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Albert Lejeune

journaliste français
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Albert Lejeune
Biographie
Naissance
Décès
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Nationalité
Activité

Albert Lejeune, né le à Savigny-sur-Orge et mort fusillé le à Marseille, est un journaliste, directeur de publication, homme d'affaires et collaborateur français.

Sommaire

BiographieModifier

Jeunesse et carrière dans la presse de l'Entre-deux-guerresModifier

Né orphelin de père, Albert Lejeune devient clerc de notaire à l'âge de 14 ans puis passe employé, de 1901 à 1910, au service du contentieux de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans. Son entrée dans le journalisme se fait durant cette période, où il écrit des piges pour L'Auto-Vélo. Autodidacte, réformé du service militaire pour raisons de santé, il entre en 1909 au service du député républicain Jean Argeliès (1862-1914). C'est sans doute par son soutien qu'il fonde l'année suivante un hebdomadaire, L'Avenir de la Seine et Oise, qui fait faillite en quelques mois. En 1911, il prend la direction de la Gazette de la Seine et Oise puis en devient le propriétaire. En 1913, il fait l'acquisition d'une imprimerie pour son journal. De 1914 à 1919, il est mobilisé mais ne prend pas part aux combats. Après la guerre, il fonde une société anonyme qui regroupe tous ses actifs : La Gazette, l'imprimerie et une société de gestion immobilière qui semble lui avoir beaucoup rapporté.

C'est sans doute à la fin des années 1920, ou au début des années 1930 qu'il rencontre Raymond Patenôtre (1900-1951), patron de presse influent, qui dirige le groupe Omnium républicain de presse, spécialisé en presse quotidienne régionale. Albert céda la majorité de son capital à Patenôtre et devint son bras-droit. Ce dernier lui confia d'abord la direction de quelques journaux locaux puis, en 1930, il le nomme directeur du Petit Niçois. Cette même année, il est fait chevalier de la Légion d'honneur : Lejeune est alors au sommet d'une carrière jusqu'alors sans tache et très respectable.

En 1935, il est pratiquement à tous les postes de directeur général et administrateur de la plupart des titres du groupe Omnium. Les décorations honorifiques pleuvent, mais les choses commencent à se gâter en 1939. Patenôtre le place à la tête de L'Auto, premier quotidien sportif français alors en pleine déconfiture[1]. Gestionnaire redoutable et opportuniste, Lejeune débarque Henri Desgrange et Jacques Goddet, avant de réintégrer ce dernier[2].

Collaboration sous l'OccupationModifier

Patenôtre, résolument antinazi, confie les clefs de son groupe à Lejeune et disparaît. En juillet 1941, Lejeune est élu président du journal L'Auto. Pendant l'Occupation, certaines rubriques du journal se signalèrent par des communiqués hostiles à la Résistance dont les membres sont désignés comme des « terroristes ». Il faut savoir qu'entre temps, le capital de l'Omnium dont le délégué était Albert Lejeune passa pour l'essentiel entre les mains de l'Occupant. Celui-ci obtint mandat de la Propaganda Abteilung in Frankreich, instrument de contrôle de la presse. Lejeune commença très tôt son travail de collaboration, fermement convaincu qu'une cohabitation avec les Allemands était possible[3]. Et Lejeune ne s'arrêta pas là. Il frappa fort aussi dans l'édition. En décembre 1941, il achète 700 parts (sur 2 000) de Nathan[4]. Entre mars et août 1942, il prend le contrôle des éditions Calmann-Lévy par le biais de l'une de ses sociétés, les Éditions Balzac[5]. Il participa activement à ce que l'on appelait alors « l'aryanisation des sociétés juives », prenant des parts financières à bas prix, ce qui revenait à de la spoliation.

 
Le Petit Marseillais.

Condamnation et exécution à la LibérationModifier

Après la Libération, Albert Lejeune est arrêté à Nice, où il résidait, ses biens sont confisqués, et son procès s'ouvre le 20 octobre 1944 devant la cour d'assises de Marseille. Le motif d'accusation ne porte que sur ses affaires réalisées quant au rachat du quotidien Le Petit Marseillais, cession qui fut rapidement effectuée par le biais de son ancien (et éphémère) propriétaire, Pierre Laval. Au cours du procès fut révélée sa fortune, soit près de 40 millions de francs de l'époque ; il est qualifié de « rapace » et de « profiteur »[6]. Au début, Lejeune se tait. Il est immédiatement condamné à mort. Il fut d'ailleurs le seul patron de presse à être exécuté durant l'épuration en France. Peu avant de mourir, il tenta de se disculper en accusant Patenôtre, son exécution fut alors retardée. Il fut passé finalement par les armes le 3 janvier 1945.

Il s'était marié en 1910 avec Georgette Charpentier, laquelle lui a donné deux enfants.

BibliographieModifier

 

  • Jacques Lablaine, L'Auto-Vélo, journal précurseur du Tour de France, L'Harmattan, 2010, p. 229–238 (ISBN 978-2-296-13605-2)
  • Claude Bellanger, Histoire générale de la presse française, Tome III (1871-1940), PUF, 1972
  • Pascal Fouché, L’Édition française sous l'Occupation : 1940-44, 2 vol., Imec Édition, 1987

NotesModifier

  1. Qui deviendra après guerre L’Équipe.
  2. Il était le seul à pouvoir gérer et organiser le Tour de France, course créée et organisée par le magazine L'Auto.
  3. Lire l'interview par Lejeune d'un "témoin" de l'Occupation dans Paris en juillet 1940, intitulé « À travers la France occupée ».
  4. Fouché (1987), op. cit., § Nathan et suiv.
  5. Calmann-Lévy sera rebaptisée Éditions Balzac jusqu’en août 1944.
  6. Cf. Pierre-Marie Dioudonnat, L'argent nazi à la conquête de la presse française, 1940-1944, Jean Picollec, 1981, pp. 278-279.