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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Clotilda.

Clotilda
Image illustrative de l’article Clotilda (navire)
Épave du navire négrier, Clotilda, photographie issue de ' 'Historic Sketches of the South' 'par Emma Langdon Roche, 1914
Type goélette, navire négrier
Histoire
Chantier naval Mobile (Alabama) (Alabama)
Lancement 1855
Statut Épave depuis le
Équipage
Équipage 12
Caractéristiques techniques
Longueur 26 m
Maître-bau 7 m
Tirant d'eau 1,83 m
Propulsion Voile
Carrière
Armateur Timothy Meaher
Pavillon États-Unis
Port d'attache Mobile (Alabama) (Alabama)

Le Clotilda (souvent mal orthographié Clotilde), est une goélette de deux mâts considérée comme le dernier navire négrier à avoir accosté aux États-Unis, avec une cargaison de captifs africains à son bord. Les dates du débarquement sur la baie de Mobile dans l'état sudiste d'Alabama et le nombre de captifs, varient selon les sources. On parle de l’automne 1859 ou du 9 juillet 1860 avec de 110 à 160 esclaves.

D'après Sylviane Diouf, dans son livre paru en 2007, Dreams of Africa in Alabama, « c'est l'histoire la mieux documentée d'un voyage d'esclaves dans l'hémisphère ouest »[1]. Les captifs embarqués sur le Clotilda étaient les derniers des 389 000 Africains[Contradiction avec l'article : Traite transatlantique, section Nombre de déportés des traites occidentales] à avoir été ramenés de force pour être asservis sur le continent américain entre le début du XVIIe siècle et les années 1860. Des milliers de navires ont participé à la traite transatlantique, mais peu d'épaves de navires négriers ont été retrouvées.

Le navireModifier

Acheté pour un montant de 9 000 dollars alors que les prix du marché étaient vingt fois plus élevés dans l'Alabama de 1860[1], le Clotilda est un navire de 26 mètres (86 pieds) de long, d'un maître-beau de 7 mètres (23 pieds), une cale de 2,10 mètres et une coque gainée de cuivre, selon la technique utilisée à l'époque pour les navires marchands qui s'aventuraient sur l'océan.[2],[1].

Construite sur mesure dans le Golfe du Mexique, la goélette avait une charpente en chêne blanc recouverte de pin jaune du sud. Elle était équipée d'une dérive haute de 4 mètres qui pouvait être levée ou baissée en fonction de la profondeur de l'eau.

Construite et mise à l'eau en 1855, sous la supervision du capitaine William Foster, la goélette Clotilda a d'abord transporté du bois d’œuvre et divers matériaux. Le capitaine Foster travaille ensuite pour Timothy Meaher, un riche armateur et planteur de Mobile dans l'état d'Alabama et capitaine de bateau à vapeur.

Meaher aurait parié 1000 dollars avec des hommes d'affaires du Nord de la Nouvelle-Angleterre, qui ont probablement participé au financement de cette entreprise illégale, qu’il pourrait réussir à faire entrer des esclaves aux États-Unis, malgré la loi de 1807 interdisant l’importation de esclaves.

Acte d'interdiction d'importation des esclaves de 1807Modifier

L’importation d’esclaves aux États-Unis est interdite par un acte voté par le Congrès américain, le 2 mars 1807, mais entré en vigueur, le 1er janvier 1808. Toutefois, la pratique s’est poursuivie illégalement jusqu’à ce que ce navire ait été brûlé et sabordé, peu après son arrivée sur la baie de Mobile dans le but de détruire les preuves.

Enfreindre cette loi était un crime passible de la peine de mort depuis 1820[3].

L'importation d'esclaves étant interdite aux États-Unis depuis 1808, les propriétaires sudistes des plantations avaient vu les prix du commerce d'esclaves grimper en flèche. Dans le Deep South, le Sud profond, alors en pleine expansion, on achetait à grand prix des esclaves dans les Etats situés plus au nord. Il fallait compter environ 50 000 dollars d’aujourd’hui pour un Virginien, par exemple, alors qu’un Africain coûtait 14 000 dollars.

