Élection présidentielle kényane de 2022

Élection présidentielle kényane de 2022
Corps électoral et résultats
Inscrits 22 120 458
Raila Odinga 2009 (cropped).jpg Raila Odinga – Azimio
William Ruto at WTO Public Forum 2014.jpg William Ruto – KK
Président de la République du Kenya
Sortant
Uhuru Kenyatta
Jubilee

L'élection présidentielle kényane de 2022 se déroule le afin d'élire le président et le vice-président de la république du Kenya. Des élections parlementaires sont organisées simultanément.

Le président sortant Uhuru Kenyatta, du Parti du jubilé, n'est pas candidat à sa réélection, la constitution lui interdisant d'exercer plus de deux mandats. Le Jubilé apporte son soutien à Raila Odinga — opposant de longue date avant une réconciliation amorcée en 2018 avec le gouvernement —, permettant à Odinga de réunir une large partie de l'échiquier politique avec son propre parti, le Mouvement démocrate orange, sous la bannière de la coalition Azimio. Il affronte notamment le vice-président sortant William Ruto, qui se présente sous l'étiquette de la coalition Kenya Kwanza menée par l'Alliance démocratique unie.

ContexteModifier

L'élection présidentielle de 2022 intervient cinq ans après la précédente, organisée dans des circonstances exceptionnelles. L'élection d’août 2017 tenue en même temps que les élections parlementaires voit en effet le président sortant Uhuru Kenyatta et son colistier William Ruto l'emporter au premier tour avec 54,17 % des voix sur le principal candidat de l'opposition, Raila Odinga et son colistier Kalonzo Musyoka, mais le scrutin est annulé à la surprise générale par la Cour suprême saisie en recours par Odinga[1]. La Cour juge en effet que le décompte des voix s'est fait en violation de la constitution : sur les quelques 41 000 documents attestant du décompte devant être fournis par la commission électorale, plus d'un quart sont manquants, invalides ou présentent des irrégularités. Le nombre important de ces documents valides manquants porte ainsi le doute sur plus de sept millions de voix, soit bien plus que le million et demi séparant Kenyatta d'Odinga[2]. La Cour annule par conséquent l'élection et ordonne la tenue d'un nouveau scrutin, une première dans le pays[1].

Après un report et le remplacement d'une grande partie des membres de la commission électorale[3],[4], une nouvelle élection est organisée en octobre 2017. Celle-ci est cependant boycottée par Odinga devant le refus de la Commission électorale d'organiser également de nouvelles élections parlementaires, le candidat considérant celles d’août comme entachées des mêmes irrégularités que la présidentielle organisée simultanément[5],[6]. En l'absence d'Odinga, Uhuru Kenyatta est réélu pour un second et dernier mandat avec plus de 98 % des suffrages exprimés, pour un taux de participation d'à peine 39 %. Il prête serment le [7], tandis qu'Odinga refuse de le reconnaitre[8].

Après plusieurs mois de crise politique teintée de violences, Kenyatta et Odinga finissent par signer un accord de réconciliation le [9]. Les deux hommes s'engagent alors dans un projet de réforme globale de la constitution en mettant en place le 31 mai 2018 un comité chargé d'en proposer des amendements[10]. Le comité prend le nom de « Building Bridges Initiative » (littéralement Initiative pour construire des ponts), dont l'acronyme BBI est largement utilisé pour décrire le projet[11]. Le projet de référendum constitutionnel, qui devait notamment rétablir la fonction de Premier ministre, créer un poste de chef officiel de l'opposition et celui de défenseur des droits, est cependant mis en suspens par la Haute cour de justice puis jugé inconstitutionnel par la Cour suprême le 31 mars 2022. Les différentes cours jugent en effet que le processus d'initiative populaire utilisé a été de facto d'origine présidentielle, ce que la constitution ne permet pas. La décision est un coup dur pour le président Kenyatta et son parti quelques mois avant la présidentielle et les élections parlementaires d’août 2022, tandis que ses partisans considèrent le verdict favorable à une reprise du processus référendaire après les élections[12],[13],[14]. L'échec du projet ne met cependant pas fin à l'entente entre Odinga et Kenyatta, qui mène à son terme son deuxième et dernier mandat en accord avec la constitution, le Parti du jubilé de Kenyatta allant jusqu'à apporter son soutien à Odinga pour la présidentielle[15]. Les tensions au sein du Parti du jubilé quant à cette décision conduisent néanmoins le vice-président Ruto à le quitter pour rejoindre l'Alliance démocratique unie (UDA) en vue de sa candidature à la présidentielle[16].

Ces changements d'alliance aboutissent à une situation atypique dans laquelle le principal candidat est à la fois celui de l'opposition et du gouvernement, tandis que son opposant se trouve être le numéro deux du gouvernement[17].

