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David Spector

économiste français

BiographieModifier

Né le , David Spector est diplômé de l'École Normale Supérieure de Paris. Il obtient en 1998 un Ph.D en économie à la London School of Economics et à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). De 1997 à 2001, il est professeur assistant au Massachusetts Institute of Technology (MIT)[1].

En , il devient consultant externe pour le cabinet National Economic Research Associates (NERA Economic Consulting (en))[2]. En , il rejoint un cabinet concurrent, le Law and Economics Consulting Group (LECG Corporation (en))[3]. Il crée en 2007 son propre cabinet de conseil en économie de la concurrence, Microéconomie Appliquée (M.A.P.P.), dont il est l'un des quatre gérants[4],[5],[6],[7].

Il est chargé de recherche au CNRS (Paris-Jourdan Sciences économiques), professeur associé à l'École d'économie de Paris. Il est codirecteur du programme « Marchés, firmes et politique de la concurrence » au Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP). Il enseigne également à l'École Normale Supérieure.

Il est membre de l'American Economic Association.

Il a été classé « incontournable » (au-dessus de « excellent ») en litigation support – contentieux antitrust par la Leaders League[8].

TravauxModifier

David Spector est surtout connu pour ses travaux sur les questions d'économie industrielle et d'économie de la concurrence, mais est aussi actif dans d'autres domaines. Résolument partisan des théories libérales, il n'en est pas moins critique de l'application des politiques libérales dans le monde réel.

Les « politiques d’emploi malthusiennes »Modifier

Les premiers travaux de Spector ont concerné les politiques de partage du temps de travail, que ce soit par la réduction du temps de travail ou par un abaissement de l’âge de la retraite. En théorie, ces politiques devraient rendre disponibles du temps de travail que les jeunes et les chômeurs pourraient combler. Pour Spector, cela suppose que ces derniers ont les qualifications nécessaires pour remplir les places libérées, ce qui n’est pas le cas en pratique : ces politiques ne pourraient réduire le chômage que si les travailleurs étaient suffisamment homogènes. Il estime qu’en France jeunes et chômeurs ne peuvent remplacer que 40 % des heures de travail libérées par une réduction du temps de travail. Par contre, une politique de réduction des coûts du travail serait beaucoup plus efficace, et pourrait même avoir un coût négatif ou nul pour les finances publiques[9],[10].

Développements théoriquesModifier

David Spector a publié divers travaux sur de multiples aspects théoriques du marginalisme néo-classique :

  • La communication entre les agents en théorie des jeux[11].
  • La définition des prix prédateurs et sur l’inadéquation des règles destinées à les mettre en évidence[12].
  • Les effets de la fixation incompréhensible des prix, pratique typique des opérateurs téléphoniques[13].
  • La prise en compte croissante de l’analyse économique dans le droit de la concurrence (contrôle des concentrations, pratiques anticoncurrentielles…) avec l’évolution vers des « règles de raison », c’est-à-dire vers une analyse au cas par cas de chaque affaire, de préférence à des « règles per se » établissant à l’avance une liste de pratiques interdites aux entreprises en position dominante[16].
  • Il s’est même penché sur le problème de la redistribution dans une fédération d’États[17] et les implications économiques d’Internet et du commerce électronique[18].

Les limites des politiques libéralesModifier

Spector s’est très tôt intéressé aux limites des politiques libérales. Par exemple, selon la théorie la plus simple du commerce international, l’ouverture des frontières dans un monde de concurrence parfaite entraîne un gain global, avec des « gagnants » et des « perdants ». Spector montre que la fiscalité sur les revenus peut être incapable de redistribuer les gains de l’échange et d’empêcher une baisse d’ensemble du bien-être[19].

De même, il montre que l’effet des fusions horizontales sur les prix peut être – ou non - néfaste aux consommateurs [20]

D’après David Spector, l’intensité de la concurrence sur le marché des biens peut provoquer une baisse des salaires réels aussi bien à court terme qu’à long terme : pour lui, les politiques de dérégulation doivent être accompagnées de mesures de transfert fiscal[21].

L’hostilité française au libéralismeModifier

Le marché de l’énergieModifier

Les aides d’ÉtatModifier

En adepte du libéralisme, Spector est méfiant envers les aides d’État, mais en reconnaît quelques avantages[22]. Il est particulièrement opposé à la Politique agricole commune (PAC), selon lui une « aberration économique » qui aggrave la crise alimentaire, appauvrit les pays de l’Union européenne et plus encore, les pauvres du Tiers Monde, alors que d’autres politiques fiscales et environnementales seraient beaucoup plus efficaces[23].

Concurrence et « imperfections du marché » dans le monde réelModifier

Spector s’est penché sur diverses « imperfections » des marchés, comme :

  • les accords d’exclusivité[24],
  • les rabais et remises de fidélité [25].
  • les situations de position dominante[26].
  • les pratiques unilatérales[27]

Sur ces sujets, il est un contributeur très actif de la revue « Concurrences » et de divers journaux français (Le Figaro, La Tribune).


