Référendum sur l'indépendance du Timor oriental

Référendum sur l'indépendance du Timor oriental
30 août 1999
Corps électoral et résultats
Inscrits 451 792
Votants 438 968
98,60 %
Autodétermination
Autonomie
21,50 %
Indépendance
78,50 %

Le référendum sur l'indépendance du Timor oriental a lieu le au Timor oriental. La population est appelée à se prononcer pour un statut de province autonome au sein de l'Indonésie ou, en cas de rejet, l'indépendance du Timor.

Le référendum donne une très large majorité en faveur de l'indépendance du pays, mettant fin à la période résultant de l'invasion indonésienne du Timor oriental. Malgré le fait qu'il se tient pendant une période de massacres à grande échelle et de sacs systématiques des grandes villes par l'armée indonésienne, le scrutin conduit à l'indépendance du Timor oriental le .

HistoireModifier

Occupation indonésienneModifier

Le Timor-Leste est colonisé en 1586 par les Portugais, et ce jusqu’à la Révolution des Œillets en 1974, à l’exception de l’occupation japonaise (1942-1945). Le Portugal se retira du Timor-Leste à la suite de sa révolution et proclama l’importance de l’autodétermination de ses colonies. Au même moment, au cours de l'année 1975, l’Indonésie envahit le Timor-Leste, un geste facilité par l’absence de pouvoir à la tête du gouvernement portugais. De plus, l’Indonésie reçut l’appui des États-Unis pour l'invasion car le pays prétextait aider à cesser la guerre civile timoraise. Annexé formellement en 1976, seule l’Australie reconnait officiellement la souveraineté de l'Indonésie sur la région.

Au début de la colonisation indonésienne, deux partis politiques timorais ont fait leur apparition, l’Union démocratique timoraise (UDT) et le front révolutionnaire pour l'indépendance du Timor oriental (FRETILIN). Ces deux partis s’entendent sur la nécessité de l'autodétermination du pays, mais pas sur les conséquences de ce choix. L’UDT, plus conservatrice, est favorable à un rattachement à l’Indonésie, tandis que le FRETILIN est en faveur d'une république autonome. Malgré tout, les deux partis coexistent quelque temps jusqu’à ce que l’UDT décide de faire un coup d’État le . Ce coup d'État mène à une guerre civile de trois semaines, qui cause la mort de 2 000 à 3 000 personnes et pousse 5 000 timorais à s’exiler vers le Timor occidental ou Darwin, selon la Croix Rouge Internationale[1]. C’est ainsi qu’en , le FRETILIN arrive à la tête du Timor-Leste, appuyé par une majorité de la population. Quant à l’Indonésie, elle soutient qu'elle avait envahi le Timor-Leste pour aider à la décolonisation, point de vue contesté par le FRETILIN, qui considère cette présence comme une seconde colonisation.

Le , les Timorais décident de déclarer leur indépendance, dans le but utopique d’empêcher une invasion indonésienne. Le président indonésien, le général Suharto, est alors déterminé à prendre possession du Timor Leste, qu’il voit comme une opportunité. Quelques jours plus tard, le , l’armée indonésienne lançe la plus grosse opération militaire de son histoire. Un an après le début de l’offensive, les soldats envahisseurs sont au nombre de 32 000 hommes, c’est-à-dire plus de 10% de ses hommes sur un territoire ne correspondant qu’à 0.7% de son pays. On estime un soldat pour 20 Timorais[2]. En l'espace d’une année, 60 000 Timorais auraient perdu la vie[2]. De plus, entre 1975 et 1981, on estime que près du tiers de la population pré-invasion, soit 200 000 personnes, ont été massacrées[3].

Sous Suharto, l’Indonésie s’efforça énormément de faire de la population timoraise des sujets indonésiens. Les Timorais furent ainsi maltraités, voir dénués des droits fondamentaux de l’homme pour les contraindre à adopter la nationalité indonésienne. Aussi, les Timorais furent largement écartés des positions de pouvoir, qui étaient réservées aux Indonésiens de souche. Leurs ressources (café, bois de santal, teck, prospections minières, cocotiers et marbre) furent monopolisées par les compagnies indonésiennes où une infime partie des Timorais pouvaient y travailler au bas de l’échelle. Toute autre activité lucrative était aux mains des proches de Suharto, ou de militaires indonésiens. La population locale vivant de l’agriculture fut aussi touchée par les politiques visant à les appauvrir. Plusieurs famines touchèrent le Timor-Leste dû au fait que les habitants furent incarcérés par l’Indonésie, les empêchant de cultiver leurs propres terres. De ce fait, en 1991, une loi agricole fut mise en place. Elle interdisait les étrangers de cultiver les terres, forçant ainsi les Est-Timorais à adopter la nationalité indonésienne s’ils voulaient garder ce qui leur appartenait de facto.

