Culture de Houli

culture archéologique
Culture de Houli
Description de cette image, également commentée ci-après
Poterie en forme de bassine yi
Site : Xiaojingshan à Zhangqiu
Musée Provincial du Shandong
Définition
Lieu éponyme Houli (xian de Linzi, Shandong)
Caractéristiques
Répartition géographique Chine (Shandong)
Période Mésolithique
Chronologie 6 500 - 5 500 ans av. J.-C.
Tendance climatique tempéré

La culture de Houli (chinois : 后李文化 ; pinyin : Hou li wen hua), datée vers 6 500 - 5 500 ans  avant l’ère commune[2], est une culture archéologique du Mésolithique en Chine[3]. Elle est principalement située au Shandong, au sud de Pékin, à proximité de la mer, et témoigne de la néolithisation progressive de cette région de Haidai. Cette culture précède dans cette région la culture néolithique de Beixin-Dawenkou (Beixin, vers 5 300 - 4 300, et Dawenkou, vers 4 300 - 2 600  avant l’ère commune).

Néolithisation et premières cultures néolithiques en Chine [1]

message galerie Toutes les dates indiquées sont sous-entendues situées avant l'ère commune, AEC.

HistoriqueModifier

La culture de Houli a été découverte initialement sur le site du village de Houli, xian de Linzi, dans la province du Shandong[4], et sur une douzaine de sites des piémonts, au nord des monts Taiyi, au Shandong, dans les années 1970 et 1980[5], au cours de fouilles rudimentaires. Ce n’est que plus tard, avec des relevés stratigraphiques précis, que l’on a pu mesurer toute l’importance de cette culture. Cinq sites ont fait l’objet d’une fouille[2]. En 1991, un grand nombre d’objets, d’habitations, et de cimetières ont été découverts sur des sites tels que Xihe et Xiaojingshan, dans le xian de Zhangqiu, d’environ 10 ha[2], ce qui est assez grand pour cette époque. Mais, sur ce site, l’intégralité de la zone que l’on vient de fouiller n’a pas forcément été utilisée sur sa longue période d’occupation.

Localisation, chronologieModifier

Tous ces sites se trouvent dans les plaines alluviales au sud de l'embouchure du Fleuve Jaune, au nord de cette chaine des monts Taiyi sur environ 250 km d’Est en Ouest et 35 km du Nord au Sud. Ils sont, aujourd’hui à 50 m au-dessus du niveau de la mer et toujours situés à proximité d’une eau claire. On ne dispose que de quelques datations par le carbone 14 et les dates actuelles pourront être révisées à l’avenir, mais elles tournent autour de 6 550 - 5 550  avant l’ère commune[5].

Mode de subsistanceModifier

Dans ces milieux relativement divers les habitants de la culture de Houli ont eu toute une panoplie de moyens de subsistance : la production agricole et l’élevage ont une importance très relative à côté de la collecte, de la chasse et de la pêche. La culture du millet est attestée à Yuezhang[6] : millet commun et millet des oiseaux, ainsi que des traces de riz[N 1] datées à 7050 ± 80 ans en utilisant la datation par le carbone 14 à l'aide de la spectrométrie de masse par accélérateur (en)[7]. Des meules plates et leur rouleau broyeur (qui ont pu aussi servir à broyer des plantes de simple collecte) ont une grande ressemblance avec celles de Peiligang (une culture pré-Yangshao qui a pratiqué la culture du riz). Mais on ne peut encore attribuer cela à une quelconque migration, qui reste néanmoins possible, ou à un transfert de technologie diffusant peut-être ainsi culture et transformation des céréales.

Cependant le nombre d’outils liés à une culture de prédation (collecte, chasse, pêche…) est bien plus nombreux que ce qui concerne la production agricole (faucilles, pelles…).

D’autre part le milieu initial était, et reste encore, très riche en chênes, et le grand nombre de meules découvertes pourrait correspondre à une abondante consommation de glands et de noix. Ceci irait dans le sens d’une sédentarisation relative, complétée par des déplacements liés à des stratégies de collecte[8]. À côté de ces meules, par contre, on n'a pas découvert la moindre trace de ces plantes issues de collecte[9].

Des recherches complémentaires sont nécessaires pour pouvoir affirmer que la vie sédentaire était le mode de vie dominant ou plus ou moins intermittent, interrompu par une vie itinérante de chasseurs-collecteurs[9]. On a de nombreux restes d'animaux : cerf, loup, renard, tigre et chevreuil, mais aussi des animaux indiscutablement issus d'élevage : le porc (sus domesticus) et le chien (canis lupus familiaris). Cependant les réserves émises par plusieurs spécialistes, s'appuyant sur des études morphologiques des os de porc, semblent établir que celui-ci n'était pas complètement domestiqué ; la découverte de petites statuettes représentant des porcs avec les traits caractéristiques de l'animal en cours de domestication - corps rond et museau court - semble aller dans ce sens. Toute autre forme de bétail est très peu représentée et/ou difficilement identifiable. Alors que l'abondance des restes d'animaux sauvages sont des indicateurs d'un milieu qui leur était très propice. Sur le site de Yuezhuang il n'y a d'ailleurs que des restes d'animaux sauvages. Pour compléter le tableau des ressources exploitées on trouve encore des gastéropodes, des huitres et des coquillages. On a aussi trouvé des pierres servant de lest aux filets et des balles de pierre et des pointes de lance en os.

HabitatModifier

Seul le site de Xiaojingshan est entouré d’un fossé et la zone enclose mesure 12 ha[10]. On y a relevé au moins 40 fondations, ainsi qu’une trentaine de tombes en trois groupes, à l’intérieur et en dehors de l’enclos. Les dimensions des habitations sont variables et on y a trouvé de nombreux objets. À Xihe les 19 maisons sont de deux types. Les grandes de 25 à 50 m2 sont bien construites et disposent de plusieurs foyers. Et de nombreuses pièces de vaisselles, entières, ont été laissées sur le sol avec des outils. Les habitations plus petites, entre 10 et 20 m2, disposaient de murs et de sols sans finition, mais couvert de tessons, de cailloux et d’écorces. La nature de cette installation laisse supposer l’intention d’une occupation de longue durée, mais on trouve aussi des indices d’une tendance à la mobilité. C’est d’ailleurs ce type de situation, plus ou moins sédentaire, que l’on retrouve dans la culture de Cishan-Beifudi.

Les formes : outils, céramiqueModifier

OutilsModifier

Les objets en pierre comprennent un grand nombre de meules (de type mopan) et leur rouleau broyeur (mobang). On trouve aussi des outils de pierre pour le travail du bois, haches et herminettes, et des instruments en os pour la chasse et la pêche, lances et harpons. Parfois, sur certains sites, des objets pouvant avoir partiellement un usage agricole, du type faucille, ont été trouvés[11].

CéramiqueModifier

En ce qui concerne la céramique, on trouve une faible variété de formes et leur mode de fabrication est simple. Les deux types sont représentés, à fond incurvé ou plat, que l’on peut identifier comme ayant les fonctions de chaudrons, jarres, plats, bols, bassins et couvercles. Il n’y a aucun tripode car on utilise, comme dans la culture de Cishan-Beifudi, des supports (du type zhijiao), la plupart, ici, en pierre. Mais les formes des céramiques semblent conformes à un mode de vie comportant des déplacements[11]. Par ailleurs aucun dégraissant de la terre[N 2] n'a été utilisé, le sable n'a pas été filtré : le résultat est une matière grossière. Dans la dernière phase et sur certains sites, divers dégraissants ont été utilisés : du sable à gros grain, des coquillages en poudre, du talc, du mica. Leur couleur dominante est rouge ou brun-rouge, mais quelques zones sont grises, noires ou jaunes résultant de la cuisson à basse température [12].


Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Une étude de 2006 (Crawford et al. Dans la revue en chinois : Dongfang Kaogu (Di 3 Ji), p. 247-51) a été lue différemment : selon Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 140, on n'y a décelé aucune différence avec du riz domestique. Mais selon Wang Fen in : Anne P. Underhill 2013, p. 390 il est difficile de déterminer si ces 26 restes de riz sont du riz sauvage ou domestique.
  2. : La terre et le dégraissant, en particulier dans les cultures néolithiques.

RéférencesModifier

  1. Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 123-168.
  2. a b et c Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 138
  3. LI Liu in Jean Paul Demoule 2009
  4. Chinese Ceramics 2010, p. 37
  5. a et b Wang Fen in : Anne P. Underhill 2013, p. 389
  6. Wang Fen in : Anne P. Underhill 2013, p. 390
  7. Crawford, G. W., X. Chen, and J. Wang Houli Culture Rice from the Yuezhuang Site, Jinan. Kaogu [Archaeology] 3:247-251, 2006. (In Chinese)
  8. Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 141
  9. a et b Wang Fen in : Anne P. Underhill 2013, p. 391
  10. Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 139 avec plan d’ensemble du site et relevé d’une habitation.
  11. a et b Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 140
  12. Wang Fen in : Anne P. Underhill 2013, p. 392
  13. Pour une étude détaillée des formes d'outils et de leurs production, ainsi que des assemblages avec d'autres matériaux voir Outils préhistoriques, 2013, avec dessins à l'appui.

BibliographieModifier

  • Jean Paul Demoule (dir.), La révolution néolithique dans le monde : Séminaire du Collège de France, Paris, CNRS éditions, , 488 p. (ISBN 978-2-271-06914-6). Avec la participation de LI Liu: L'émergence de l'agriculture et de la domestication en Chine p. 
  • Jean Guilaine (dir.), Premiers paysans dans le monde : naissances des agricultures : Séminaire du Collège de France, Paris, Errance, , 319 p. (ISBN 2-87772-187-6). Avec la participation de Corinne Debaine-Francfort : La néolithisation de la Chine : Où, quand, comment? p. 171-187
  • Olivier Aurenche (dir.) et Jacques Cauvin, Néolithisations : Proche et Moyen Orient, Méditerranée orientale, Nord de l'Afrique, Europe méridionale, Chine, Amérique du Sud : Séminaire organisé à la Maison de l'Orient de 1984 à 1989, Oxford (England), B.A.R., , 332 p. (ISBN 0-86054-657-8). Avec la participation de Corinne Debaine-Francfort : Les grandes étapes de la néolithisation en Chine, de ca. 9000 à 2000 av J.-C. p. 171-187
  •   Jean-Luc Piel-Desruisseaux, Outils préhistoriques : du galet taillé au bistouri d'obsidienne, Paris, Dunod, , 320 p. (ISBN 978-2-10-058826-8) première édition 2004 (ISBN 2-10-048486-9), édition 2007 (ISBN 978-2-10-051076-4) (nouvelle présentation).
  •   (en) Anne P. Underhill (dir.), A companion to Chinese archaeology, Chichester, West Sussex ; Malden (Mass.), Wiley-Blackwell, , 640 p. (ISBN 978-1-4443-3529-3) 26 cm , noir et blanc.
  • (en) Li Feng, Early China : A Social and Cultural History, Cambridge et New York, Cambridge University Press, , 367 p. (ISBN 978-0-521-89552-1, lire en ligne) 24 cm , noir et blanc.
  • (en) Li Liu, The Chinese Neolithic : Trajectories to Early States, Cambridge et New York, Cambridge University Press, , 498 p., broché (ISBN 978-0-521-64432-7) 24 cm , noir et blanc. Madame Li Liu est professeur d'archéologie chinoise à l'Université Stanford, Californie. (Stanford Daily 22/01/2014 : Sa recherche l'a amenée aux origines de l'agriculture chinoise, il y a -12000 ans).
  •   (en) Li Liu et Xingcan Chen, The Archaeology of China : From the Late Paleolithic to the Early Bronze Age, Cambridge et New York, Cambridge University Press, , 330 p. (ISBN 978-0-521-81184-2) 24 cm , noir et blanc.
  • (en) Li Zhiyan, Virginia L. Bower, and He Li (dir.), Chinese Ceramics : From the Paleolithic Period to the Qing Dynasty, Cambridge et New York, Yale University and Foreign Langage Press, , 687 p. (ISBN 978-0-300-11278-8) 31 cm .

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

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