Les États-Unis, pays de la liberté économique et de l’incarcération de masse : un paradoxe ?Modifier

David Spector a aussi participé aux débats[28] qui ont suivi la publication de « The illusion of free markets » de Bernard Harcourt[29].

Dans son ouvrage Bernard Harcourt explore les relations paradoxales entre le “laisser-faire” et l’incarcération de masse, notamment aux États-Unis où l’idéologie dominante promeut la liberté économique (liberté d’entreprendre, liberté des marchés, concurrence libre, etc.), et qui bat tous les records d’incarcération : 2,3 millions de personnes derrière les barreaux en 2008, 11 % des afro-américains connaissant la prison entre 20 et 34 ans.

Pour David Spector[30], il n’y a pas vraiment de paradoxe, parce qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre libéralisme et incarcération. Il existe dans la famille libérale une tradition hostile aux politiques de redistribution, qui est de fait hostile aux pauvres, bénéficiaires de cette redistribution. Elle considère que beaucoup de pauvres (et en particulier les minorités ethniques) sont paresseux, malhonnêtes ou même les deux, et que les plus criminels d’entre eux ne méritent que la prison. Ce n’est pas le libéralisme per se qui surpeuple les prisons américaines, mais cette conception de la société - et de l’importance relative des choix individuels et des déterminismes sociaux - que partagent de nombreux libéraux américains. Mais il existe aussi une tradition libérale de gauche, favorable à la fois à la liberté des marchés (proprement régulés), et à la redistribution des richesses, néanmoins le "libéralisme non-sécuritaire" ne semble pas trouver de voie actuelle pour s'exprimer politiquement[31].

Pour Harcourt, la position de Spector n’est pas nouvelle, mais « La question qui se pose aux États-Unis et qui motive le livre, c’est comment nous – nous autres libéraux – avons laissé faire cette explosion carcérale. »[32].