Système électoralModifier

Le président de la République du Kenya est élu selon une version modifiée du scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois. Pour remporter le premier tour, un candidat doit obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés ainsi qu'au moins 25 % dans plus de la moitié des 47 comtés. À défaut, un second tour a lieu entre les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de votes au premier tour, et celui recueillant le plus de votes est déclaré élu[18].

CampagneModifier

La constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, Kenyatta ne peut se présenter en 2022 à sa réélection. Son vice-président William Ruto se présente sous l'étiquette de la coalition Kenya Kwanza (KK) menée par l'Alliance démocratique unie (UDA), tandis que Raila Odinga est à nouveau candidat sous celle du Mouvement démocrate orange (ODM) réuni avec le Parti du jubilé de Kenyatta et plusieurs autres partis d'opposition sous la bannière de la coalition Azimio La Umoja - Parti de la coalition kenyane unie, couramment abrégée en Azimio. Seuls deux autres candidats, George Wajackoyah du Parti des racines du Kenya (RPK) et David Waihiga Mwaure du parti Agano sont en lice. Walter Mongare Nyambane voit quant à lui sa candidature rejetée faute de diplôme universitaire reconnu. Avec seulement quatre candidats à la fonction suprême, l'élection de 2022 bat le record du nombre le plus bas de candidatures depuis le rétablissement du multipartisme en 1992[19].

Depuis l'indépendance du pays en 1963, la vie politique kenyane est historiquement dominée par les familles d'Uhuru Kenyatta, d'ethnie Kikuyus, et de Raila Odinga, d'ethnie Kalendjins. Une victoire de William Ruto marquerait ainsi une première dans le pays, le vice-président sortant étant d'ethnie Luo. La présidentielle prend par conséquent la tournure d'un affrontement entre « vieille garde dynastique » et « nouveau venu »[20],[21],[22],[23].

SondagesModifier

RésultatsModifier

Résultats préliminaires de la présidentielle kényane de 2022 (141 circonscriptions sur 291)[24]
Candidats
et colistiers
Partis Premier tour Second tour
Voix % Voix %
William Ruto
Rigathi Gachagua
KK 51,25
Raila Odinga
Martha Karua
Azimio 48,09
George Wajackoyah
Justina Wamae
RPK 0,43
David Waihiga
Ruth Mutua
Agano 0,23
Votes valides 7 043 561
Votes blancs et nuls
Total 100 100
Abstention
Inscrits / participation 22 120 458 22 120 458

AnalyseModifier

Le scrutin se déroule dans le calme, malgré une augmentation des informations fausses ou trompeuses relevée sur les médias sociaux[25]. Face à un résultat très serré entre les deux principaux candidats, Odinga et Ruto, le dépouillement des millions de bulletins de vote prend plusieurs jours, augmentant la pression sur la commission électorale, qui a jusqu'au 16 août pour déclarer les résultats[26],[27],[28].

Tirant les leçons du dépouillement désastreux d’août 2017, la commission électorale met en ligne en temps réel la totalité des documents envoyés par les bureaux de vote, qui sont ensuite comparés avec les documents papiers compilés dans la capitale Nairobi[29],[26]. La transparence du processus au fur et à mesure du dépouillement, étalé sur plusieurs jours, entraine cependant la publications de résultats préliminaires différents dans les médias, chacun opérant son propre décompte[30]. Odinga et Ruto sont ainsi tout deux annoncés en tête selon différents médias qui mettent en pause leur décompte à l'approche du week-end, apportant la confusion et alimentant les rumeurs[26]. La commission se voit notamment contrainte le vendredi 12 août de démentir publiquement les rumeurs d'un piratage de ses données. Ses dirigeants reconnaissent cependant que le processus est plus lent qu'attendu[31],[32]. Si les médias se justifient de l'arrêt de leur décompte par une crainte des piratages et une volonté de synchroniser leur résultats, celui-ci est néanmoins perçu comme dû à la peur de prendre parti au vu des résultats très serré, dans un pays ayant connu plus de 1 200 morts liés à des violences post électorales en 2007, et plus d'une centaine en 2017[33],[34].

Si elles divergent quant aux résultats, toutes les sources relèvent cependant une nette baisse de la participation, la plus basse depuis les élections de 2002 où seuls 57 % des électeurs s'étaient déplacés aux urnes. La faible participation est largement attribuée à un désenchantement de la population face aux promesses non tenues du secteur politique dans un contexte de crise économique, ainsi qu'aux retournements d'alliances des formations politiques[35].

Notes et référencesModifier

  1. a et b « Coup de tonnerre au Kenya avec l'annulation de la présidentielle », sur ladepeche.fr (consulté le ).
  2. (en) Kamau Muthoni and Paul Ogemba, « Presidential petition: What scrutiny of key IEBC forms revealed », sur The Standard (consulté le ).
  3. « Nouvelle élection présidentielle au Kenya fixée au 17 octobre », sur Le Monde Afrique, .
  4. « Kenya: très critiquée, la commission électorale nomme une nouvelle équipe - RFI », sur RFI Afrique (consulté le )
  5. Home, « Kenya : l'opposant Raila Odinga renonce à la présidentielle », sur Le Figaro (consulté le )
  6. « Au Kenya : l’opposant Raila Odinga annonce son retrait de la présidentielle du 26 octobre », sur Le Monde, (consulté le )
  7. « Kenya : Uhuru Kenyatta investi président, l'opposant Odinga promet sa propre cérémonie - France 24 », sur France 24 (consulté le )
  8. « Kenya : à quoi joue l'opposant Raila Odinga ? », sur Le Point Afrique, LePointAfrique (consulté le ).
  9. « Kenyatta et Odinga se réconcilient pour faire sortir le Kenya de la crise - RFI », sur RFI Afrique (consulté le )
  10. (en) « Kenya: Referendum new sticking point in BBI constitutional amendment bill », sur The Africa Report.com, (consulté le ).
  11. (en) « TheRealBBI », sur BBI Kenya Offical (consulté le ).
  12. © 2020 Agence Afrique, « Kenya : La Cour suprême invalide un projet de réforme constitutionnelle initié par Kenyatta », sur Agence Afrique, AgAfrique, (consulté le ).
  13. « Kenya: la Cour suprême invalide le projet de réforme constitutionnelle du président Kenyatta », sur RFI, RFI, (consulté le ).
  14. (en) « TOROITICH: Supreme Court revived building bridges initiative », sur The Star (consulté le ).
  15. « Uhuru, Raila tour Kisumu port, Jomo Kenyatta stadium », sur Citizen Digital, (consulté le )
  16. Macharia Gaitho, « All you need to know about the clash between Kenyatta and Ruto », sur Al Jazeera, (consulté le )
  17. (en) AP, « Unusual Kenya poll: President backed opposition leader vs deputy president », sur www.business-standard.com, (consulté le ).
  18. (en) National Council for Law Reporting, « Procedure at presidential election », dans The Constitution of Kenya, 2010, (lire en ligne [PDF]), partie 138, p. 80-82
  19. (en) « Walter Mong'are clearance to vie for presidency revoked, locked out of race », sur The Star (consulté le ).
  20. Patrick Gathara, « Dynasties vs hustlers in Kenya », sur Al Jazeera, (consulté le )
  21. Isabel Pike, « “Hustlers versus Dynasty”: Kenya’s New Class Politics », sur Centre for Global Challenges, (consulté le )
  22. John Mwazemba, « ‘Hustlers’ versus ‘Dynasties’: Ngugi’s prophesied apocalypse », sur Nation Media Group, (consulté le )
  23. « Présidentielle au Kenya: les enjeux d'un scrutin qui s’annonce serré », sur RFI, RFI, (consulté le ).
  24. (en) « Kenya Elections », sur elections.nation.africa (consulté le ).
  25. « Présidentielle au Kenya: une campagne marquée par la prolifération de «fake news» », sur RFI, RFI, (consulté le ).
  26. a b et c (en) https://www.facebook.com/RFI.English/, « Kenya vote count continues in tight race as observers deem election 'peaceful' », sur RFI, RFI.English, (consulté le ).
  27. « Kenya: le dépouillement de l'élection se poursuit, sur fond d'abstention en hausse », sur TV5MONDE, (consulté le ).
  28. Notretemps.com, « Kenya: le dépouillement de l'élection se poursuit, sur fond d'abstention... », sur Notretemps.com, (consulté le ).
  29. « Présidentielle au Kenya: place au long processus de dépouillement », sur RFI, RFI, (consulté le ).
  30. « Présidentielle au Kenya: la tension monte dans le pays dans l’attente des résultats », sur RFI, RFI, (consulté le ).
  31. (en) « IEBC Addresses Reports of Hacking in Its System », sur Kenyans.co.ke, Kenyans.co.ke (consulté le ).
  32. (en) « Kenya electoral commission admits vote count 'too slow' after presidential poll », sur RFI, RFI.English, (consulté le ).
  33. (en) « Kenya on Edge as Media’s Election Tally Suddenly Stops », sur The New York Times, (consulté le ).
  34. (en) Duncan Miriri, « Odinga ahead in Kenya's presidential race, official results show », sur Reuters, (consulté le ).
  35. « Élections générales au Kenya: la plus faible participation depuis 2002 », sur RFI, RFI, (consulté le ).