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Zofloya, ou le Maure

roman de Charlotte Dacre
Charlotte Dacre

Zofloya, ou le Maure (Zofloya; or, The Moor), publié en 1806, est un roman gothique anglais, second roman de Charlotte Dacre (aussi connue sous le pseudonyme de Rosa Matilda en référence à la Matilde du Moine, le roman gothique de Matthew Gregory Lewis).

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Critique et caractéristiquesModifier

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L’ouvrage est publié en 1806 et doit faire face à de vives critiques : tantôt qualifié de scandaleux et d’immoral, tantôt qualifié de simple imitation du Moine.

Même si la comparaison avec Le Moine n’est pas contestable (le choix de son pseudonyme tendrait d’ailleurs à prouver qu’elle ne s’en cachait pas), Zofloya ne peut en revanche pas être relégué au rang des nombreuses imitations ou parodies médiocres du modèle.

En trois volumes (quatre pour l’édition française), Rosa Matilda réussit à entremêler les récits de différents protagonistes et à les faire converger vers un seul et même personnage : Victoria.

Charlotte Dacre réunit dans son roman tous les ingrédients du genre gothique : jalousie, vengeance, désir, corruption, perversion, cachot, visions nocturnes, victimes innocentes, meurtre, poison, bandits, etc.

Si Zofloya dérange la critique de 1806 c’est en partie parce que Dacre y présente une femme nouvelle, en opposition avec les codes de l’époque. L’auteur y renverse ou inverse les règles et modèles du genre (elle les dépasse peut-être même) et met pour la toute première fois en scène un personnage féminin fort et mauvais, qui exprime et assume ses désirs sexuels.

Remise en cause du rôle de la femme au début du XIXe siècleModifier

Tout au long du roman, des femmes au caractère bien trempé font leur apparition dans le récit. Or, ces personnages féminins semblent renvoyer une image de la femme totalement différente de celle du stéréotype féminin qu'il est d'usage de rencontrer dans les romans gothiques. Charlotte Dacre confère à ces personnages féminins, plus spécifiquement à Victoria, Laurina, et Magalina Strozzi, un pouvoir et une capacité d'agir que l'on ne rencontre guère dans d'autres romans gothiques. Charlotte Dacre donne à ces personnages la capacité de faire usage de la violence, ce qui avait été dans ces romans un attribut essentiellement masculin, pour y assouvir leurs fantasmes et leurs désirs[1].

Charlotte Dacre se sert de la violence pour aller à l'encontre de l'opposition traditionnelle entre l'homme et la femme, en mettant en lumière ses personnages féminins, qui prennent leur destin en main au lieu de souffrir en silence, comme le font tant d'autres personnages féminins des romans gothiques[2]. Au lieu de les mettre en scène sous les traits de femmes pusillanimes et velléitaires, Charlotte Dacre dote Victoria, Laurina et Megalina d'un sentiment de puissance exacerbé, imposant leur volonté par tous les moyens à leur disposition pour parvenir à leurs fins, y compris en recourant au meurtre.

Zofloya est connu pour ses personnages féminins qui s'écartent du modèle de vertueuse féminité habituel à l'orée du XIXe siècle. Les fortes personnalités de Victoria et de sa mère Laurina sont transgressives de diverses façons, qui semblaient alors inconvenantes. De ce fait, la critique considère que ce roman s'écarte du roman gothique classique, et le caractérise comme faisant partie du courant dit Female Gothic. « Le roman de Dacre constitue une œuvre singulière et complexe de Female Gothic, élaborée de façon stratégique, qui parle à son époque en remettant en question divers points de vue bien établis sur la nature des femmes et leurs rôles »[3].

PostéritéModifier

Zofloya se vend bien malgré les critiques négatives et est traduit en français en 1812.

P.B. Shelley[4] le lit, l’aime et s’en inspire, et Algernon Swinburne[5] écrit qu’il se rapproche des ouvrages du marquis de Sade.

Le roman de Dacre connait un regain d'intérêt aux États-Unis ces dernières années. Il a été réédité en 2008 chez Oxford University Press, et un certain nombre de mémoires et travaux universitaires lui sont consacrés (place de Zofloya au côté des autres grands romans gothiques, figure féminine incarnée par Victoria, rôle de la femme dans la société et dans le roman du début du XIXe siècle, et sexualité féminine).

La première réédition de l'ouvrage paraît en 2015 aux éditions Otrante[6].

BibliographieModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Dunn, James. "Charlotte Dacre and the Feminization of Violence". University of California Press, 1998, p. 309
  2. Harris, Robert. "Elements of the Gothic Novel". Robert Harris Press, 2010
  3. Moreno, Beatriz González. "GOTHIC EXCESS AND AESTHETIC AMBIGUITY IN CHARLOTTE DACRE'S ZOFLOYA." Women's Writing 14.3 (2007): 419–434. Print.
  4. « Zofloya »
  5. « Charlotte Dacre »
  6. Zofloya, ou le Maure., Otrante, 2015