Crise politique équatorienne de 2010

crise politique

Une crise politique en Équateur a éclaté le , lorsque des éléments de la police nationale équatorienne et des forces armées équatoriennes ont appelé à une grève nationale, pour s'opposer à une loi votée la veille (le 29 septembre) qui prévoyait la suppression de certaines primes, gratifications et prébendes dont bénéficient militaires et policiers, ainsi qu'une augmentation générale des salaires, en particulier pour les hommes de rang.

DéroulementModifier

 
Le président de l’Équateur, Rafael Correa, en 2006.

En 2008, le président Rafael Correa avait déjà forcé à la démission le chef du renseignement militaire et d'autres officiers importants de l'armée, les accusant de faire preuve de davantage de loyauté envers les États-Unis que l'Équateur[1].

La crise politique a commencé lorsque les mutins ont bloqué les routes principales de la capitale, Quito, et l'aéroport international de Mariscal Sucre[2]. Les mutins se sont également emparés du Parlement dans la journée du [3]. Se rendant immédiatement dans la caserne du régiment no 1 de Quito, occupée par les rebelles, Rafael Correa doit la quitter sous les insultes et les gaz lacrymogène, avant d'avoir pu dialoguer. Il lance toutefois aux rebelles : « Messieurs, si vous voulez tuer le président, il est là ! Tuez-moi si vous en avez envie, tuez-moi si vous en avez le courage, au lieu de rester au milieu de la foule, lâchement cachés ! »[4]. Après avoir été attaqué par la police[5], le président Rafael Correa fut transporté à l'hôpital, où il fut détenu plusieurs heures par les rebelles. Le ministre des Affaires étrangères Ricardo Patiño et le maire de Quito Augusto Barrera appellent la population, rassemblée en masse devant le palais présidentiel, à se rendre à l’hôpital militaire, « de façon tranquille et pacifique », pour en sortir Rafael Correa. Les policiers répriment les partisans du président en tentant de les empêcher d’approcher, faisant un mort et une centaine de blessés. Les forces armées conduisent finalement dans la soirée une opération de sauvetage[6]. L'opération de sauvetage fut diffusée en direct sur la télévision d'État[7],[8],[9]. Il déclara par la suite l'état d'urgence[10], accusant l'opposition d'être à l'origine de cette rébellion, qualifiée de putsch[11]. Tandis que Lourdes Tibán soutient les policiers et militaires séditieux, précisant « C’est l’heure ! », le chef du bloc Pachakutik à l’Assemblée nationale, Cléver Jiménez, appelle « le mouvement indigène et les mouvements sociaux à constituer un seul front national pour exiger le départ du président Correa »[4].

Des combats opposent dans les rues de la capitale les mutins à environ 500 soldats, restés fidèles au président[12]. Une fois la rébellion réprimée, Rafael Correa fut emmené au palais présidentiel[13] où il tint un « discours enflammé » afin de remercier les forces armées et le public qui l'avait soutenu[14],[15]. Il remercia également l'UNASUR et les autres pays d'Amérique latine qui l'ont soutenu lors de la tentative de putsch[16].

Suites et conséquencesModifier

Le jour suivant, le , la situation revint à la normale dans l'ensemble du pays[17]. Rafael Correa déclara un deuil national de 3 jours en commémoration, l'état d'urgence ayant été levé le . Le gouvernement équatorien publia également un bilan humain sur les événements du  : 5 morts et 193 blessés[18]. Un nouveau bilan publié le fait état de 10 morts (5 civils, 3 soldats et 2 policiers) et de 274 blessés dans les affrontements[19].

Rafael Correa critiqua également les mutins : « Comment peuvent-ils se dire être de la police après avoir agi comme cela contre le peuple ? » Il déclara qu'il n'y aurait pas de négociations et d'immunité pour les organisateurs du « coup d'État »[16]. Il termina son discours en déclarant : « l'Histoire les jugera » et « Avec du courage, nous ferons en sorte que la révolution de nos citoyens ne sera arrêtée par rien. Jusqu'à la victoire, toujours ! »

Certains observateurs relativisaient toutefois ces accusations de coup d'Etat, tandis que Página/12, le quotidien argentin de gauche, titrait le  : « Sans aucun doute il s'agissait d'une tentative putschiste »[20]. Le Washington Office on Latin America, un laboratoire d'idées libéral, déclarait pour sa part que s'il s'agissait d'un coup d'État, celui-ci faisait preuve d'un « amateurisme » certain[1]. Jaime Nebot, maire de Guayaquil et l'adversaire le plus important de Correa, l'aurait publiquement soutenu pendant la crise[1], de même que le commandant des forces armées, Ernesto Gonzalez[1].