Les répressions indonésiennes furent fréquentes tout au long de la colonisation. Malgré les mesures de terreur venant de l’Indonésie, les Timorais ont fait comprendre au monde qu’ils se battraient pour leur autodétermination. Le FALINTIL, la branche militaire du FRETILIN, se rebelle contre son colonisateur. Celle-ci a donc réprimé, souvent violemment, les soulèvements du peuple est-timorais. Ce fut, entre autres, le cas du massacre du cimetière de Santa Cruz (en) de 1991. L’armée indonésienne a ouvert le feu sur un groupe de manifestants est-timorais et a tué par le fait même près de 200 personnes[4]. L’événement fit le tour du monde. Une enquête fut donc lancée pour étudier les événements du cimetière. Elle a conclu que le massacre fut une réaction abusive de la part des Indonésiens, et punit quelques généraux.

En plus des massacres, l’Indonésie a condamné et a emprisonné les Timorais. La population, apeurée, a fui pour se réfugier dans les montagnes. On compte aussi entre 200 000 et 300 000 habitants décédés ou portés disparus en 1991[5]. Plusieurs caractéristiques d’un génocide furent également observées à cette époque, telles que la classification, la discrimination et la déshumanisation[6].

Ce que l’Indonésie n’avait pas prévu, c’est que leur présence a grandement contribué à l’identité des Timorais. Alors que l’Indonésie est majoritairement musulmane, les Timorais ont adopté le catholicisme pour se distinguer de leur colonisateur. En 1974, on estimait à environ 30% le nombre de catholiques est-timorais alors que le reste était animiste[7]. En 1999, on estimait que 90% de la population était catholique[5]. Le catholicisme a joué un rôle majeur auprès du désir d’indépendance chez les jeunes et les étudiants, car plus prônés à se révolter contre l’Indonésie. Le Secours Catholique a aussi joué un rôle dans la christianisation du peuple est-timorais. En 1989, le Timor-Leste a reçu la visite du pape et en 1991, il proteste contre le massacre de Santa Cruz[8].

En 1992, la Commission des droits de l’homme a envoyé une délégation pour y observer la situation. À la suite de la constatation de graves violations des droits de la personne, dont une violation de la Convention de Genève de 1949 sur la protection des civils et des prisonniers, la Commission préconise donc l’indépendance du peuple et l’autodétermination, l’accès au pays des organisations de bienfaisances, le respect des droits humanitaires, etc.

En 1993, on tenta de réconcilier l'Indonésie et le Timor Oriental en vain.

Soutien internationalModifier

Un autre aspect de ce parcours vers l’indépendance est le rôle qu’a joué la communauté mondiale. Le Portugal s’est battu pour son ancienne colonie. En effet, l’ancien colonisateur avait promis de promouvoir et de garantir l’autodétermination et l’indépendance du Timor-Leste. Toutefois, la tâche ne fut pas facile, le Portugal a travaillé pendant de nombreuses années pour en discuter. Dans les années 1980, l’ancienne colonie a tenté de rallier une partie de l’Europe pour proscrire le manquement du respect des droits de la personne au Timor-Leste et de son annexion forcée[9]. De plus, les négociations entreprises entre l’ancien colonisateur et le nouveau entamées en 1983 allaient perdurer plus longtemps que prévu, puisque les deux partis ne s’entendaient pas.

Le Portugal a sommé l’Indonésie de retirer ses troupes armées du territoire est-timorais et d’arrêter de maltraiter la population locale, ce qui n’a pas porté ses fruit.

Face à cette sourde oreille, le Portugal a donc fini par accuser devant la Cour Internationale l’Indonésie pour manquement aux droits de l’homme.

En plus du Portugal, les organisations non gouvernementales (ONG) ont aussi joué un grand rôle dans la lutte vers l’indépendance du Timor-Leste. Grâce à eux, une conscience universelle du Timor a pu réellement s’installer. En 1996, le prix Nobel de la paix a été attribué à Mgr Carlos Ximenes Belo et José Ramos Horta, tous deux défenseurs de l’indépendance timoraise à la suite de cette prise de conscience.

