Soldats japonais restants

Les soldats japonais restants (残留日本兵, zanryū nipponhei?), aussi appelés stragglers (« traînards ») en anglais, sont des soldats de l'armée impériale japonaise de la guerre du Pacifique qui ont continué à se battre après la capitulation du Japon d'.

Hirō Onoda (1922-2014) a continué le combat pendant 29 ans de 1945 à 1974.

DescriptionModifier

Les raisons de la poursuite de la guerre par ces hommes sont soit un fort dogmatisme, soit leur adhésion à des principes militaires qui les ont empêchés de croire en une défaite de leur pays, soit leur ignorance de la fin de la guerre à cause de communications coupées entre eux et le Japon, dans le cadre de la stratégie du saute-mouton utilisée par les États-Unis pendant la guerre.

Ces soldats ont continué à combattre les forces d'occupation, puis plus tard la police, des années après la fin de la guerre. D'autres soldats japonais récalcitrants à la fin de la guerre se sont engagés dans la guerre d'Indochine et la révolution nationale indonésienne pour libérer l'Asie de la présence occidentale, un des buts poursuivis par l'Empire du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale.

Teruo Nakamura, qui vivait sur l'île de Morotai, en Indonésie, et se rend en , est le dernier straggler confirmé.

Hirō Onoda, qui s'est rendu sur l'île de Lubang, aux Philippines, en , est l'avant-dernier straggler confirmé et est mort en .

Soldats japonais toujours en guerre après la fin de la Seconde Guerre mondialeModifier

Cent vingt-sept soldats nippons ont été retrouvés, de 1947 à 1974, errant dans différentes îles d’Asie du Sud-Est[1].

1945-1949Modifier

  • Le capitaine Sakae Ōba, qui dirige sa compagnie de 46 hommes dans une guérilla contre les troupes américaines après la bataille de Saipan, ne se rend que le , trois mois après la fin de la guerre.
  • Le major Sei Igawa (井川 省?) s'engage dans l'armée Viet Minh comme officier d'état-major. Igawa est tué lors d'une bataille contre les Français en 1946[2],[3].
  • Le lieutenant de marine Hideo Horiuchi (堀内 秀雄?) s'engage comme lieutenant-colonel dans l'armée de volontaires indonésienne. Horiuchi est arrêté par les troupes hollandaises le , alors qu'il est soigné dans un village.
  • Le lieutenant Ei Yamaguchi et ses 33 soldats se manifestent à Peleliu à la fin du mois de en attaquant le détachement de Marines stationnés sur l'île. Des renforts sont envoyés avec un amiral japonais qui réussit à les convaincre que la guerre est finie. Ils se rendent finalement en .
  • Le , l'Associated Press rapporte que deux soldats japonais se sont rendus à des policiers de Guam.
  • Yamakage Kufuku et Matsudo Linsoki, deux mitrailleurs de la Marine impériale japonaise, se rendent à Iwo Jima le .

Années 1950Modifier

  • Le major Takuo Ishii (石井 卓雄?) continue à combattre en tant que conseiller pour les Viet Minh et chef d'état-major. Ishii est tué lors d'une bataille contre des soldats français, le [2],[3].
  • L'AP rapporte le qu'un sergent de marine japonais qui s'était rendu deux semaines auparavant à Anatahan affirme que 18 autres soldats se trouvent encore sur l'île. Un avion de l'U.S. Navy qui, à la suite de cela, survole l'île voit en effet un groupe de huit ou neuf Japonais agiter des drapeaux blancs sur la plage. Cependant, la Navy reste prudente car le sergent avait averti que les soldats étaient « bien armés et que certains avaient menacé de tuer tout le monde si quelqu'un envisageait de se rendre. Les chefs affirment que la guerre est toujours en cours. » La Navy envoie un bateau, le Cocopa, sur l'île dans l'espoir de récupérer quelques-uns ou tous les soldats sans incident. L'occupation japonaise de l'île inspirera le film Fièvre sur Anatahan.
  • Le soldat de première classe Yūichi Akatsu continue à combattre sur Lubang de 1944 jusqu'à sa reddition, dans le village philippin de Looc en [4].
  • Le caporal Shōichi Shimada (島田 庄一?) continue à se battre sur Lubang jusqu'à sa mort lors d'une escarmouche avec les soldats philippins, en [5].
  • Le lieutenant Kikuo Tanimoto (谷本 喜久男?) devient conseiller et commandant Viet Minh. Tanimoto retourne au Japon en 1954, après l'indépendance du Viêt Nam.

Années 1960Modifier

  • Le soldat Bunzō Minagawa résiste jusqu'en sur l'île de Guam[6].
  • Le sergent Masashi Itō, supérieur de Minagawa, se rend quelques jours plus tard, le , sur l'île de Guam[7].

