Pose (arts visuels)

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Dans les arts visuels, la pose est l'attitude statique qu'une personne prend afin qu'on puisse dessiner, peindre, photographier ou sculpter d'après ce qu'on voit, aussi bien que la posture d'une figure dans l'œuvre terminée[1].

Pose d'une modèle dans un atelier d'artiste.

La notion de pose s'oppose à celle de « pris sur le vif », dans l'action, en mouvement [2]. Au théâtre, l'immobilisation de tous les comédiens dans une pose est un tableau.

Les modèles, pour les beaux-arts, et mannequins, pour la mode, sont des professionnels de la pose, mais ils n'en ont pas l'exclusivité. On peut poser pour un portrait, pour un selfie.

À propos de photographie, Roland Barthes écrit : « dès que je me sens regardé par l'objectif, tout change : je me constitue en train de « poser », je me fabrique instantanément un autre corps, je me métamorphose à l'avance en images[3] ». Savoir poser, c'est-à-dire adopter une attitude intéressante ou photogénique, est une compétence qu'il faut utiliser à bon escient. On appelle « poseur » une « personne qui étudie ses attitudes, ses gestes, ses regards pour produire de l'effet[4] ». Cependant, au XIXe siècle; « poseur », « poseuse » peut désigner aussi un modèle posant pour les artistes[5].

Le travail du modèle pour le dessin, la peinture ou la sculpture comporte en plus la nécessité de tenir la pose, c'est-à-dire de rester immobile pendant une durée variant de quelques minutes à plusieurs heures avec répits d'un quart d'heure à chaque heure, ce qui est difficile et douloureux quelle que soit la posture.

Lessing a donné une théorie de la pose pour la peinture d'histoire. Selon lui, la meilleure pose représente, non pas l'instant fatal, mais un autre, qui le précède ou le suit, où le spectateur peut croire que l'action est momentanément suspendue, et en voit assez pour pouvoir se l'expliquer[6].

On parle de « pose académique » pour une attitude préconisée par l'enseignement artistique le plus officiel. Selon l'orientation de l'Académie, ce terme souvent employé péjorativement peut avoir deux significations pratiques. Pour un enseignement artistique de tendance classique, la pose préférée reprend les postures des œuvres du passé, notamment la statuaire antique : la pose de l'Apollon du Belvédère, par exemple. Quand l'institution valorise, comme le maniérisme, l'apprentissage technique et la virtuosité, les poses « académiques » sont celles « dans lesquelles on remarque cette recherche de beaux développements, d'attitudes difficiles à rendre et parfois désordonnées[7] ». L'expression « pose académique » peut s'appliquer à toute posture hypercorrecte, au théâtre, en danse, en équitation, etc.

RéférencesModifier

  1. Ségolène Bergeon-Langle et Pierre Curie, Peinture et dessin, Vocabulaire typologique et technique, Paris, Editions du patrimoine, , 1249 p. (ISBN 978-2-7577-0065-5), p. 265; ; André Béguin, Dictionnaire technique du dessin, MYG, , 2e éd., p. 377; André Béguin, Dictionnaire technique de la peinture, , p. 621 ; Trésor de la langue française « Pose ».
  2. Bergeon-Langle et Curie 2009.
  3. Roland Barthes, La chambre claire, , p. 23.
  4. Émile Littré, Dictionnaire, tome III p. 1230.
  5. Attesté dans Émile de La Bédollière, « Le modèle », dans Les français peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du dix-neuvième siècle, t. 2, 1840-1842 (lire en ligne), p. 7.
  6. Dans Laocoon, 1766, cité par Carole Halimi, « L'artifice du « tableau » au théâtre : du texte à la photographie », dans Les Archives de la mise en scène: Hypermédialités du théâtre, (lire en ligne).
  7. « …, qui sont trop ordinaires au modèle que l'on pose à l'Académie pour la leçon des élèves » (Jean-Baptiste-Bon Boutard, Dictionnaire des arts du dessin, Paris, (lire en ligne), p. 544 « Pose »).