ŒuvresModifier

NotesModifier

  1. Concurrences « David Spector ».
  2. « Nera adds two in Europe », 23 May 2003.
  3. « NERA exodus to LECG continues », 8 April 2004.
  4. Décideurs « Spector David ».
  5. Societe.com « MICROECONOMIE APPLIQUEE (M.A.P.P.) ».
  6. Whoswholegal« MAPP ».
  7. Terra Nova « Biographie. David Spector ».
  8. Décideurs « Les meilleurs experts en litigation support – Contentieux antitrust ». Extrait de Décideurs « Risk management, Assurance & Contentieux ».
  9. Spector, David (10-1999) ”Can Work-Sharing Work?”. Working Paper No. 99-21, Department of Economics, Massachusetts Institute of Technology, October 1999, iii + 25 pp.
  10. Spector, David (2001) « Emploi : une analyse critique des politiques malthusiennes », Économie et Prévision, vol. 150-151, 2001, p. 13-31 (version pdf).
  11. Spector, David (2000).”Pure Communication between Agents with Close Preferences”, Economic Letters, vol. 66, 171-178, 2000. Spector, David (2000). “Rational Debate and One-Dimensional Conflict”, The Quarterly Journal of Economics, Vol.115, No. 1, 2000, p. 181-200. Spector, David (2002). “Failure of Communication Despite Close Preferences”, Economic Letters, Vol. 74, No. 3, 2002, p. 283-289.
  12. Spector, David (01-2001) “Definition and Criteria of Predatory Pricing”. Working Paper 01-10, Department of Economics, Massachusetts Institute of Technology, Cambridge, MA, January 2001, 29 pp.
  13. Spector, David (2002). “The Noisy Duopolist”, The B.E. Journal of Theoretical Economics, Contributions to Economic Theory, Vol. 2, No. 1, Article 4, 2002. Version antérieure: Working Paper No. 01-09, Department of Economics, Massachusetts Institute of Technology, December 2000, 22 pp.
  14. Spector, David (2005) “The Strategic Uses of Price Discrimination”. Ch. 7, p. 187-211 in “The Pros and Cons of Price Discrimination”, Konkurrensverket, Swedish Competition Authority, Stockholm, 2005, 214 pp. (ISBN 91-88566-36-6).
  15. Spector, David (10-2005) « L’approche économique du préjudice : problèmes et techniques économétriques ». Présentation, CNRS, École normale supérieure et LECG, 17 octobre 2005, 20 pp.
  16. Spector, David (2006) « Analyse économique et sécurité juridique : entre règles per se et règles de raison », p. 271-285 in Encaoua, David et Guesnerie, Roger « Politiques de la concurrence », rapport du Conseil d’Analyse Èconomique, 2006. 303 pp. Voir aussi ici et .
  17. Spector, David (2001). « Fédéralisme et conflit distributif », Annales d’Économie et de Statistique, no 61, 2001, p. 103-133.
  18. Spector, David (04-2004). « Implications économiques d’Internet et du commerce électronique ». Novembre 2004, 27 pp.
  19. Spector, David (2001).” Is it Possible to Redistribute the Gains from Trade Using Income Taxation?”, Journal of International Economics, Vol. 55, No. 2, 2001, p. 441-460 (Version antérieure : Working Paper No. 99-13, Department of Economics, Massachusetts Institute of Technology, June 1999, 25 pp.
  20. Spector, David (2003) “Horizontal Mergers, Entry, and Efficiency Defences”, International Journal of Industrial Organization, Vol. 21, No. 10, 2003, p. 1591-1600. Version antérieure, Working Paper no 2002-06, CEPREMAP, juin 2002, 27 pp.
  21. Spector, David (2004). “Competition and the Capital-Labor Conflict”, European Economic Review, Vol. 48, No. 1, 2004, p. 25-38. Version antérieure, Working Paper no 2002-07, CEPREMAP, juin 2002, 42 pp.
  22. Spector, David (2006). « L’économie politique des aides d’État et le choix du critère d’appréciation ». Concurrences, no 2, 2006, p. 34-43. Spector, David (04-2009). « Jusqu’où faut-il contrôler les aides d’État aux banques ? » La Tribune, 6 avril 2009, p. 8. Spector, David (2009). “State Aids: Economic Analysis and Practice in the European Union”. Ch.7, p. 176-202 in Vives X., ed.. “Fifty Years of the Treaty: Assessment and Perspectives of Competition Policy in Europe”, Oxford University Press, 2009. Spector, David (2009). « Bilan en matière de contrôle des concentrations et d'aides d'État : la politique de la concurrence à l'heure de la crise », in « 2008 : une année charnière en droit de la concurrence? », Petites Affiches, 17 décembre 2009.
  23. Spector, David (04-2008) « Monnayer la fin de la PAC », La Tribune, 11 avril 2008; et la réponse de Michel Barnier : « Renoncer à la PAC : une faute politique », La Tribune, 17 avril 2008. Spector, David (05-2008). « L'impossible défense de la PAC », La Tribune, 2 mai 2008. Spector, David (2008). « La contradiction entre les deux principales politiques communautaires ». Concurrences, no 4-2008, p. 16-19. [In Debroux, Michel; Spector, David; Cohen, Michael; Holden, Hart and Kirch, Pierre (2008). « Politique agricole et droit & politique de la concurrence : Une moisson à risque », Concurrences, no 4-2008, p. 11-26].
  24. Spector, David (04-2004). « Comment le droit de la concurrence doit-il traiter les accords d’exclusivité ? ». Bulletin de la Fédération PARIS-Jourdan, no 4, avril 2004, p. 1-2. Spector, David (04-2004). “Are Exclusive Contracts Anticompetitive?”. April 2004, 34 pp. Spector, David (2011). “Exclusive Contracts and Demand Foreclosure”, The RAND Journal of Economics, Vol. 42, No.4, 2011, p. 619-638 (Version antérieure, Working paper no 2007-07, Pars School of Economics, March 2007, 55 pp.).
  25. Spector, David (2005). “Loyalty Rebates: an Assessment of Competition Concerns and a Proposed Rule of Reason”. Competition Policy International, Vol. 1, No. 2, Autumn 2005, p. 89-114 ; Docweb no 0514, CEPREMAP, CNRS et PSE, octobre 2005.
  26. Spector, David (2007). « Position dominante collective : du bon usage des “critères Airtours” ». Concurrences, no 1, 2007, p. 26-30.
  27. Prieto, Catherine; Spector, David et Wachsmann, Anne (2005). « “Pratiques Unilatérales ». Concurrences, no 2, 2005, p. 54-63.
  28. Durand, Corentin « Derrière les barreaux du néolibéralisme. Forum autour du livre de Bernard Harcourt ». La vie des idées, 7 juin 2011. (version html).
  29. Harcourt, Bernard E. “The Illusion of Free Markets: Punishment and the Myth of Natural Order”. Harvard University Press. January 2011, (ISBN 978 0674057265). Reprint, novembre 2012, 336 pp. (ISBN 978-0674066168) (analyses). Sur Harcourt, voir le Wikipédia anglophone.
  30. Spector, David (06-2011). « Sur une prétendue contradiction de l'idéologie libérale ». Forum autour du livre de Bernard Harcourt, La Vie des idées, 7 juin 2011, 5 pp. (version html).
  31. Raoult, Sacha (2012). “Lectures. Bernard E. Harcourt, The Illusion of Free Markets: Punishment and the Myth of Natural Order”; Champ pénal, Nouvelle revue internationale de criminologie, Vol. 9, 2012.
  32. Harcourt, Bernard E. (06-2011). « Dévoiler l’ordre punitif américain. Une réponse à Corentin Durand, Fabien Jobard, Claire Lemercier et David Spector ». La vie des idées, 7 juin 2011, 7 pp. (version html).

Liens externesModifier