Années 1970Modifier

  • Le caporal Shoichi Yokoi, qui servait sous les ordres d'Ito, est capturé sur l'île de Guam en [8].
  • Le soldat première classe Kinshichi Kozuka aura tenu avec Hirō Onoda pendant 28 ans, jusqu'à sa mort lors d'échanges de coups de feu avec la police philippine, en [9].
  • Le lieutenant Hirō Onoda, isolé sur l'île de Lubang à partir du mois de avec Akatsu, Shimada et Kozuka jusqu'en , est relevé de ses fonctions par son ancien officier en [5].
  • Le soldat Teruo Nakamura (Amis : Attun Palalin) est découvert par les forces aériennes indonésiennes à Morotai et se rend à une patrouille de recherche le [10].

Années 1980Modifier

  • L'Agence France-Presse rapporte en 1980 que le capitaine Fumio Nakahara vit toujours sur le mont Halcon (en), aux Philippines. Une équipe de chercheurs menée par Isao Mayazawa, un ancien compagnon d'armes de Fumio Nakahara, pense avoir découvert sa hutte[11],[12]. Cependant, aucune preuve de survie du soldat japonais au-delà de 1980 n'existe.

Dans la culture populaireModifier

Dans Le Repaire du Katana, le deuxième tome de la bande dessinée Adler de René Sterne, les héros découvrent un soldat japonais, gardant une base secrète sur une île du Pacifique et ignorant que la guerre est terminée.

Dans le domaine des jeux vidéo, le jeu Just Cause 2 présente une île peuplée de vieux soldats japonais refusant de croire à la fin de la guerre.

Dans la série animée Archer, lors de l'épisode The Holdout, l'un des personnages secondaires, Sato Kentaro, est présenté comme étant un straggler.

Le deuxième album de la bande dessinée Le Dernier Kamikaze (de Jean-Yves Mitton et Félix Molinari) intitulé Les Fantômes du Pacifique évoque un soldat japonais encore présent sur une île déserte, qui agresse des touristes occidentaux dans les années 1990 ou 2000.

En 1981, dans le film Salut l'ami, adieu le trésor, avec Bud Spencer et Terrence Hill, les protagonistes à la recherche d'un trésor datant de la Seconde Guerre mondiale rencontrent un soldat japonais isolé dans un fort qui ignorait que la guerre avait pris fin.

Hirō Onoda fait l'objet du film Onoda, 10 000 nuits dans la jungle d'Arthur Harari, sorti en 2021. Le film relate son entraînement militaire, puis sa vie sur l'île de Lubang, des dernières semaines de la guerre jusqu'à sa reddition, en 1974[13].

Notes et référencesModifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Japanese holdout » (voir la liste des auteurs).
  1. Philippe Pons, « Les samouraïs oubliés de la guerre du Pacifique », Carnets d’Indonésie (5/6), sur Le Monde, (consulté le ).
  2. a et b (en) « ベトナム独立戦争参加日本人の事跡に基づく日越のあり方に関する研究 », 井川 一久, Tokyo foundation,‎ (consulté le )
  3. a et b (en) « 日越関係発展の方途を探る研究 ヴェトナム独立戦争参加日本人―その実態と日越両国にとっての歴史的意味― », 井川 一久, Tokyo foundation,‎ (consulté le ) [PDF]
  4. "Three Jap Stragglers Hold Out on Tiny Isle", The Lima (O.) News, 8 avril 1952, p. 5
  5. a et b "Onoda Home; 'It Was 30 Years on Duty'", Pacific Stars and Stripes, 14 mars 1974, p. 7
  6. "Japanese Soldier Finds War's Over", Oakland Tribune, 21 mai 1960, p. 1
  7. "Straggler Reports to Emperor", Pacific Stars and Stripes, June 8, 1960, p. 1
  8. Kristof, Nicholas D. "Shoichi Yokoi, 82, Is Dead; Japan Soldier Hid 27 Years", New York Times. 26 septembre 1997.
  9. "The Last PCS for Lieutenant Onoda", Pacific Stars and Stripes, 13 mars 1974, p. 6
  10. "The Last Last Soldier?", TIME, 13 janvier 1975
  11. "Still fighting, 35 years after V-J day", Finger Lakes Times. 10 avril 1980, p. 1
  12. Soldier's hut found in Philippines, Milwaukee Sentinel 5 avril 1980, part 1, p. 3
  13. Mathieu Macheret, « Cannes 2021 : avec « Onoda », Arthur Harari filme l’épopée du soldat oublié », sur lemonde.fr, (consulté le ).

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier