Trésor de Saint-Germain-de-Varreville

trésor monétaire gallo-romain

Le trésor de Saint-Germain-de-Varreville est un trésor monétaire découvert en 2011 sur le territoire de la commune de Saint-Germain-de-Varreville. Datant du IVe siècle, il est acquis par la ville de Caen et conservé au musée de Normandie.

Trésor de Saint-Germain-de-Varreville
Le trésor de Saint-Germain-de-Varreville exposé au Musée de Normandie à Caen en 2018.
Le trésor de Saint-Germain-de-Varreville exposé au Musée de Normandie à Caen en 2018.
Type Monnaie
Dimensions 25 cm de hauteur
Poids 42 kg (monnaie : 38,2 kg)
Matériau Bronze/Argent
Période IVe siècle
Culture Rome antique
Date de découverte 2011
Lieu de découverte Saint-Germain-de-Varreville
Coordonnées 49° 11′ 08″ nord, 0° 21′ 48″ ouest
Conservation Musée de Normandie
Géolocalisation sur la carte : Manche
(Voir situation sur carte : Manche)
localisation
Géolocalisation sur la carte : Basse-Normandie
(Voir situation sur carte : Basse-Normandie)
localisation
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
localisation

LocalisationModifier

Le trésor est découvert à Saint-Germain-de-Varreville, dans le nord-est du département de la Manche, en , dans une exploitation agricole[B 1], située au sud du village[A 1], au-lieu dit « pièce à Trois Cornières »[G 1]. Le terrain, une zone de bocage[G 1], se situe sur une légère pente près du « Ruisseau de Buy » dans un sol composé de limon à une profondeur de 40 à 60 cm[A 1].

Aucun autre vestige n'est découvert à proximité de la cachette, à l'exception d'un morceau de tuile[G 2]. Il faut parcourir plusieurs centaines de mètres pour trouver des matériaux et de la poterie d'époque romaine[G 2].

Historique de la découverteModifier

 
Vue générale du trésor avec son vase d'origine.
 
Détail des pièces.
 
Plan du site des fouilles en 2011 et 2013.

L'inventeur du trésor, un agriculteur également propriétaire du terrain, découvre le vase rempli de monnaies lors de travaux de mise en place d'une clôture[B 1]. Le contenant est sorti de terre par l'agriculteur et son épouse, et le couple contacte des archéologues et la DRAC[C 1],[A 2].

Le trésor, d'une valeur estimée à 18 000 €, est acquis en 2015[D 1] par le musée de Normandie avec l'aide de l'État pour moitié car l'inventeur ne se tourne pas vers d'autre acquéreur[B 1]. Les pièces sont agglomérées les unes aux autres[D 1], principalement à cause de la corrosion issue l'oxyde de cuivre[G 3].

Une fouille du vase est réalisée durant l'été 2011[C 1] avec une méthode rigoureuse[A 3] par le service numismatique du Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales appelé aussi CRAHAM[G 4]. La première étape est la stabilisation du vase, puis le contenant est mis dans un coffrage en mousse et posé sur un table fixe[A 3]. Ces dispositions permettent d'être placé au-dessus du contenant lors des prélèvements[A 3]. Une armature métallique entoure le dispositif permettant d'y fixer les caméras et les appareils photographiques utilisés pendant que chaque couche du trésor est prélevée[A 3].

L'étape suivante consiste à enlever les monnaies par couches horizontales des plus récentes au plus anciennes, puis de ranger chaque lot dans des sachets individuels hermétiques[A 4]. Une étude est réalisée sur la position des pièces, ce qui a permis de supposer la présence de sac dans la partie supérieure du contenant[A 5] et d'estimer que le remplissage du contenant ne s'est pas déroulé en une seule fois[A 6].

Le vase est ensuite isolé[E 1], puis une fiche descriptive des pièces avec les éléments suivants est réalisée : position dans le récipient d'un lot de pièces, description des éléments naturels présents avec les pièces[A 3]. Chaque pièce est nettoyée et étudiée, la moitié du travail est réalisée durant l'automne 2019[C 1]. Entre 80 et 120 pièces sont nettoyées chaque jour et le traitement d'une pièce nécessite plusieurs heures[G 5].

Une fouille du site de découverte est réalisée en 2013[G 1]. Ces fouilles n'ont révélé presque aucun vestige de l'Antiquité, mais des éléments d'un bivouac de la Seconde Guerre mondiale très proche de la cachette du trésor[H 1]. Le seul élément antique retrouvé est une tuile retaillée, peut être déjà déterré dès 1944 et en relation avec le bivouac[H 1]. À plusieurs centaines de mètres du site de la cachette, une habitation probable datant de l'Antiquité a été découverte[H 1].

Le trésor est montré au public au musée des antiquités de Rouen pour une exposition "Mon trésor" du au [C 1].

Constitution du trésorModifier

 
Répartition des monnaies du trésor dans le contenant.
 
Exemple de dépôt en sac durant l'Antiquité.

Le trésor comporte 14 528[C 1],[F 1] monnaies datées de 310 à 348, pour un poids total de 42 kg dont 3,8 kg pour le contenant[C 1],[A 7]. L'ensemble est conservé dans son contenant d'origine, soit une céramique commune[A 1]. Les archéologues estiment que l'accumulation des pièces a lieu entre 336 et 348, de par la présence de nombreuses pièces des années 330[A 8].

Les monnaies sont des nummi, pièces de bronze avec très peu d'argent, d'un poids de 3 grammes et de 18 mm de diamètre[B 1], introduites dans la décennie 330[G 4]. Les pièces sont accumulées sur une période de dix ans et déposées dans le vase dans de petites bourses[C 1] de tissu qui ont disparu[D 1]. Avec le temps, les éléments (écorce, cuir, papyrus, peau, tissu) qui constituent le sac se sont désagrégés et les pièces ont été libérées, mais en restant dans leur position d'origine[A 9]. Des épis de céréales semblent avoir volontairement été déposés dans le contenant pour en absorber l'humidité[A 10].

Le sac dénommé « Fait 100-101 » reposait sur un sédiment argileux[A 11]. Dans le sac « Fait 104 », une petite corde blanche est découverte, qui devait servir à nouer ce sac[A 12]. La majorité des couches ou « faits » sont séparés entre eux par de fines couches d'argile qui ont permis aux archéologues de séparer les différentes pièces « en vrac » par période[A 13].

Dès l'année 2013, 6 471 pièces sur 14 528, soit environ la moitié, sont déjà nettoyées et commencent à faire l'objet d'une restauration[F 1]. Une partie seulement des pièces sont identifiées, soit 1 971[F 1]. Les archéologues ont découvert au fond du récipient quelques rares pièces du dernier quart du IIIe siècle (antoninien et aureliani) et beaucoup de la première moitié du IVe siècle[F 1]. 5 pièces datent d'avant 294, une pièce est estimée entre 294 et 310, une pièce entre 310 et 313, 9 pièces entre 313 et 318, 227 pièces entre 318 et 324, 225 pièces entre 324 et 330, 1 204 pièces 330 et 335, 268 pièces entre 336 et 341 et 31 pièces entre 341 et 348[F 1]. Le possesseur antique ajoute et retranche des pièces[E 1] dans ce qui apparait comme une cachette[D 1].

Interprétation historiqueModifier

La découverte est parmi les plus importantes au plan européen selon la presse locale[E 1] ou un des plus « volumineux trésors monétaires découverts en France et en Europe pour cette période » selon Pierre-Marie Guihard et Guillaume Blanchet[F 1] car les trésors enterrés datant du IVe siècle sont rares dans le département de La Manche contrairement à ceux du IIIe siècle[G 2].

Dans l'Antiquité, il est courant d'enterrer son trésor puisqu'il s'agit du moyen le plus sûr pour le préserver[G 1]. Les pièces contenues à l'époque de l'enfouissement du trésor correspondent aux règnes des empereurs romains Constance II et de Constant Ier[A 14]. Une part importante des pièces déjà étudiées sont datées de la période 310 à 348 sont des imitations[F 1]. D'autres sont plus rares, comme celles frappées au nom de Flavius Dalmatius, appelé aussi Delmace, César de l'empereur romain Constantin Ier[F 1].

Différentes mentions sont retrouvées sur les pièces : pour l'ensemble 318-324 et 324-330 « Victoriae laet princ perp », « Beata tranquillitas », « Sarmatia devicta », « Providentiae augg / caess » ; post 330, c'est la mention « Gloria exercitus » sur le revers accompagnée d'enseignes ou de l'une des deux dénomination des suivantes « Urbs Roma » ou « Constantinopolis »[A 15].

Les pièces retrouvées sont frappées à Trêves, Lyon et Arles et accumulées en dix ans environ par une personne aux activités financières[D 1].

Le trésor « renseigne sur l'usage quotidien des pièces de monnaie pour les échanges »[D 1].

Notes et référencesModifier

  • La fouille du trésor monétaire de Saint-Germain-de-Varreville (Manche) : stratigraphie d’un pécule de 14 528 nummi (première moitié du IVe siècle)
  • « Le magot découvert par l’agriculteur enfin exposé »
  1. a b c et d Fresnais 2016.
  • 14000 pièces de monnaie du IVe siècle trouvées dans le Cotentin : le trésor de 42 kg livre ses secrets !
  • L'extraordinaire fouille du trésor de Saint-Germain de Varreville racontée dans un film
  1. a b c d e et f Puaud 2019.
  • Le trésor retrouvé en 2011 livre ses secrets
  • Saint-Germain-de-Varreville – La Grande Pièce, trésor monétaire
  • D’une perspective à l’autre. Le dépôt monétaire de ca 14500 nummi constantiniens découvert à Saint-Germain-de-Varreville (Manche, France)
  1. a b c et d Guihard et Blanchet 2019, p. 260.
  2. a b et c Guihard et Blanchet 2019, p. 262.
  3. Guihard et Blanchet 2019, p. 270.
  4. a et b Guihard et Blanchet 2019, p. 266.
  5. Guihard et Blanchet 2019, p. 270-271.
  • Saint-Germain-de-Varreville – La Grande Pièce, La Pièce à Trois Cornières
  1. a b et c Allinne 2013.

AnnexeModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexeModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

PresseModifier

  • Raphaël Fresnais, « Le magot découvert par l’agriculteur enfin exposé », Ouest-france,‎ (lire en ligne, consulté le ).  .
  • Pierre-Marie Puaud, « L'extraordinaire fouille du trésor de Saint-Germain de Varreville racontée dans un film », France 3,‎ (lire en ligne, consulté le ).  .
  • Rédaction La Presse de la Manche, « 14000 pièces de monnaie du IVe siècle trouvées dans le Cotentin : le trésor de 42 kg livre ses secrets ! », Actu.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).  .
  • La Manche Libre, « Le trésor retrouvé en 2011 livre ses secrets », La Manche Libre,‎ (lire en ligne, consulté le ).  .

ArticlesModifier

  • Cécile Allinne, « Saint-Germain-de-Varreville – La Grande Pièce, La Pièce à Trois Cornières », ADLFI. Archéologie de la France - Informations, no 3470,‎ (lire en ligne, consulté le ).  .
  • Pierre-Marie Guihard, Cécile Allinne et Éric Broine, « La fouille du trésor monétaire de Saint-Germain-de-Varreville (Manche) : stratigraphie d’un pécule de 14 528 nummi (première moitié du IVe siècle) », Annales de Normandie,‎ , p. 3-25 (ISSN 0003-4134, DOI 10.3917/annor.631.0003, lire en ligne, consulté le ).  .
  • Pierre-Marie Guihard et Guillaume Blanchet, « D’une perspective à l’autre. Le dépôt monétaire de ca 14500 nummi constantiniens découvert à Saint-Germain-de-Varreville (Manche, France) », Too Big to Study? Troppo grandi da studiare?, EUT Edizioni Università di Trieste,‎ , p. 259-279 (ISBN 9788855110167, lire en ligne, consulté le ).  .
  • Pierre-Marie Guihard et Guillaume Blanchet, « Saint-Germain-de-Varreville – La Grande Pièce, trésor monétaire », ADLFI. Archéologie de la France, no 3336,‎ (lire en ligne, consulté le ).  .

Sites internetModifier