Nombreux étaient ceux qui, plaidaient en faveur d'une reprise de la traite négrière[1].

Le voyageModifier

 
Carte réalisée par Lewis Cudjo pour illustrer sa capture

Les commanditaires du voyage avaient affrété le navire pour acheter des esclaves à Ouidah, dans le royaume de Dahomey, le 15 mai 1859.

Meaher avait appris que les tribus d’Afrique de l’Ouest se battaient entre elles et que le roi du Dahomey (actuellement le Bénin) était disposé à vendre des prisonniers de guerre comme esclaves. Les forces du roi du Dahomey avaient attaqué des communautés à l’intérieur du pays, amenant des prisonniers sur le grand marché aux esclaves du port de Ouidah.

Transformé en navire de traite, le navire quitte Mobile le 4 mars 1860, sous le commandement du capitaine Foster et arrive à Ouidah le 15 mai 1860. L'équipage est composé de 12 hommes, le capitaine compris. En plus des vivres, il transporte pour 9 000 dollars d'or pour l’achat d’esclaves.

Foster achète environ 125 africains à raison de 100 dollars par personne. Ils sont principalement des Tarkbar capturés dans un raid près de Tamale, dans l'actuel Ghana. Il décrit sa rencontre avec un prince et est introduit à la cour du roi, où il observe quelques pratiques religieuses. D'après son journal de bord, Foster a été autorisé à examiner 4 000 captifs détenus dans un entrepôt, parmi lesquels seuls 125 ont été achetés.

Pendant que les esclaves montent à bord, Foster observe deux navires vapeurs au large du port et ordonne à l’équipage d'appareiller immédiatement, bien que seuls 110 esclaves aient été sécurisés à bord. Parmi les hommes, les femmes et enfants entassés dans la cale de la goélette, une jeune fille trouva la mort au cours des six semaines que dura cet horrible voyage[1].

Le Clotilda navigue sans les quinze derniers esclaves, afin d’éviter sa capture. Sur le chemin du retour à Mobile, il croise un Man'o'war, mais y échappe grâce à la diversion d'un squale. Il atteint le phare d’Abaco sur les plages des Bahamas avant le 30 juin.

Alors qu’il continue sa traversée des Caraïbes, l'équipage déguise la goélette en caboteur (navire transportant des esclaves dans le commerce côtier d’esclaves domestiques le long des côtes américaines) en supprimant la grand-voile et l’avant-mât, de façon à éviter l’interception.

Foster ancre clandestinement le Clotilda le 9 juillet au large de Pont of Pines à Grand Bay, Mississippi, près de la frontière avec l’Alabama. Il voyage par voie terrestre à cheval vers Mobile pour rencontrer Meaher. Par crainte des accusations criminelles, le capitaine Foster a amené la goélette dans le port de Mobile de nuit et l’a remorqué de la rivière Spannish jusqu’à la rivière Alabama à Twelve Mile Island. Il transfère les esclaves dans un bateau à vapeur fluvial, puis incendie le Clotilda avant de le couler. Il paye l’équipage et leur conseille de retourner vers le nord.

Les captifs du ClotildaModifier

 
Cudjoe Lewis
 
Redoshi dans The Negro Farmer (1938)

Mobile est situé dans le Sud profond et les Noirs, qu’ils soient d'origine africaine ou natifs, étaient surtout esclaves, occupant l’échelon inférieur d’une hiérarchie raciale. Les africains du Clotilda ne pouvaient pas être légalement réduits en esclavage parce qu’ils ont été introduits en contrebande. Cependant, ils ont été traités comme propriétés personnelles.

Les captifs ont été répartis principalement parmi les bailleurs de fonds de cette expédition, avec Timothy Meaher gardant 30 des captifs dans sa propriété au nord de Mobile.

