Abdelkader Rahmani

officier algérien de l'armée française

Abdelkader Rahmani est un Algérien d'origine berbère, officier de l'armée française. En 1957, devant le dilemme de la guerre d'Algérie, il écrit avec 52 autres officiers d'origines algériennes au président René Coty pour se proposer en médiateurs. Tous sont emprisonnés.

Abdelkader Rahmani
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MilitaireVoir et modifier les données sur Wikidata
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Jamil Rahmani (d) (neveu)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Distinction

Georges Mourier a réalisé en 2003 le documentaire Combattre ?, consacré au cas d'Abdelkader Rahmani.

BiographieModifier

JeunesseModifier

Abdelkader Rahmani est né en Algérie, dans un village nommé Tidelsine du Cap Aokas en Petite Kabylie. Il est issu d'une famille maraboutique. Son père, Slimane Rahmani, est professeur de français et écrivain[1].

Dans l'armée françaiseModifier

Après le débarquement allié en Afrique du Nord, il devient brigadier dans l'armée des corps francs en tant qu’instructeur. Mais il est cassé car il était interdit à un Algérien d'instruire ou de commander un Européen. Il participe aux combats de la libération. Il est en Allemagne en 1946.

Le , il devient sous-lieutenant nord-africain de réserve. Il renonce, pour cela, à sa nationalité française. Il intègre l'école des officiers de l'armée indigène puis est promu lieutenant le . Il participe à la guerre de Corée. La Légion d'honneur lui est octroyée en 1956.

Il est marié à une Française.

Le basculementModifier

En 1956, il est au Liban lorsque les évènements le font basculer : Guy Mollet conspué, l'avion de Ben Bella arraisonné, l'intervention à Suez, les débuts de la « pacification » lui font prendre conscience que l'armée française va à l'échec et que la dignité des Algériens est en cause[2].

En , devant le dilemme de la guerre d'Algérie, il écrit avec 52 autres officiers d'origines algériennes et les plus gradés, au chef suprême des Armées, le président René Coty. Issus des deux cultures, ils voulaient s'offrir en médiateur afin d'enrayer cette guerre fratricide. Il déclencha ainsi l’« Affaire des officiers algériens », qui constitua, selon l'historien Pierre Vidal-Naquet, « une chance manquée » d'éviter le désastre entre les deux communautés. Tous les signataires de cette lettre sont en effet emprisonnés. Abdelkader Rahmani l’est dès le mois de mars, inculpé d'entreprise de démoralisation de l'armée, et transféré à la prison de Fresnes.

Après ce premier emprisonnement, il est muté au centre d'instruction des parachutistes de Castres. Craignant pour sa vie, il s'entretient avec Claude Julien, journaliste du Monde qui était en vacances dans cette région. Le journal évoque son cas. Il est alors placé en résidence surveillée en Lozère.

Au cours d'un séjour à Paris, il réussit à contacter Guy Mollet qui lui fait savoir qu'il accepte de détacher quelques officiers dans les ambassades de Tunisie et du Maroc pour contacter le FLN algérien. Mais le remplacement de Guy Mollet par Bourgès-Maunoury annule l'opération.

La démission et l'emprisonnementModifier

Avec d'autres officiers algériens, il annonce en , sa démission de l'armée française dans une lettre au président de la République :

« Monsieur le Président de la République,
Officiers démissionnaires de l'armée française, nous désirons porter à votre connaissance les motifs qui nous ont poussé à cet acte [...]
En huit mois, aucune solution n'a été apportée au cas de conscience que pose notre situation dramatique d'Algériens et de soldats... »

Cinq des 52 officiers concernés désertent et rejoignent le FLN à Tunis. Le lieutenant Rahmani est mis aux arrêts au fort d'Albi, puis à nouveau écroué à Fresnes.

Une campagne d'opinion est lancée dans des journaux : La Croix, France Observateur, L'Express, Le Monde et Témoignage chrétien qui publie son journal de prison.

Une carrière briséeModifier

Après l'arrivée au pouvoir de de Gaulle, il sort de prison pour être placé en résidence surveillée au couvent des jésuites de Clamart, puis placé par mesure disciplinaire en position de non-activité par retrait d'emploi. Il travaille alors pour la librairie Hachette dont il sera le directeur général en Algérie.

Il écrit un livre, saisi dès sa sortie : L'Affaire des officiers algériens, paru en 1959 aux éditions du Seuil.

Sa carrière est brisée ; il est cependant promu capitaine en 1975 (soit vingt ans après la date où il aurait dû l'être). Il entame alors une procédure pour obtenir des indemnités auprès du Conseil d'État qui rejette ses demandes en 1977.

Il est fondateur de l'Académie berbère[3]. .

Vie privéeModifier

Abdelkader Rahmani a quatre enfants : Patrick, Dominique, Pascale Rahmani et Fabienne Rahmani-Vallat[4].

PublicationsModifier

  • Abdelkader Rahmani, L'Affaire des officiers algériens, Seuil,
    repris par la revue Gavroche, n° 159, juillet-septembre 2009.
  • Les Berbères, nos ancêtres les Gaulois... ou nos ancêtres les Berbères ?, 1997, Éditions Trois Mondes
  • L'histoire de la Corée - pays du matin calme - et sa guerre tragique, entretiens avec Christian Dechartres, 2015, Éditions Amalthée

FilmographieModifier

  • Georges Mourier, Combattre?, film en deux épisodes produit par La lanterne et Citizen TV, 2004, collection Le Choix des Hommes[5].

Notes et référencesModifier

  1. Rahmani 1959.
  2. « C'est là que j'ai basculé », explique-t-il dans son livre, op. cit.
  3. « Hommage à Abdelkader Rahmani, fondateur de l’Académie berbère », sur liberte-algerie.com,
  4. « Abdelkader Rahmani, une chance manquée en pleine guerre d’Algérie », sur Radio France internationale, (consulté le 17 mars 2018) : « par ses enfants, Patrick, Dominique, Pascale Rahmani et Fabienne Rahmani-Vallat ».
  5. Disponible en DVD aux éditions À l'Image Près [1]

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Blogs d'Abdelkader Rahmani