Bargoens

langue

Le bargoens ou dieventaal désigne le sociolecte parlé aux Pays-Bas durant la première moitié du XXe siècle par les marginaux de la société néerlandaise, comme les vagabonds et clochards, les marchands ambulants, les forains ou encore les membres de la pègre et les proxénètes. Le bargoens peut être considéré comme un cryptolecte, un jargon ou un argot, entrant dans ce dernier cas dans la catégorie des straattalen (nl) néerlandais.

OrigineModifier

LocuteursModifier

Le bargoens a d'abord été parlé au sein de la communauté yiddish, ce qui explique que le vocabulaire provient principalement du yiddish et de l'hébreu. Toutefois, le bargoens fait également de nombreux emprunts au néerlandais, au romani, au yéniche et au haut-allemand.

Par la suite, ce sont les Woonwagenbewoner (nl) (gens du voyage néerlandais) qui, en commerçant avec les juifs, ont appris l'usage du bargoens. Son usage s'est notamment développé lors des échanges commerciaux avec les citadins néerlandais, afin de garder secrètes certaines informations.

ÉtymologieModifier

Étymologiquement parlant, selon le Van Dale, le terme de bargoens provient vraisemblablement du français baragouin (mot lui-même d'origine bretonne). Le Van Dale précise même que le mot, signifiant « parler de façon inaudible ou peu compréhensible », provient probablement de « bara » (« pain ») et « gwin » (« vin »), mots que les soldats bretons répétaient dans les auberges.

Néanmoins, les Bretons n'étaient pas les seuls à utiliser des mots incompréhensibles pour les non-locuteurs. Les Grecs, qui désignaient les peuples ne parlant pas le grec par l'appellation de barbaroi, imitaient ainsi le bruit qu'évoquaient pour eux leurs discussions. Ce mot pourrait être une origine possible de bargoens, voyageant avec les populations d'Europe centrale. Il peut même s'agir d'une invention directement néerlandaise, l'onomatopée brabbelen, utilisée par les acteurs de théâtre pour imiter un brouhaha, répétant originellement le mot rabarber (en français : « rhubarbe ») ; ce pourrait donc être une autre origine possible du mot bargoens.

Son appellation alternative est plus claire du point de vue étymologique. Littéralement, « dieventaal » signifie en néerlandais « langue des voleurs ». On peut ainsi rapprocher l'usage et la représentation de l'usage du bargoens du germania, argot des prisonniers espagnols du XVIe siècle.

UsageModifier

La formation du bargoens remonte au XVIIe siècle, et son usage a été massif entre 1850 et 1950[1]. Jusqu'au milieu du XXe siècle, le bargoens est pratiquement la langue seconde des gens du voyage et les Juifs, vivant retirés dans certains woonwijken d'Amsterdam et au Limbourg méridional[2].

De nos jours, si l'usage courant du bargoens a disparu, de nombreux mots bargoens ont intégré la langue néerlandaise courante. Néanmoins, les termes qui en sont issus sont bien souvent cantonnés à un usage parmi les classes populaires ou au sein des sous-cultures.

VocabulaireModifier

Bargoens Néerlandais Français
apehaar (slechte) tabak mauvais tabac
appie kim in orde dans l'ordre
bajes gevangenis prison - mot yiddish
bekakt verwaand, hooghartig, snobistisch suffisant, arrogant, snob
bollebof baas chef
bisnis het zakenleven business, la vie des affaires
eisjedies overspel, vreemdgaan tromperie, tricherie
gabber vriend ami, pote - mot yiddish[1]
gozer jongeman jeune homme - mot yiddish
hufter klootzak trou de balle
lef durf courage - mot yiddish[1]
jatten zn.: handen; ww.: stelen mains, voler - mot yiddish
poen geld argent - mot yiddish[1]
penoze onderwereld « collègues mutuellement confiants », à savoir la pègre - mot yiddish
opduvelen! Maak dat je wegkomt! Dégage !
saffie sigaret cigarette - mot persan
smeris politieagent agent de police - mot yiddish
temeier prostituee prostituée
kassiewijle dood, defect mort, hors d'usage
togus/tokus achterwerk, anus anus - mot yiddish

Le surnom des anciennes valeurs en florin néerlandais était en bargoens :

hondje 10 cents (dubbeltje)
heitje 25 cents (kwartje)
piek 1 florin (gulden)
knaak 2 florins - format rixdale (rijksdaalder)
joet 10 florins
geeltje 25 florins
meier 100 florins
(rooie) rug 1 000 florins

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d (en) Sarah Welling, « Dutch street language: from Mokum to Damsko », sur www.iamexpat.nl, Université d'Amsterdam, (consulté le 21 janvier 2015).
  2. Moormann, 2002 (1934), p. 97

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liens externesModifier