Ouvrir le menu principal

Roman romantique (France)

(Redirigé depuis Roman romantique)
Chateaubriand, Stendhal, Balzac, Victor Hugo.

Le chef de file de l'époque romantique est Victor Hugo, affirme-t-on le plus souvent. Cette période est cependant marquée par d'autres grandes figures de l'écriture romanesque : Chateaubriand, Stendhal, Honoré de Balzac.

Le roman en France connaît à l'époque romantique un important renouvellement. On peut sommairement distinguer trois principales formes romanesques nouvelles.

Le roman «de l'âme»Modifier

On citera d'abord le « roman de l'âme », qu'il soit à la « première personne » (narrateur et personnage principal confondus) ou à la « troisième personne » (narrateur distinct du personnage).

Ce type de roman représente la subjectivité d'un individu en rupture avec le monde environnant. Par exemple, René de Chateaubriand, Corinne de Germaine de Staël, Oberman de Senancour... L'écart entre l'individu et le monde se traduit alors souvent par une pathologie qui peut être décrite de façon objective ou distanciée (comme l'impuissance du héros dans Armance de Stendhal ou la faiblesse de caractère dans Adolphe de Benjamin Constant). Dans ces romans, l'intérêt du lecteur porte ainsi sur la singularité subjective d'un individu qui, bien loin de se présenter comme un modèle plus ou moins héroïque, apparaît comme essentiellement différent des autres à cause d'une « maladie de l'âme » (comme la mélancolie de René ou la folie chez Gérard de Nerval) qui l'éloigne des autres hommes.

Le roman réalisteModifier

Une deuxième forme romanesque originale est le roman réaliste dont les deux grands représentants sont Stendhal et Balzac.

Stendhal met l'accent sur la dimension explicative du comportement des personnages (en particulier dans le Rouge et le Noir) : il analyse les différents facteurs qui pèsent sur les comportements individuels, qu'il s'agisse de l'histoire personnelle, de la position sociale, des relations inter-individuelles ou même du déroulement aléatoire des événements. Il révèle ainsi au lecteur ce que les différents personnages ignorent soit d'eux-mêmes (car l'individu stendhalien ne se connaît qu'en partie) soit des autres (dont il n'aperçoit que les réactions extérieures).

Chez Balzac, le monde objectif dans sa diversité et ses particularités devient un élément essentiel de la représentation romanesque : la description va alors s'attacher à des détails extérieurs (gestes, attitudes des personnages, habits et modes d'être, décors...) qui peuvent paraître à première vue insignifiants mais dans lesquels le romancier découvre un sens caché, une « harmonie » qui révèle l'intériorité masquée des personnages. C'est le cas en particulier du Lys dans la vallée, et de Illusions perdues.

Romanciers réalistes, Stendhal et Balzac se caractérisent ainsi par leur « omniscience », c'est-à-dire leur capacité à décrire le monde objectif dans ses multiples dimensions, mais également à dire le sens de ce monde qui échappe pourtant aux individus qui en font partie.

Le roman de fictionModifier

La troisième grande forme romanesque est celle d'une fiction qui se dégage de toute espèce de vraisemblance au profit d'un déploiement imaginaire qui pourra aller jusqu'au fantastique.

Honoré de Balzac, inspiré par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann produit dans cet esprit : La Peau de chagrin, l'Auberge rouge et la plupart de ses œuvres philosophiques. Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris plonge dans un monde différent, inquiétant, dans un Moyen Âge sombre et terrifiant directement inspiré de Walter Scott. Avec Théophile Gautier, le fantastique sera assumé comme tel, et ce sera au lecteur à affronter un monde irréel (par exemple l'hallucination dans le Club des Hachichins ou bien une Morte amoureuse dans la nouvelle du même nom) et surtout à lui donner un sens qui ne sera d'ailleurs pas nécessairement partagé par les autres lecteurs.

Ainsi, ce type de roman repose sans doute moins sur le partage de certaines valeurs morales et intellectuelles (il n'y a ni « message » à transmettre ni modèle de comportement à admirer) que sur une identification émotionnelle où se mélange à la fois le rejet (puisque le lecteur est confronté à l'altérité) et la fascination (puisqu'on y devine néanmoins des passions humaines).

La confrontation à l'altéritéModifier

Dans ces trois types de romans, le lecteur est confronté non plus à des personnages qui lui sont proches comme au XVIIIe siècle (parce qu'appartenant au même monde social ou bien partageant les mêmes valeurs comme dans la Nouvelle Héloïse de Rousseau) mais à des personnages différents, à une altérité humaine, psychologique ou sociale.

BibliographieModifier

  • Michel Condé, La Genèse sociale de l'individualisme romantique, Tübingen, Niemeyer (Mimesis), 1989, lire en ligne.
  • Jacques Dubois, Les romanciers du réel, Paris, Seuil, coll. « Points », 2000.
  • Philippe Van Tieghem, Le Romantisme français, Paris, Presses Universitaires de France, 1957 (chapitre V).
  • V.-L. Saulnier, La littérature française du siècle romantique : depuis 1802, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », n° 156, 1948, 136 p.

Articles connexesModifier