Cudjo Lewis (alias Cudjoe), connu sous le nom de Kossoula ou Kazoola, figurait parmi les 30 détenus par Meaher. Il est supposé être un chef et le plus vieil esclave à bord. Porte-parole de sa communauté, dont le témoignage a été recueilli et même filmé par l’essayiste américaine Zora Neale Hurston en 1928.

Kazoola Lewis a vécu jusqu’en 1935 et est considéré comme l'avant dernièr survivant du Clotilda.

Après la Guerre de Sécession, il fait partie des fondateurs d’Africatown, une communauté fondée par quelque 32 anciens esclaves du côté nord de Mobile, en Alabama. Ils ont été rejoints par d’autres personnes d'origine sub-saharienne et ont formé une communauté qui a continué à pratiquer leurs coutumes ancestrales ouest-africaines et la langue Yoruba pendant des décennies.

Certains captifs ont été vendus à des personnes qui vivaient à distance de Mobile. Parmi eux figurent, Redoshi (plus tard connue également sous le nom de Sally Smith) et un homme plus tard connu sous le nom de William ou Billy, qui ont été vendus à Washington Smith, un planteur du comté de Dallas en Alabama. Plus tard, ils se mariérent et eurent une fille. Elle a vécu jusqu'en 1937 à Bogue Chitto. On estime que Redoshi, est la dernière survivante du navire.

Poursuites judiciairesModifier

Le gouvernement fédéral a poursuivi Meaher et Foster en 1861 pour violation de la loi interdisant la traite négrière, mais n’a pas obtenu de condamnation, faute de preuves. En effet, le navire et son manifeste n'ont jamais été retrouvés. Les deux hommes ont été jugés dans un tribunal fédéral de Mobile, et la plainte a été rejetée pour manque de preuves. Les historiens croient que le cas a été abandonné par le gouvernement fédéral en partie en raison du déclenchement de la guerre civile américaine.

AfricatownModifier

 
Lewis et sa camarade d'infortune dans le Clotilda, la survivante Abaché (Clara Turner) vers 1914. Il reste à l'époque 8 captifs survivants du Clotilda.

Les captifs récupérés par Meaher ont été retenus dans sa plantation. La fin de la guerre civile américaine a entraîné une émancipation effective des survivants du Clotilda. Comme cela a été le cas pour de nombreux affranchis, Redoshi et William sont restés avec leur fille à la plantation de Bogue Chitto et ont continué à y travailler.

Les anciens esclaves du Clotilda ont alors travaillé très durement pour s’offrir des parcelles, y compris celles de Meaher, et y construire leur maison.

Beaucoup d’anciens esclaves de Meaher retournèrent à Magazine Point, et sur la terre détenue par Meaher sur le delta juste au nord de Mobile et sur la rive ouest de la rivière Mobile. Ils fondent une communauté noire, connue sous le nom d’Africatown. D’autres ethnies africaines les rejoignent dans cette communauté indépendante. Ils ont adopté des règles communautaires basées sur la plupart des coutumes tribales du peuple Takpa et ont choisi leurs leaders. Ils ont maintenu l’utilisation de leur langue Yoruba jusque dans les années 1950, et ont gardé de nombreuses traditions culturelles pendant des décennies.

Les enfants nés dans la communauté ont commencé à apprendre l’anglais, d’abord à l’église, puis dans les écoles qui ont été fondées à la fin du XIXe siècle. Cudjo Lewis a vécu jusqu’en 1935 et a longtemps été considéré comme le dernier survivant du Clotilda. En 2019, une nouvelle étude a établi que Redoshi (Sally Smith) a vécu jusqu'en 1937, et elle est donc considérée comme la dernière survivante.