Les ONG ont protesté contre l’envahissement du Timor de plusieurs façons ; elles ont étudié les problèmes, ont écrit sur le sujet et ont dénoncé les multiples problèmes qu’avait engendré l’annexion forcée. Pour ce faire, les organisations ont donc demandé l’accès au territoire, chose qui n’a pas été donnée par l’Indonésie de plein gré. Il a fallu que l’ONU et le comité des droits de l’homme interviennent pour que finalement ces organisations puissent agir sur le terrain[8].

Tenue du référendumModifier

 
Bulletin de vote utilisé.

Suharto fut remplacé par Habibie. Celui-ci, plus souple que son prédécesseur, a essayé de redorer l’image de son pays face au monde. Il considérait que le Timor-Leste était devenu un fardeau pour l’Indonésie, surtout en période de crise économique en 1997. Il proposa donc un projet de statut spécial pour le Timor. Ce projet permettait d’éviter l’autonomie, l’autodétermination et l’indépendance en 1998. Il annonça également que l’Indonésie allait libérer ses prisonniers et réduire ses troupes militaires sur le terrain. Toutefois, les indépendantistes timorais ont catégoriquement refusé ce projet puisqu’ils voulaient absolument un référendum.

Le de cette année, le comité spécial pour l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux a discuté avec différents pétitionnaires pour savoir ce qu’ils pensaient des annonces d’Habibie concernant le Timor-Leste. Les réponses furent variées, certains pensaient que c’était une ouverture à des négociations tandis que d’autres ont interprété les messages du président indonésien comme manipulateurs[10]. Durant cette assemblée générale, il fut proposé qu’un tribunal international pour les crimes envers le peuple est-timorais soit mis en place et décidé le lancement d'une mission pour le maintien de la paix.

Un mois plus tard, le , le Portugal et l’Indonésie ont signé à New York une entente. Elle visait à coucher sur l’encre les promesses de libération des prisonniers et la réduction des troupes armées. Toutefois, l’Indonésie n’a pas tenu ses promesses. Elle a augmenté le nombre de troupes militaires sur le territoire timorais et n’a pas libéré ses prisonniers. De plus, elle a exigé des fonctionnaires timorais une grande loyauté envers elle sous peine de les forcer à démissionner.

Malgré cela, le , fut signé par le Portugal, l’Indonésie et le secrétaire général des Nations unies[11] l’accord permettant un référendum d’autodétermination. Le comité étudiant la situation a dû faire face à plusieurs pétitionnaires proclamant une faille majeure dans le projet du statut spécial. L’ONU avait demandé à l’Indonésie de s’occuper de la sécurité de la population timoraise durant cette préparation. Pour les pétitionnaires, leur confier cette tâche ne finirait pas bien, étant donné les violences perpétrées sur le peuple est-timorais durant les deux dernières décennies.

Les choses ont été difficiles pour la préparation au scrutin. Faire dépendre la sécurité des Timorais des Indonésiens a créé un climat social difficile. La violence est montée en flèche. Des milices pro-indonésiennes ont perpétré des actes de terrorisme sur la population est-timoraise, l’armée indonésienne a ajouté son lot d’intimidation et des groupes pro-intégrationnistes ont tenté de gâcher le référendum. Même la FALINTIL a repris ses attaques pour forcer la communauté internationale à envoyer des renforts afin d’assurer la paix. En tout, 60 000 personnes furent déplacées, la majorité au Timor occidental[12]. 90 000 autres, c’est-à-dire plus de 10% de la population de l’époque, se sont réfugiés dans les montagnes[13]. L’UNAMET, l’équipe de l’ONU responsable de la préparation du référendum a pu constater en arrivant sur le territoire timorais les problèmes sociaux qui entouraient la préparation.

Malgré les pressions et la violence, 98% de la population du Timor-Leste, incluant ses réfugiés, s’est présenté au scrutin qui se déroula le [13]. Concernant lesdits réfugiés, l’Indonésie avait jugé que 95% d’entre eux voulaient rester sous leur coupe[14]. La majorité des réfugiés ont par la suite avoué à la presse avoir menti à ce sujet, par peur de représailles sévères. De plus, la milice indonésienne a refusé à 30 000 Timorais de passer la frontière entre le Timor Leste et le Timor occidental pour le vote, ils accusaient ces gens de tenter de saboter le référendum[15]. Aussi, parmi les 113 794 réfugiés qui ont participé au vote parmi, on retrouvait des militaires et des fonctionnaires indonésiens, en plus de Timorais occidentaux qui se sont fait passer pour des Est-Timorais pour bénéficier d’aide internationale[15].

Malgré les tentatives de sabotage du référendum faite par l’Indonésie, les résultats des votes démontraient que 78.5% étaient pour l’indépendance contre 21.5% pour l’autonomie[13].

RésultatsModifier

Référendum de 1999[16]
Choix Votes %
Pour l'indépendance 344 980 78,50
Pour l'autonomie 94 388 21,50
Total 438 968 100
Abstention 12 824 1,40
Inscrits / Participation 451 792 98,60
Indépendance
94 388
(78,50 %)
Autonomie
344 980
(21,50 %)
Majorité absolue

SuitesModifier

Ce que la communauté internationale n’avait pas prévu était le nettoyage politique que l’Indonésie avait organisé des mois avant le référendum. En effet, le colonisateur avait décidé en cas de vote majoritaire pour l’indépendance de ruiner sa colonie et de déporter des habitants est-timorais. Ce plan fut mis en action avant même que les résultats ne soient compilés. Selon l’ONU, les chiffres des déportations s’élèvent à plus de 200 000 personnes[17], sans compter les 250 000 qui se sont réfugiés dans les montagnes pour échapper à la situation[18]. De plus, on recensa plus de 2 000 morts, sans compter de nombreux viols[14].

L’armée indonésienne a détruit un grand nombre de bâtiments sur le territoire du Timor-Leste ; des écoles, des bâtiments administratifs, des archives et même des maisons furent démolis durant ce nettoyage. Des semaines avant le vote, l’armée avait installé des matières inflammables près de ces bâtiments pour faciliter leur destruction.

Face à ce nettoyage, l’ONU demanda à l’Indonésie l’évacuation du territoire, mais elle se heurta à une partie de son personnel qui refusa d’exécuter cet ordre.

La communauté internationale a fortement réagi face à ce nettoyage politique. Elle s’est mobilisée, et l’Australie s’est portée volontaire pour commander et fournir une équipe de renforcement de la paix. Cette force armée pour la paix se nommait INTERFET. Elle avait pour but de restaurer la paix et la sécurité, protéger et soutenir la MINUTO et d’aider les ONG[19]. Elle força donc l’armée et les milices indonésiennes de se retirer, elle retira les armes des deux partis, incluant le FRETILIN, et surveilla de près la frontière entre le Timor-Leste et le Timor occidental. Elle tenta aussi de faire revenir les réfugiés, sans grand succès. Toutefois, pour les Est-Timorais, c’était trop tard.

La reconstruction fut difficile, il a fallu reconstruire les deux tiers des bâtiments détruits au cours du nettoyage politique[20]. Les archives devaient aussi être restaurées. Il a fallu aussi former les Timorais à l’administration, chose qui n’a pas été possible durant la colonisation indonésienne dû au fait qu’ils avaient été écartés du système.

En 2001, le président de l’assemblée générale de l’ONU, Harri Holkeri, s’est rendu en Indonésie pour discuter de différentes questions concernant le Timor-Leste ; la sécurité dans les camps de réfugiés et celle des réfugiés désirant rentrer au pays, prendre des mesures juridiques envers les responsables d’attaques contre des agents d’ONG et la prévention d’incursions transfrontalières.

Malgré la lutte difficile et sanglante pour son indépendance, ce ne fut officiellement qu’en que le Timor-Leste devint réellement un pays à part entière.

Notes et référencesModifier

BibliographieModifier

  • Alvaro Vasconcelos, « L'intervention au Timor et le multilatéralisme possible », Politique étrangère, vol. 65, no 1,‎ , p.135–149 (lire en ligne).
  • Frédéric Durand, « Timor Loro Sa'e : la déstructuration d'un territoire », Lusotopie, vol. 8, no 1,‎ , p.215–232 (lire en ligne).
  • Raymond Goy, « L'indépendance du Timor oriental », Annuaire Français de Droit International, vol. 45, no 1,‎ , p.203–225 (lire en ligne).
  • Gouvernement du Canada, «Force internationale au Timor-Oriental (INTERFET) », sur www.canada.ca (lire en ligne)
  • Organisation des Nations unies, «Le Président de l'Assemblée générale de l'ONU se rend à Singapour, au Timor Oriental et en Indonésie», sur www.un.org (lire en ligne)
  • Organisation des Nations unies, «Comité de la décolonisation: les pétitionnaires dénoncent les exactions de l'armée indonésienne au Timor Oriental et demandent des mesures rigoureuses», sur www.un.org (lire en ligne)
  • Organisation des Nations unies, «Les manifestations d'ouverture du gouvernement indonésien sur le Timor Oriental suscite des réactions des réactions divergentes des pétitionnaires», sur www.un.org (lire en ligne)
  • Musée Holocauste Montréal, «Les dix étapes d'un génocide», sur www.genocide.mhmc.ca (lire en ligne)