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Dominique Tabah est une figure de Mai 68, présidente et fondatrice de l'Association des résidents de la cité universitaire de Nanterre (ARCUN) qui a organisé les premières conférences sur le campus sur la "Révolution sexuelle de Wilhelm Reich[1] puis les démarches et actions pour modifier le règlement de la résidence et ses discriminations sur l'accès au bâtiment des filles.

BiographieModifier

Dominique Tabah, fille d'un père "juif apatride et communiste", est née en 1946 et suivra ses parents, expatriés à New-York, aux Philippines ou au Liban jusqu’à son bac. Arrivée à Paris en 1964 pour des études de philosophie à la faculté, elle se sent ni militante féministe ni d’aucun bord gauchiste en particulier, mais raconte avoir découvert une société “verrouillée”.

Après avoir eu du mal à trouver des logements dans le secteur privé, elle trouve une chambre à la cité universitaire du campus de l'Université Paris-Nanterre, la deuxième de la région en nombre de lits[2], qui est ouverte depuis le 3 novembre 1965[2]. En cours d'année 1966-1967, elle y débarque avec sa seur et leur oncle Léon, qui porte les bagages, pour s’installer au dernier étage.

Puis elle fonde l'Association des résidents de la cité universitaire de Nanterre (ARCUN), dont elle est la première présidente, et qui compte 800 inscrits pour 1 400 résidents dès 1967[2]. Un peu plus tard, elle adhère à l'Union des étudiants communistes. Dominique Tabah constate que le règlement de la cité universitaire interdit de de bouger un meuble, une affiche[3], et précise qu'après 22 heures, les garçons peuvent recevoir des visites tandis que c'est interdit aux filles[1]. "On parlait des filles qui montent et de celles qui ne montent pas" se souvient Dominique Tabah[3], qui déplore cette discrimination et d'infantilisation[3],[4].

Le règlement est cependant détourné régulièrement, comme à la Résidence universitaire Jean-Zay d'Antony où les résidents ont empêché en 1966 les ouvriers d'édifier devant le bâtiment des filles la loge du concierge chargé du contrôle[5], surnommée «loge de la honte»[5], mais les étudiants veulent le changer et plus seulement le contourner.

L'ARCUN organise le 21 mars 1967 une conférence de Boris Fraenkel sur la "Révolution sexuelle de Wilhelm Reich[1], occasion de diffuser en tract le manifeste du théoricien de l'orgone, mais vingt-neuf personnes sont exclues de la cité universitaire dans les jours qui suivent[1].

Six jours après, le 29 mars 1967[2],[6], le hall du bâtiment des filles est occupé symboliquement par soixante étudiants de l'ARCUN[2], qui négocient leur sortie contre l'absence de sanctions[2]. En avril 1967, une manifestation de résidents universitaires est appelée par la FRUF, contre la hausse des loyers et le règlement intérieur, et pour la mixité, c'est une étape importante du Mouvement des résidences universitaires des années 1960 à l'échelle nationale[7],[8].

Après une première flambée en 1965, puis en 1967, les résidences universitaires sont, à partir de janvier 1968, le théâtre d'une agitation spectaculaire[9]. Après qu'en janvier le mouvement eut débuté dans quelques cités de province (Nantes), il est généralisé en février. Envahissant les bâtiments des filles, les résidents abolissent de fait les règlements anciens[9].

L'UNEF n'a pas impulsé le mouvement qui est le fait d'une organisation indépendante, la FRUF (Fédération des résidents universitaires de France), mais elle s'y intéresse vivement et informe les AGE qui souvent ignorent tout[9]. Elle s'efforce en mars de le relancer et de le faire converger avec l'ensemble du mouvement étudiant, revendiquant contre l'augmentation des loyers, pour le contrôle des activités culturelles, l'allongement du séjour, les libertés individuelles et collectives, mais s'étonne que « des thèmes mis en avant, seul celui des libertés individuelles a été mis en avant. »[9].

L’ARCUN organisera plusieurs fois d'autres occupations du bâtiment des filles, comme le 14 février 1968. A la veille de ce mouvement, préparé, Le Figaro du 13 février[10], observe que, à la Résidence universitaire Jean-Zay, après trois années de lutte, la mixité est finalement obtenue dans chaque bâtiment en 1967[11],[12].

Début 1968, Dominique Tabah et sa sœur sont interviewées dans un film documentaire de Victor Franco et Claude Ventura, pour l’ORTF: comment vivent les étudiants dans la résidence de Nanterre en grève depuis novembre 1967[13], qui est diffusé en mars 1968, peu avant les événements de Mai 68, auxquels participent aussi Jacques Tarnero, qui la rejoint à la l'Association des résidents de la cité universitaire de Nanterre (ARCUN) dont il est vice président, tout en s'occupant du service d'ordre du Mouvement du 22 mars et des Jeunesses communistes révolutionnaires[14].

Dans la foulée, Dominique Tabah est aussi témoin de la montée du féminisme[3]. «Nous parlions beaucoup des avortements clandestins, de la pilule, autorisée mais peu répandue, nous organisions des réunions avec le Planning familial. Mais la société était encore très rigide», racontera-t-elle aux journalistes[3]. Elle participe aux manifestations au Quartier latin, où sa seur et elle se blesse, et racontera la difficulté de prendre la parole en tant que jeune femme, alors que les hommes se complaisent dans la violence de rue[15]. En comparaison de l’Amérique, elle trouve la France bien « coincée » et « enfermée » dans ses « vieilles traditions ». Du coup, elle se sent totalement interpellée par les premières contestations, qui émanent de Nanterre[16].

Dominique Tabah finit sa maîtrise de philosophie et deviendra ensuite directrice générale du réseau des bibliothèques de Montreuil, puis directrice de la bibliothèque de Sartrouville et de celle Bobigny qu'elle quittera pour prendre la direction du pôle de l'action culturelle et de la communication au sein de la direction de la Bibliothèque publique d'information (BPI). Auteur d’articles dans le BBF et Bibliothèque(s) elle a notamment collaboré à Pluralité culturelles en actes (ABF, 2004) et L’action culturelle en bibliothèque (Éd. du Cercle de la Librairie, 2008).

Son portrait a été effectué dans Mai 68, nouveaux regards, enquête de Fernando Malverde et Nedim Loncarevic[17].

L'écrivain Robert Merle, professeur d'anglais sur le campus, fera de la résidence de Nanterre l'épicentre de son roman "Derrière la vitre"[18].

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Catherine Millet, « À l’origine était le 21 mars 1967... », sur Libération,
  2. a b c d e et f Projet "Faire et arpenter l’histoire de l’université de Nanterre" pour les Journées européennes du patrimoine, samedi 17 septembre 2016. « Découverte de l’histoire du campus de Nanterre : entre pratiques d’hier et d’aujourd’hui » [PDF]
  3. a b c d et e Laurence Debril, « Ils partirent 142... », sur L'Express,
  4. « Mai 68 par ceux qui l'ont fait : Dominique Tabah », sur France 3,
  5. a et b Adrien Dansette, Mai 68, Editions Plon,
  6. Wolfgang Drost Lang, Mai 1968,
  7. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées armand
  8. "Le devenir professionnel et personnel des militants de mai" par Elisabeth Salvaresi, dans Matériaux pour l'histoire de notre temps 1988
  9. a b c et d "L'UNEF avant mai. En attendant le miracle" par Alain Monchablon dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps en 1988 [1]
  10. 0 « Antony : statut assoupli, mais non officiel, envié par les autres résidences », Le Figaro, 13/02/1968 [2]
  11. Histoire de la RUA [3]
  12. Chronologie détaillée à Antony [4]
  13. "Les résidents de Nanterre", dans l'émission de l'ORTF, Tel quel 26 mars 1968 time code 3'40. « Extrait vidéo » [vidéo], sur ina.fr
  14. Daniel Bensaïd, Une lente impatience, Stock,  ; autobiographie de Daniel Bensaïd, membre de la direction de la JCR, futur dirigeant de la Ligue Communiste
  15. Elise Racque, « France Culture ressuscite Mai 68 dans le Quartier latin », sur Télérama,
  16. Jean-Christophe Laurence, « Ce qu'il reste de Mai 68 », sur La Presse,
  17. "Mai 68, nouveaux regards - Une enquête de Fernando Malverde et Nedim Loncarevic, avril 2018 (présentation en ligne sur www.francetvpro.fr)
  18. publié en 1970 aux éditions Gallimard