface) à proximité du centre de l'agglomération. En 1964, les baux ne furent pas renouvelés et les travaux d'amélioration ou de modernisation interdits. Les entreprises les plus importantes et les plus dynamiques partirent en périphérie. 8 hectares furent supprimés en 1979 par la construction du palais omnisports de Bercy. Les derniers négociants attachés aux lieux restés sur place furent contraints de partir. Les derniers chais détruits en 1993 furent ceux de la cour Louis Proust[10].

Voies des entrepôts de BercyModifier

Les entrepôts de Bercy étaient divisés en 2[11],[12],[13] : le Grand-Bercy, situé en aval, et le Petit-Bercy situé en amont, qui étaient séparés par la rue de Dijon. Cette dénomination faisant état de la taille de ceux-ci.

Voies limitrophes
Voies du Grand-Bercy
Voies du Petit-Bercy

ReconversionModifier

La zone de ces entrepôts a été profondément restructurée à partir du début des années 1980 avec la construction de Bercy Arena (1984), puis du ministère de l'Économie et des Finances (1990). À la fin du XXe siècle, la restructuration et la rénovation du quartier sonnèrent le glas des entrepôts, mais leur souvenir perdure dans le parc de Bercy qui les a remplacés et a conservé quelques anciens pavillons, vestiges du passé vinicole de Bercy ainsi que dans le nom de la station de métro qui le dessert Cour Saint-Émilion[1].

En 1985, quelques chais sont inscrits à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques dont les chais Lheureux dans lesquels ouvrent en 1996 Les Pavillons de Bercy, un lieu culturel destiné au patrimoine du spectacle et des arts forains. L'architecture des anciens chais, qui faisait l'identité du quartier, a également inspiré la création d'une zone commerciale et de loisirs, Bercy Village, avec ses boutiques et ses terrasses en 2000. À l'est de cette zone a été aménagé un quartier d'affaires organisé autour de la place des Vins-de-France. Une rue Baron-Le-Roy commence à la place Lachambeaudie et finit en impasse sur l'avenue des Terroirs-de-France. Elle doit son nom à Pierre Le Roy de Boiseaumarié (1890-1967), créateur des appellations d'origine contrôlée (AOC). Une station Baron Le Roy de la ligne 3a du tramway d'Île-de-France est ouverte depuis fin 2012[14].

Notes, sources et référencesModifier

  1. a b c et d Les entrepôts, le grand Bercy et le petit Bercy
  2. Lucien Lambeau, Histoire des communes annexées à Paris, Ernest Leroux, , 577 p. (. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6503716m/f365.item.zoom)
  3. Achille Larive, Le Moniteur vinicole. Journal de Bercy et de l'Entrepôt, no 7, mercredi 6 octobre 1856, p. 1 et 2.
  4. Clive Lamming, Paris ferroviaire, Paris, Parigramme, (ISBN 2-84096-115-6), p. 206-207.
  5. a et b Le commerce du vin à Paris
  6. Clive Lamming, Paris ferroviaire, Paris, Parigramme, (ISBN 2-84096-115-6), p. 206-207
  7. Jacques Champeix et Lionel Mouraux, Bercy, éditions LM, , 41 et suivantes et suivantes p. (ISBN 2 90446302X)
  8. Éphéméride du 8 au 14 août
  9. Entrepôt de Bercy
  10. Corinne Hubert, Le 12ème arrondissement, Action artistique de la Ville de Paris, 48 et suivantes p. (ISBN 9 782 905 118875), « Bercy un domaine et des enclaves »
  11. Plan parcellaire municipal de Paris (fin XIXe) 47e quartier Bercy 62e feuille PP/11954/A
  12. Plan parcellaire municipal de Paris (fin XIXe) 47e quartier Bercy 62e feuille PP/11954/B
  13. Plan parcellaire municipal de Paris (fin XIXe) 47e quartier Bercy 62e feuille PP/11954/C
  14. Station prévue dans le contrat État-région 2000-2006.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Lien externeModifier