Le , le gouvernement a annoncé l'augmentation du salaire de la police et des forces armées (le salaire d'un policier équatorien étant estimé à 700 dollars par mois). La loi votée le ne fut pas promulguée[réf. nécessaire]. Le ministre de la Défense, Javier Ponce, a déclaré que cette augmentation salariale était prévue bien avant la mutinerie mais n'avait pas encore été appliquée[20]. Par ailleurs, le général Freddy Martinez, chef de la police nationale, démissionna, se déclarant humilié par l'insubordination de ses troupes, et fut remplacé par le général Patricio Franco, chargé de réformer la police[1].

OriginesModifier

Des rapports présument que Lucio Gutiérrez, ancien président de l'Équateur (2002-2005) ayant été destitué par le Parlement, et actuel dirigeant du Parti société patriotique 21 janvier (principal parti d'opposition à Correa), serait à l'origine de la tentative de putsch[21]. Toutefois, aucune preuve formelle ne confirme ces rapports.

Celui-ci, depuis le Brésil, appelle à la dissolution de l’Assemblée et à l'organisation d'une élection présidentielle anticipée. Il explique que « Dieu fasse que cela ne soit pas vrai, mais m’arrivent des messages m’informant que Correa appelle ses forces de choc, constituées, à la base, par des Vénézuéliens et des Cubains, à sortir pour l’appuyer et affronter les gens qui sont contre lui », avant d’ajouter : « Je crois que la tyrannie de Correa touche à sa fin »[4].

Le , Fidel Araujo, un proche collaborateur de Lucio Gutiérrez, fut interrogé pour son rôle dans cette mutinerie, du fait que la télévision d'État l'a montré dans les premières heures de la grève parmi les mutins[22]. Le ministre de l'intérieur, Gustavo Jalkh, a annoncé également l'arrestation de 46 officiers de police soupçonnés d'avoir participé à la mutinerie[23].

Réactions internationalesModifier

 
Les présidents de l'UNASUR durant une réunion extraordinaire à Buenos Aires pour discuter de la situation en Équateur. Juan Manuel Santos (Colombie) et Hugo Chávez (Venezuela) arrivèrent à cette réunion quelques heures plus tard.

La tentative de putsch a largement été condamnée par l'ensemble des pays d'Amérique latine, par les États-Unis mais aussi par l'UNASUR (Union des nations sud-américaines), l'OEA (Organisation des États américains)[24] ainsi que par l'ONU[25].

  • Argentine : le ministre des Affaires étrangères de l'Argentine, Hector Timerman, annonce que l'UNASUR ne tolèrera pas un coup d'État en Équateur. Il apporte également son total soutien à Rafael Correa.
  • Bolivie : le président bolivien Evo Morales accuse les États-Unis d'être derrière cette tentative de coup d'État : « Le Département d'État des États-Unis accuse les présidents comme le vénézuélien Hugo Chávez, comme moi-même en Bolivie, ou comme Rafael Correa d'être des dictateurs totalitaires et autoritaires. Mais c'est depuis là-bas, depuis le Département d'État des États-Unis, que se fomentent des coups d'État[26]. »
  • Colombie : l'ambassadrice colombienne à l'ONU, María Ángela Holguín, a annoncé la fermeture de ses frontières ainsi que le commerce avec l'Équateur. Elle exprime également « soutien inconditionnel » au président Correa[27].
  • Costa Rica : la présidente Laura Chinchilla a dénoncé la tentative de coup d'État et a annoncé son soutien au gouvernement légitime de Rafael Correa.
  • Chili : le président Sebastián Piñera, qui a été en communication directe avec Rafael Correa lors de sa détention à l'hôpital, a exprimé le soutien du gouvernement chilien[28].
  • Salvador : le ministère des Affaires étrangères salvadorien a déclaré sa consternation face aux événements.
  • Espagne : le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Miguel Ángel Moratinos, a fermement condamné toute tentative de coup d'État, annonçant son soutien au gouvernement légitime[29],[30].
  • États-Unis : la secrétaire d'État Hillary Clinton a exprimé son soutien pour le président Correa : « Nous soutenons le gouvernement démocratique de Rafael Correa[31]. »
  • Mexique : le président Felipe Calderón a exprimé via un communiqué de presse son total soutien au président Correa et aux institutions démocratiques de l'Équateur[32].
  • Nicaragua : le président Daniel Ortega a dénoncé cet événement comme étant une tentative de coup d'État[33].
  • Pérou : le président Alan García a annoncé la fermeture des frontières avec l'Équateur jusqu'à ce que Correa retrouve sa pleine autorité.
  • Venezuela : le président Hugo Chávez a condamné la tentative de coup d'État[34]. Il accuse par ailleurs les États-Unis d'être à l'origine de cette tentative de putsch[26].
  • Uruguay : le ministère des Affaires étrangères de l'Uruguay a publié une déclaration condamnant « l'attaque contre le président légitime Rafael Correa » et a offert un fort soutien pour le gouvernement constitutionnel[35].

