Étrangisation

L'étrangisation (en russe : остранение, IPA: [ɐstrɐˈnʲenʲɪjə], aussi traduit par « défamiliarisation », « désautomatisation » ou encore « singularisation ») est un procédé artistique développé dans le cadre du formalisme russe. Il apparaît pour la première fois dans l'essai L'Art comme procédé publié par Victor Chklovski en 1917[1]. Il désigne le fait d'exprimer des choses communes dans une forme non-familière et étrange.

L'étrangisation naît avec la recherche d'une différence formelle entre le langage pratique ou courant et le langage poétique ou artistique. Le langage pratique, selon Chkovski, procède structurellement d'une perception automatique du monde. Cet automatisme fonde sa compréhensibilité dans le quotidien et les usages communs. A l'inverse, le langage poétique ou artistique bouleverse cette perception et rompt avec l'automatisme langagier. L'objet exprimé par le langage poétique est mis à distance de l'usage familier. Cette mise à distance à travers l'usage de formes artistiques se désigne sous le terme d'étrangisation de l'objet et a pour but d'« extraire l'objet de l'automatisme de la perception »[2]. En cela, l'art permet d'exprimer une vision neuve. Cette distinction, permise par l'étrangisation, entre langage pratique et langage poétique s'applique à toutes les formes artistiques.

Victor Chklovski illustre ce procédé avec la nouvelle Le Cheval (Kholostomer) de Tolstoï. Tolstoï y choisit de décrire le monde à travers les yeux d'un narrateur cheval. Cette forme nouvelle propose une vision nouvelle. Elle rompt avec les formes artistiques précédentes, lesquelles sont vouées à constamment se renouveler : la répétition d'un pareil exemple ferait tomber l'expression dans l'automatisme et sortirait du cadre de la forme artistique.

BibliographieModifier

  • Victor Borrisovitch Chklovski, L'Art comme procédé [1917], Paris, Allia, 2018, 50p.
  • Victor Erlich, Russian formalism: history, doctrine, New Haven, Yale University Press, 1981, 311p.
  • Tzvetan Todorov, Théorie de la littérature : textes des formalistes russes, Paris, Seuil, 2001, 322p.
  • Georges Nivat, « Formalisme russe », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis-edu.com./encyclopedie/formalisme-russe/

Notes et référencesModifier

  1. Victor Borissovitch Chklovski, L'Art comme procédé [1917], Paris, Allia, , 50 p. (ISBN 978-2-84485-267-0)
  2. Victor Borissovitch Chklovski, L'Art comme procédé [1917], Paris, Allia, , 50 p. (ISBN 978-2-84485-267-0), p. 25