Cendrillon (opéra-comique)

Cendrillon est un opéra-comique en un acte ou encore un « vaudeville » en un acte selon une typologie réputée de l’époque de sa création. Cette œuvre fut représentée sur le théâtre de la Foire St Germain, le et remis à la Comédie italienne le . Elle est mise en musique par Jean-Louis Laruette, comédien italien ordinaire du Roi sur un livret de Louis Anseaume[1]. C’est la première version musicale du conte de Perrault[2].

Couverture du facsimilé de la partition de Cendrillon du 17 Juillet 1762.

Distribution

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Personnage Acteur créateur du personnage Tessiture
Cendrillon Mlle Villemont Dessus
La Fée Mlle Constantin Dessus
La sœur aînée Mlle Vincent Dessus
La sœur cadette Mlle Deschamps Dessus
Azor M. La Ruette Taille
Pierrot M. Paran Haute-contre
Un officier M. Delisle Non renseigné
Un suisse M. Moreau Idem
Chœur de femme Non renseigné Idem

Synopsis

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L’auteur s’inspire du fameux conte de fées de Perrault, Cendrillon pour monter sa pièce de théâtre portant le même titre ainsi que le même sujet[3]. Surnommée Cendrillon et mal traitée par ses deux demi-sœurs jalouses de sa beauté et son élégance, la marraine de Cendrillon, également une fée, décide de la protéger de sa belle-famille cruelle. Elle lui permet ainsi grâce à ses pouvoirs de fée d’assister au bal du Prince Azor avec une apparence sublime et une élégance incomparable. Le prince, émerveillé par sa beauté, tombe éperdument amoureux. Mais Cendrillon se retire du bal avant minuit, sur les recommandations de la fée.

Elle disparait rapidement et sans prévenir. En essayant de se dépêcher de sortir du bal avant minuit, Cendrillon perd accidentellement l’une des mules qui restera le seul souvenir d’elle aux yeux du prince Azor.

Afin de retrouver sa belle Cendrillon, le prince décide de se servir de cette mule et voir quel pied correspond exactement à cette pointure : Toutes les demoiselles de la capitale y courent afin de tenter leurs chances. Cendrillon y va comme tout le monde, même si elle est en haillons, la réalité ne change pas : c’est elle la charmante princesse du bal.

Accueil et critique de l’œuvre

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Le Mercure de France de souligne que les paroles et la mise en musique de Cendrillon a respecté le style léger et raffiné du célèbre conte de Perrault notamment dans les dialogues et l’animation de l’action au cours de la représentation décrite comme « agréable ».

La revue cite à ce propos :

« Le 21, on a donné pour la première fois celui de Cendrillon ; c’est exactement le sujet du conte de Perrault, mis en scène : l’action s’anime et devient très agréable. Cet ouvrage est écrit avec facilité, et le poète a suivi le goût naïf et léger du Conteur, dans le style et dans le dialogue[4]. »

Au XXe siècle Paulette Letailleur définie dans ses Recherches musicologiques l’œuvre de Laruette comme « une comédie sentimentale presque féérie.»

Selon Letailleur, cette œuvre expose la grande sensibilité de Laruette grâce aux airs « tendres » et « délicats » employés dans Cendrillon. Laruette cherche à travers cette œuvre à sensibiliser le public avec son style d’écriture léger et fondu dans une sorte de tendresse qui atteint sans faute les « cœurs sensibles. »[5]

Cendrillon au XXIe siècle

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L’œuvre de Laruette n’a pas vu le jour depuis l’époque de sa création jusqu’à ce que la Compagnie lyrique Les Monts du Reuil lui redonne vie le à l’Opéra-Comique. L’œuvre est reprise ensuite plusieurs fois, notamment à l’Opéra de Reims, au festival baroque de Pontoise et à la BnF où un album est enregistré avec le label “Les belles Écouteuses[6].

La distribution est la suivante :

Direction musicale Hélène Clerc-Murgier, Pauline Warnier
Mise en scène Judith le Blanc
Conseiller artistique Juan Kruz dias de Garaio
Cendrillon Eve Coquart
La Fée Armelle Khourdoian
La sœur aînée Anne-Marie Beaudette
La sœur cadette Eléonore Lemaire
Azor Benjamin Alunni
Pierrot Cécil Gallois

La restitution de l’œuvre: un véritable défi

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L’œuvre est redécouverte par la claveciniste Hélène Clerc-Murgier ; puis elle est restituée et remaniée avec la violoncelliste Pauline Warnier et le compositeur Emmanuel Clerc[7].

« Nous tenions à respecter l'esprit d'une interprétation « baroque » attentive, tout en acceptant l'espace de liberté et de création suggéré par le genre : nos choix s'appuient sur les conseils de musicologues, mais nous assumons une part d'incertitude concernant la réalisation des vaudevilles... » affirment les directrices artistiques de la Compagnie.

Des compositions orchestrales de Rameau, dont les célèbres Tambourins ont été ajoutées pour la restitution de l’œuvre. Le livret original quant à lui était conservé dans sa quasi-intégralité. « Seules quelques répétitions ou lourdeurs sont coupées. » affirme Hélène Clerc-Murgier.

Quant à la musique de Laruette, elle est respectée notamment dans son style d’écriture à l’italienne qui permet à l’alto de doubler la basse. Ce style d’écriture donne une couleur typique aux airs.

En revanche, certaines parties de la partition restent introuvables, tels le chœur final qui a été emprunté à Zoroaste de Rameau ou encore l’ouverture, remplacée par celle du diable à quatre de Laruette.

L’orchestration originale de vaudevilles présents dans le livret n’a pas retrouvée en son intégralité. Ce qui a amené à respecter ce qui était composé : Que je vous aime de Lagarde, La sarabande d'Issé de Destouches, Préparons-nous pour la fête nouvelle de Lully, etc. En revanche, les musiques introuvables des vaudevilles tel La Furstemberg, ont été remplacés par la version de Corrette pour clavecin et La Folia, la version de Geminiani. Concernant les vaudevilles dont seulement la mélodie est disponible, Les Monts du Reuil ont confié l'harmonisation à Emmanuel Clerc pour la version de 2010.

Notes et références

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  1. « Cendrillon, opéra-comique en 1 acte, représenté sur le théâtre de la Foire St Germain, le 20 Février 1759 et remis à la comédie italienne le 17 Juillet 1762, mis en musique par Mr de Laruette, comédien italien ordinaire du Roi ; les paroles sont de Mr Anseaume », sur Gallica.fr, (consulté le ).
  2. « Cendrillon, opéra-comique en un acte », sur editions-buissonnieres.fr (consulté le ).
  3. Mr Auseaume, « Cendrillon opéra comique de Mr Auseaume », sur books.google.fr, (consulté le ).
  4. « Cendrillon », Mercure de France,‎ 21 février 1759., p. 199.
  5. Xavier Bisaro, « Les sons du théâtre: Angleterre et France (XVIe – XVIIIe siècle). Éléments d'une Histoire de l'écoute, Presses universitaires de Rennes, »  , (consulté le ).
  6. Les Monts du Reuil, « Cendrillon/Laruette/Les Monts du Reuil (LBE04) », sur blog.bellesecouteuses.com, (consulté le ).
  7. Hélène Clerc-Murgier, Pauline Warnier, Cendrillon opéra-comique en un acte IIe édition revue et complétée, Crozon, Les Éditions Buissonnière, , 235 p. (ISBN 978-284926-102-6), p. 17