Une centaine de descendants d'esclaves du Clotilda vivent encore à Africatown, et d’autres dans ses environs. Après la Seconde Guerre mondiale, le quartier a été absorbé par la ville de Mobile. Un buste commémoratif de Cudjo Kazoola Lewis a été placé devant l’ancienne église de l'Union missionnaire baptiste. le district historique d’Africatown a été inscrit au registre national des lieux historiques en 2012.

La communauté d’Africatown a grandi à mesure que l’industrie s'est établie le long du bras supérieur du fleuve. Les ouvriers ont été attirés par les usines de papier construites après la Seconde Guerre mondiale. Au XXe siècle, la population a atteint 12 000 âmes. Mais la fermeture des industries et la perte d’emplois induite ont entraîné une diminution de la population, soit environ 2 000 au début du XXIe siècle. Depuis l’après-guerre, la région a été principalement absorbée par un quartier de Mobile. Une portion se trouve dans la ville voisine de Prichard, en Alabama. En 2012, le district historique d’Africatown a été reconnu et inscrit au registre national des lieux historiques. Leur cimetière est également répertorié.

Mais aujourd’hui l’immense majorité des gens qui l’habitent ne sont pas des descendants d’esclaves du Clotilda. On trouve des descendants ailleurs aux Etats-Unis. Questlove (de son vrai nom, Ahmir Khalib Thompson), célèbre batteur, DJ et producteur américain, a un aïeul qui a traversé l’Atlantique dans les cales du Clotilda[3].

Recherche de l'épaveModifier

Du fait que le capitaine Foster ait rapporté qu’il avait brûlé et coulé le Clotilda dans le Delta au nord de la baie de Mobile, les fouilles archéologiques ont continué au cours du XXIe siècle pour retrouver l’épave. Plusieurs épaves visibles ont été désignées par les habitants comme étant le navire négrier.

À la suite d'une marée basse historique, causée par un vent du nord (blizzard) en Amérique du Nord, la découverte d'une épave dans un bayou du delta inférieur du fleuve Tensaw-Mobile, à quelques kilomètres au nord de la ville de Mobile, le 24 janvier 2018, laisse penser qu'il pourrait s'agir de celle du Clotilda[3]. Le reporter Ben Raines y croit fortement.

Des discussions s'engagent entre les habitants d'Africatown sur le rôle mémoriel du navire retrouvé. Mais le 5 mars 2018, Raines rapporte qu'il ne s'agit vraisemblablement pas du Clotilda ; les chercheurs ayant conclu qu'il semblait être « tout simplement trop grand, avec une portion importante cachée sous la boue et la profondeur de l’eau ».

Le , après une longue enquête, l’Alabama Historical Commission annonce que l'épave du Clotilda est formellement identifiée[4],[5] au fond d'un bras isolé du fleuve Mobile[1].

RéférencesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e et f Joel K. Bourne, Jr., « L'épave du dernier négrier américain vient d'être découverte », sur National Geographic, (consulté le 25 mai 2019)
  2. (en-US) Richard Fausset, « Alabama Historians: The Last Known Slave Ship Has Been Found », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 25 mai 2019)
  3. a b et c Pierre Lepidi, « Le Clotilda, dernier navire négrier arrivé aux Etats-Unis, refait surface en Alabama », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  4. « Alabama: l'épave du "dernier navire négrier américain" retrouvée en Alabama », sur bbc.com, (consulté le 25 mai 2019)
  5. « L’épave du « Clotilda », dernier bateau négrier des Etats-Unis, a été retrouvée », Le Monde,‎ (lire en ligne)

BibliographieModifier

(en) Sylviane Diouf, Dreams of Africa in Alabama : The Slave Ship Clotilda and the Story of the Last Africans Brought to America, New York, Oxford University Press, , 340 p. (ISBN 9780195311044, SUDOC 131269194) (présentation de l'ouvrage sur le site de l'autrice)

VidéographieModifier

National Geographic, « What the Discovery of the Last American Slave Ship Means to Descendants | National Geographic »,