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e Gonzalo Solano et Frank Barak, « Ecuador revolt: Attempted coup or uprising? », Washington Post, 1er octobre 2010.
  2. (es) « Para Correa, detrás de la revuelta "hay muchos infiltrados de partidos políticos" », La Nación, 30 septembre 2010.
  3. (es) « Escolta legislativa cambió de objetivo y frenó a los oficialistas », El Universo, 1er octobre 2010.
  4. a b et c « État d’exception en Équateur », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) « Ecuador president, hostage of mutinous police freed by elite Army forces », MarcoPress, 1er octobre 2010.
  6. (en) « Ecuador president, hostage of mutinous police freed by elite Army forces », MercoPress, 1er octobre 2010.
  7. (es) « RESCATE CORREA », YouTube, 30 septembre 2010.
  8. (es) « Operación de Rescate al Presidente Correa », YouTube, 30 septembre 2010.
  9. (es) « Operativo de rescate del presidente Correa », YouTube, 30 septembre 2010.
  10. (fr) « État d'urgence en Équateur », sympatico.ca, 1er octobre 2010.
  11. (en) « Ecuador declares state of emergency amid 'coup attempt' », BBC News, 1er octobre 2010.
  12. (es) « Correa retoma el control en Ecuador y promete una depuración en la policía », elpais.com, 1er octobre 2010.
  13. (es) « Las Fuerzas Armadas del Ecuador lograron rescatar al Presidente Rafael Correa del hospital de la policía », twitter.com, 1er octobre 2010.
  14. (es) « El apoyo al presidente Correa se sintió en Cuenca », eltiempo.com.ec, 1er octobre 2010.
  15. (es) « Marcha en Loja de respaldo al Gobierno », El Universo, 30 septembre 2010.
  16. a et b (en) « Correa: "Ecuadorian blood has been unnecessarily shed" », Telam, 1er octobre 2010.
  17. (fr) « Équateur : retour à la normale au lendemain d'une rébellion policière », AFP, 2 octobre 2010.
  18. (es) « Ecuador: confirman que son 5 los muertos y 193 los heridos », La Nación, 1er octobre 2010.
  19. (fr) « Équateur : 10 morts lors de la rébellion », Le Figaro, 3 octobre 2010.
  20. a et b (es) « Sin duda que fue un intento de golpe », Página/12, 6 octobre 2010.
  21. (es) « Ex presidente Lucio Gutiérrez pide disolución del parlamento ecuatoriano », abc.es, 30 septembre 2010.
  22. (es) « Detienen a un colaborador del ex presidente ecuatoriano Lucio Gutierrez », elmundo.es, 5 octobre 2010.
  23. (es) « Ecuador nabs 46 police officers », PressTV, 7 octobre 2010.
  24. (es) « OEA: Unánime repudio al intento de golpe en Ecuador », lanación.cl, 30 septembre 2010.
  25. (es) « La ONU expresó su "firme respaldo" a Correa », Página/12, 30 septembre 2010.
  26. a et b (es) « Chavez y Evo acusan a Estados Unidos », Diario Crónica, 1er octobre 2010.
  27. (es) « Colombia reabre sus fronteras y restablece comercio con Ecuador », eltiempo.com, 1er octobre 2010.
  28. (es) « Embajador de Chile afirma que no hubo golpe de Estado en Ecuador », Emol, 30 septembre 2010.
  29. (es) « El presidente del Gobierno traslada al presidente de Ecuador el apoyo de España a las instituciones democráticas ecuatorianas », La Moncloa, 1er octobre 2010.
  30. (es) « España respalda al Gobierno legítimo de Ecuador », Gobierno de España, 30 septembre 2010.
  31. (es) « Hillary Clinton expresa su apoyo a Rafael Correa », La Tercera, 30 septembre 2010.
  32. (es) « Expresa Presidente rechazo a los hechos ocurridos en Ecuador », Gobierno Federal.
  33. (es) « Ortega rechaza intento de golpe de Estado en Ecuador », univision.com, 30 septembre 2010.
  34. (en) « Chavez Condemns 'Coup Attempt' On Ecuador's Correa », wsj.com, 30 septembre 2010.
  35. (es) « Declaración del Gobierno del Uruguay sobre la situación en Ecuador », Ministerio de Relaciones Exterories Uruguay, 30 septembre 2010.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier