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Cassotte sur un seau.

Une cassotte en Charente[1] et en Poitou, ou bien encore coussotte[2], appelée une couade (lo couado) en Limousin[3] ainsi que dans le Cantal[4], ou bien encore canole en Dordogne [5], est un récipient parfois appelé louche à eau[6]. À la différence de cette dernière, la cassotte a un manche tubulaire de forme conique. Elle était utilisée par exemple pour se laver les mains avec de l'eau directement puisée dans un seau.

Apparue vers le XVIIIe siècle, la cassotte a progressivement disparu avec l'installation de l'eau courante. Celle-ci a relégué l'ustensile parmi les antiquités et le mot lui-même tombe en désuétude[7].

Origine et descriptionModifier

 
Louches autour du bassin d'ablutions au sanctuaire d'Itsukushima à Miyajima

La louche à eau a devancé la cassotte et est connue depuis l'Antiquité[8]. Elle a été inventée tant en Occident qu'en Orient. Une louche en bronze est enregistrée au musée de la province du Hubei, Wuhan. Elle est datée de la période des royaumes combattants (475-221 av. J.-C.). Toutefois, la louche exposée n'a pas ce manche tubulaire qui permet de faire sortir l'eau du bol de la louche. Le manche est plein, de forme similaire à celle présentée sur le site du musée d'ethnographie de Genève[9]. De même les louches en bambou ou en métal encore utilisées pour les ablutions à l'entrée des temples japonais (rite shintoïste en particulier).

Puis la cassotte fut créée avec sa particularité tubulaire. Au XVIIIe siècle, grâce aux inventaires effectués dans des châteaux en 1787, il est établi que des cassottes étaient en bois[10] ou cuivre rouge étamée[11]. D'autres étaient en terre cuite, laiton, fer blanc et les dernières ont été fabriquées en plastique.

 
Cassotte en métal sur une margelle - Breuillet, en Charente-Maritime (France).

De la même manière, il est établi que les couades étaient fabriquées avec du bois de noyer ou de châtaignier, bois qui ne craignent pas l'eau[12].

La cassotte s'est répandue dans la région des Charentes avant le XXe siècle où elle est devenue un ustensile d'hygiène. Mais il apparaît difficile de dater la période de son apparition, nécessairement avant ou pendant le XVIIIe siècle.

Les uns décrivent cet ustensile comme un vase de bois ou d'écorce de bouleau, d'autres comme une casserole avec un manche évidé très réduit au bout.

Bernard Pottier indique que : « La cassotte semble représenter une copie élaborée (en bois primitivement) d'une calebasse à col allongé bisectionnée, comme il en existe encore en usage dans d'autres parties du monde[13] ». La cassotte ressemble à un bol auquel un tube fin et conique, plus long que le diamètre d'un seau, a été fixé sur un côté. On remplit le bol puis on le pose en travers du seau. Quand le petit récipient est vide, on peut le replonger dans le seau pour le remplir et continuer.

Plus directe est cette description qui en peu de mots présente l'objet et son usage : «  la « cassotte » ou « couade » (casserole à tuyau) pour économiser l’eau. »[14].

Après la cassotte et son seau, il y eut la tuyauterie et le robinet.

Le mot cassotteModifier

Il semblerait que le mot cassotte soit typique des Charentes et du Poitou et d'usage plutôt régional. Il est utilisé parfois pour désigner les godets des moulins à eau[15] ou les petits bouillonnements d'eau.

Pour l'étymologie, en grec, le mot kuathos signifie « vase pour puiser » et la proximité de casso en occitan, qui signifie « poêlon  » et a donné casserole et cassoulet, peut faire penser que le mot est de cette région[16]. Avec l'idée de « grande cuillère », l'occitan continue d'apporter de l'eau à ce moulin et le latin n'est pas perdu pour autant[17]. Il reste que la cassotte se trouve plus en Charente qu'ailleurs.

Une version peu probable sur l'origine du mot est fournie par un site internet, cependant riche en cassottes, qui met en ligne des propos attribués à « M. Bobe transmis par M. Salvini pour insertion au bulletin de la société des antiquaires de l’Ouest du 1er et 2e trimestre 1949, page 16 ». « Le véritable nom de l'ustensile en question est secote ou secotte (...) Ce nom de secote semble s'être appliqué à tout objet qui laissait tomber l'eau de haut, notamment (...) aux petits moulins établis sur leur cours (...) on les appelait des moulins à secotes ». Il est peu vraisemblable que secotte avec un ou deux « t » ait été un nom pour désigner cet ustensile[18]. Cette citation paraît être plus une blague de potaches qu'une citation de savants experts. En effet, secotte est un métaplasme de Cosette. Plus sérieusement, Marcel Lachiver, lauréat de l'Académie française, auteur du Dictionnaire du monde rural - Les mots du passé, mentionne le mot cassotte comme datant du XVIIIe siècle[19].

