Le Tribann, est un signe utilisé comme marque (marc-iau, benchmark) par les mineurs de Cornwall et du pays de Galles. Le mot (moyen-gallois -bann, mod. ban), "trois rais", s'applique aussi en gallois à un mètre poétique (englyn cyrch ; triban milwr) et à un air populaire[1]. Le signe triban(n) est devenu au XVIIIe siècle un signe de reconnaissance patriotique gallois (dit Nod cyfrin), puis un emblème bardique, et enfin l'emblème spécifique du mouvement néo-druidique contemporain, mais ne lui fut pas exclusif. Il se présente sous la forme de trois traits (bann signifie "rayon ; pointe" en gallois et en breton) convergents vers le sommet : /|\.

Tribann

Ce symbole, nettement solaire, représente un principe ternaire. On le retrouve sur les bannières et sur les vêtements des néodruides ou il peut signifier entre autres : amour, connaissance et vérité ou amour, paix et sagesse pour chacun des traits. Une autre interprétation veut qu’il représente les trois lettres primordiales (O I W) du nom de Dieu ou « Incréé », qui aurait créé le monde en prononçant son propre nom. Les triades étant usuelles dans le monde celtique, il est possible de lui attribuer d’autres significations ternaires. Inséré dans un « œuf cosmique », il est censé représenter la fonction (néo)druidique. Une connotation négative ou maléfique est parfois conférée au Tribann inversé (\|/), qui n'est en fait qu'une figure du soleil dans la nuit (si l'on se réfère à la signification des trois moments de la journée). Il convient de noter que le Tribann du XVIIIe siècle s’inscrit dans le contexte contemporain du christianisme et non du druidisme antique.

Usages celtiques anciensModifier

Les usages antiques du /|\ sont avérés :

  1. Dans la mythologie celtique le récit irlandais Suidigud Tellaig Temra décrit le mythique Trefhuilngid "support à trois pieds" qui a ordonné l'espace et les saisons[2].
  2. Dans la protohistoire de la Cisalpine le triple repère constitue un viseur saisonnier des observatoires. Son trait central marque les deux équinoxes et les traits obliques les deux solstices (études d’archéoastronomie et d'archéologie[3]).
  3. Dans l’Antiquité insulaire et l’art celte des monnaies brittones, le signe triple figure avec la même signification astronomique : "Un statère d'or d'Addedomaros (Catuvellauni / Trinovantes, fin du Ier s. avant J.-C.) en fait son motif principal, accompagné en bas par une courbe en forme de croissant de lune qui indique le trajet nocturne, invisible, du soleil. L'ensemble est doublé en miroir (comme sur d'autres monnaies britanniques contemporaines du type « Freckenham Crescents » : une monnaie des Iceni fait de même[4]." N.-B. : Il y avait homologie entre le cycle annuel, le cycle quotidien, voire le cycle politique. Ces monnaies d'or étaient objet de prestige et connotées religieusement.
  4. Dans la tradition brittonique les trois rais se sont confondus avec les "trois baguettes de sagesse" : dans les poèmes de l’Ystoria Taliesin qui narrent son initiation et son triomphe, le poète Taliesin compare son don de poésie ou rhinwedd, littéralement « secret-connaissance » à « la force de rhinwedd des trois éminentes baguettes », nerth o rinwedd y taair gwialenn. Ces trois surgeons sont attestés aussi dans les Passions corniques médiévales (origine : les Evangiles apocryphes mêlés aux conceptions indigènes sur le renouveau cyclique et l'inspiration dite awen)[5].

Nota : le Tribann néodruidique ne doit pas être confondu avec le Triban, ancien logo du Parti National Gallois, le Plaid Cymru et qui représente les montagnes du Pays de Galles. Le tribann a été utilisé dans les années 1970 par le Patriotic Front gallois de Gethyn ap Gruffydd et divers autres groupes.

Notes et référencesModifier

  1. (cy + et + en) collectif, Geiriadur Prifysgol Cymru, Aberystwyth, Center for Advanced Welsh and Celtic Studies,, s.v. triban
  2. (fr) Philippe Jouët, Dictionnaire de la mythologie et de la religion celtiques, Fouesnant, Yoran, s.vv. Triscèle, Trefhuilngid, Suidigud Tellaig Temra, Mesure, Astronomie, Soleil.
  3. (it) M. Codebò, H. De Santis, P. Barale, M. Castelli, L. Fratti, E. Gervasoni, Bollettino Camuno di Studi Preistorici,, Capo di Ponte BS, 1964-. 34,
  4. (fr) Philippe Jouët, Article "Quelques énigmes celtiques" dans le volume collectif La Chevauchée des Celtes, Fouesnant, 2020.- Etudes de symbolique celtique : rythmes et nombres, Label LN éditeur,- Encyclopédie de la Bretagne : Celtes et celtismes, 2018., Fouesnant, Yoran international,
  5. Philippe Jouët, Triades, bardes et druides dans l'histoire et l'imaginaire. Texte traduit de l'édition P. K. Ford, Cardiff, 1992., Ploudalmézeau, Label LN,

BibliographieModifier

  • Philippe Le Stum, Le Néodruidisme en Bretagne : Origine, naissance et développement, Rennes, Éditions Ouest-France, coll. « De mémoire d'homme : l'Histoire », , 312 p. (ISBN 2-7373-2281-2).
  • Y. Guéhennec, Les Celtes et la parole sacrée, Ploudalmézeau (Label L. N., éd.) 2006.
  • Philippe Jouët, Dictionnaire de la mythologie et de la religion celtiques, Yoran éd., Fouesnant, 2012 ; Triades, bardes et druides dans l'histoire et l'imaginaire, Label LN éd., 2e édition revue, Ploudalmézeau, 2020.

Articles connexesModifier