Autocratie

régime politique où un seul individu détient le pouvoir, alors qualifié de pouvoir personnel et absolu

L'autocratie[1] est un régime politique où un seul individu détient le pouvoir, alors qualifié de pouvoir personnel et absolu[2].

« Une voix venue du passé » : pendant la révolution russe de 1905, le fantôme de Louis XVI adresse une mise en garde à Nicolas II représenté en costume d'autocrate byzantin. Caricature du magazine britannique Puck, 8 février 1905.

ÉtymologieModifier

Étymologiquement, « autocratie » signifie « qui tire son pouvoir (cratie) de lui-même (auto) ». L'autocratie est un pouvoir qui n'a d'autre justification et légitimité que lui-même.

Dans l'Empire romain et byzantinModifier

Sous l'Empire romain, le caractère « autocratique » ou « monarchique » du pouvoir est d'abord une idéologie inspirée de la monarchie hellénistique plutôt qu'un système de gouvernement car l'empereur, d'un point de vue institutionnel, tient son pouvoir du Sénat. Ce n'est qu'à partir de Dioclétien et Constantin que l'empereur est considéré comme un véritable autocrate, représentant de Dieu sur Terre et incarnation de la « loi vivante », même si ce caractère sacré s'attache plus au pouvoir impérial qu'à la personne de l'empereur. Le sacre de l'empereur Marcien par le patriarche de Constantinople, en 450, fonde une nouvelle tradition qui lie le pouvoir impérial à la religion chrétienne. L'Empire romain, puis byzantin repose sur un triple principe : pouvoir autocratique de l'empereur (qui devient basileus en 629), loi unique avec la consécration du droit romain, foi unique au sein de l'Église. Ce système sera transmis plus tard à la Russie[3].

En Russie impérialeModifier

L'autocratie est un des principes de la monarchie russe depuis le XVe siècle, quand Ivan III, souverain de la grande-principauté de Moscou, épouse la princesse byzantine Sophie Paléologue et se rend indépendant de la Horde d'or après la Grande halte sur la rivière Ougra en 1480. Il prend alors le titre de gosudar (« souverain ») et samoderžec, qui traduit le titre grec autokratôr porté par l'empereur byzantin. Ivan et ses successeurs, souverains du tsarat de Moscou devenu Empire russe jusqu'en 1917, portent le titre de « tsar autocrate »[4]. Pendant la révolution russe de 1905, Nicolas II, pour sauver son trône, doit signer un acte, le Manifeste d'octobre, qui, sans être une vraie constitution, établit un parlement, la Douma d'État, et un certain nombre de libertés politiques : il change alors son titre d'« Autocrate illimité » pour celui d'« Autocrate suprême » sans renoncer pour autant aux principes de l'autocratie[5].

Dictature et autocratieModifier

Sans que le terme ait aucun caractère officiel, un régime de dictature peut être décrit comme « autocratie » ou « dérive autocratique ». Ainsi, le rapport RAMSES publié en 1994 par l'IFRI parle de « la démesure autocratique et la cruauté d'un Idi Amin Dada en Ouganda (1971-1980), d'un Bokassa en Centrafrique (1965-1979) ou d'un Macias Nguema en Guinée équatoriale (1968-1979)[6] ».

La dictature se distingue du régime autocratique, laquelle dénie tout pouvoir aux gouvernés qui ne choisissent donc pas les responsables du gouvernement[pas clair][7].

Récemment, certains autocrates ont su imposer leur point de vue à une nation, voire à plusieurs États. Cette autocratie est souvent affiliée à une dictature ou au totalitarisme (Cf. nazisme, stalinisme, maoïsme, jucheetc.).[réf. nécessaire]

L'Afrique est particulièrement touchée depuis la fin du XXe siècle : Thomas Cantaloube indique en 2018 que sur ce continent, « depuis le début des années 1990, au moins vingt-quatre chefs d’État ont tenté de modifier les Constitutions afin de se maintenir au pouvoir au-delà de leur double mandat »[8]. Selon Anneke Van Woudenberg, de Human Rights Watch, il s'agit de « la conséquence du fait que l’Union africaine a décidé de ne plus reconnaître les gouvernements qui parviennent au pouvoir à l’issue d’un coup d’État militaire. Nous assistons désormais à des coups d’État constitutionnels, qui s’accompagnent bien souvent d’une répression contre ceux qui s’y opposent »[8].

Notes et référencesModifier

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Autocratie » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  2. autocratie, sur le site larousse.fr, consulté le 16 juillet 2015
  3. Albert Ollé-Martin et al., Histoire de l'humanité – Vol. III: Du VIIe siècle av. J.-C. au VIIe siècle, UNESCO, p. 624.
  4. Coquin François-Xavier. La philosophie de la fonction monarchique en Russie au XVIe siècle. In: Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 14, n°3, Juillet-septembre 1973. pp. 253-280.
  5. Orlando Figes, La Révolution russe, Denoël, 2007, p. 289.
  6. Institut français des relations internationales, Ramses: rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies, éd. Economica, 1994, p. 377.
  7. Frédéric Colin, Droit public, Gualino éditeur, , p. 46.
  8. a et b Thomas Cantaloube, « Ces autocrates qui organisent leur présidence à vie », sur Mediapart, (consulté le 12 mars 2018).

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Albert Ollé-Martin et al, Histoire de l'humanité – Vol. III: Du VIIe siècle av. J.-C. au VIIe siècle, UNESCO, [1]
  • François-Xavier Coquin, La philosophie de la fonction monarchique en Russie au XVIe siècle. In: Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 14, n°3, Juillet-septembre 1973. pp. 253-280 [2]
  • La Russie d'Ivan le Terrible à Poutine : autocratie, orthodoxie, empire, Société d'éditions scientifiques, Paris, 2009, 114 p. (numéro spécial de L'Histoire)
  • Institut français des relations internationales, Ramses: rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies, éd. Economica, 1994, p. 377 [3]

Articles connexesModifier