Le mot couade est plutôt typique de la Corrèze. Au Portugal, le mot coado désigne une évacuation d'évier[20].

L'appellation coussotte, désigne également plusieurs choses :

  • une évacuation d'évier[21] ;
  • dans l'expression roue à coussottes, correspondrait plutôt à ces godets fixés sur l'arbre d'un moulin à eau[22].

Le mot canole désignait également l'objet en question et l'évacuation[23] de même type que celui déjà signalé.

UsagesModifier

 
Cassotte en bois du XVIIIe et en plastique du XXe sur un évier en pierre. Charente (France).

Aller avec un seau — une seille ou un seilleau (seau en bois) — au puits chercher de l'eau, ensuite poser le seau sur l'évier. Prendre la cassotte par son manche tubulaire, remplir la cassotte d'eau, placer l'ustensile en équilibre sur les bords du seau : l'eau coule immédiatement, comme un filet qui sortirait d'un robinet. Indissociable d'un récipient de type seau, la cassotte était ainsi placée sur un évier en pierre ou la margelle d'un puits pour :

  • faire sa toilette à la cassotte[24] ;
  • se laver les mains au filet d'eau de la cassotte ;
  • servir un peu d'eau en n'utilisant que la cassotte comme d'une grosse louche ;
  • se rafraîchir : boire à la cassotte consistait à boire à la régalade, donc sans toucher le bec de la cassotte.

L'ustensile avait, dans d'autres régions, une sorte d'équivalent, comme la puisette, l'aiguière, mais plus précisément les fontaines en cuivre en Auvergne, lesquelles étaient cependant beaucoup plus sophistiquées.

Quoi qu'il en soit, en Charente, l'ustensile a traversé jusqu'au XXe siècle et rendu service dans des maisons jusqu'au moins la fin des années 1980.

DevinetteModifier

En Charente, une devinette définit la cassotte comme étant ce qui monte sur plus grand pour pisser.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

RéférencesModifier

  1. La cassotte en Charente dans le musée de l'école de Saint-Gervais, exposition de 2000.
  2. fiche sur le site du patrimoine de France ou celui du « Ministère de la culture - les coussottes sont des godets métalliques fixés sur une roue à coussottes », notice no IA00135849.
  3. la couade dessinée par des enfants du Limousin.
  4. lo couado cité sur un site présentant le Cantal.
  5. canole ou godet en Dordogne, objets moontrés dans l'ancien musée Eugène le Roy, de Montignac.
  6. la louche à eau sur le site du patrimoine de France.
  7. Cassotte, un mot oublié - sur le site histoirepassion.eu.
  8. louche à eau de 475-221 av. J.-C..
  9. voir sur le site du musée d'ethnographie de Genève.
  10. Inventaire de 1787 du Château Chesnel à Cherves (16) dans la chambre du concierge, au-dessus de la chapelle (aile droite).
  11. voir l'inventaire du château d'Écoyeux en Charente-Maritime, fait en 1787 .
  12. la couade était fabriquée en bois de noyer Le point du 3 novembre 2005 - N°1729 - Page 204.
  13. La cassotte à manche tubulaire, PUF, 1957.
  14. la cassotte est une casserole à tuyau pour économiser l'eau. À Montpon-Ménestérol, la ferme du Parcot située à Échourgnac.
  15. Moulin à blé puis minoterie Sabourin, 4e quart XIXe siècle. La roue hydraulique encore en place est une roue de dessus à cassottes..
  16. étymologie possible en grec ou occitan.
  17. Dans le dictionnaire de l'académie française : CASSE n. f. XIVe siècle. De l'ancien provençal cassa, « grande cuillère », « récipient, casserole », du latin médiéval cattia, « creuset, cuiller à pot ». Récipient, plat. Une casse en terre allant au four. Techn. Instrument allant au four, en forme de bassin, de poêlon, utilisé dans les savonneries, les fonderies, etc. Casse de verrier, sorte de cuiller qui sert à enlever les impuretés à la surface du verre en fusion. dictionnaire. Voir aussi.
  18. source de la citation de M Bobe et M. Salvani sur le site de Pascal Boudouin.
  19. Dictionnaire du monde rural - Les mots du passé, par Marcel Lachiver, Fayard, 2 novembre 2006, 2e édition, (ISBN 978-2213631219).
  20. au Portugal, coado désigne une évacuation d'évier en bois pour faire du fromage.
  21. l'évacuation d'évier patrimoine de Nevers.
  22. Exemple du moulin à eau Celles-sur-Belle, lieu-dit Montifaut.
  23. canole désignait la cassotte et une évacuation.
  24. la famille fait sa toilette à la cassotte, raconté sur un site de la commune d'Écuras, en Charente.