Pistolérisme

phénomène typique des années 1919 à 1923 en Espagne et particulièrement important en Catalogne
Ojo por ojo (Œil pour œil), une affiche (sans doute de la CNT) contre le pistolérisme dans les années 1920.

Le pistolérisme (de l'espagnol pistolero, tireur), est un phénomène typique des années 1919 à 1923 en Espagne et particulièrement important en Catalogne[1].

Le terme se réfère à l'utilisation par le patronat d'hommes de main pour exécuter des syndicalistes ouvriers : « liquider les meneurs et terroriser les militants »[2]. La police abat de sang-froid des ouvriers après leur arrestation[3] ou lors d'un transfert, une balle dans le dos (loi des fuites (ca) imaginée par le général Martínez Anido en 1920).

Les syndicats répondent par la création de leurs propres « groupes d'action »[4] dont les plus notoires sont Los Justicieros (1920) et Los Solidarios (1922).

Le syndicaliste Salvador Seguí est assassiné à 36 ans, à Barcelone, le 10 mars 1923. Les groupes armés tuent à leur tour des patrons, des ministres, un président du Conseil et un prélat, le cardinal Soldevilla[3].

On estime que le pistolérisme a causé la mort violente de 150[5] à 200 travailleurs et 20 hommes armés engagés par les employeurs.

HistoireModifier

À la suite de l'émergence de la Confédération nationale du travail en 1918-1919, la Fédération patronale oppose une politique d'intransigeance totale.

Pour contrer les revendications des travailleurs et les grèves, le patronat crée des « syndicats libres » anti-révolutionnaires[6] pour diviser le mouvement ouvrier et engage des bandes armées qui organisent une vague d'assassinats des chefs syndicalistes[6].

Ce « terrorismo blanco » est couvert par des protections dans l'appareil d'État, notamment par les gouverneurs de l'époque (dont Faustino González Regueral et José Maestre de Laborde), quand il n'est pas directement dirigé par lui, notamment par le général Severiano Martínez Anido (es)[7],[8] ou le commissaire de police Manuel Bravo Portillo[9].

Les deux responsables de la politique du pistolérisme à Barcelone, le général Martínez Anido (gouverneur militaire de Barcelone) et le colonel Arlegui (chef de la police), sont promus à la tête de l'appareil de répression de toute l'Espagne[10].

Parmi les militants de la Confédération nationale du travail assassinés par les pistoleros, les plus notoires sont Pau Sabater (en) alias « El Tero » (secrétaire du syndicat des Teinturiers CNT de Barcelone depuis 1916) le 17 juillet 1919[11],[12], Evelino Boal en 1921[13],[14] et Salvador Seguí en 1923, ainsi que l'avocat des anarchistes Francesc Layret i Foix (ca) en 1920[15],[6].

Le 25 août 1922, Ángel Pestaña, en tournée de conférences, tombe dans une embuscade de « pistoleros ». Il est grièvement blessé par balles[16].

Le pistolérisme disparait en 1923 avec le coup d'État de Miguel Primo de Rivera[17].

BibliographieModifier

  • Guillaume Goutte, Barcelone sous les balles : les années du pistolérisme (1919-1923), Le Monde libertaire, no 1623, 17 février 2011, lire en ligne.
  • (es) Francisco Bastos Ansart, Pistolerismo (historia trágica), Madrid, Hechos Sociales, Espasa-Calpe, 1935.
  • (es) León-Ignacio, Los años del pistolerismo: ensayo para una guerra civil, Planeta, 1981.
  • (ca) Albert Balcells, El pistolerisme: Barcelona (1917-1923), Grupo Planeta Spain, 2009, présentation en ligne.

Cinéma de fictionModifier

VidéoModifier

NoticesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. (ca) Joan J. Vinyoles i Vidal, Joan Ferran i Serafini, Llenguatge subterrani de la política : aproximació al lèxic de la clandestinitat i de l'activisme, Millà, 1982, page 28.
  2. José Fergo, García Oliver : échos et contre-échos, À contretemps, no 17, juillet 2004, texte intégral.
  3. a et b Édouard Waintrop, Martinez Lorenzo, l'historien critique, Libération, 7 août 2001, lire en ligne.
  4. (ca) Josep Termes, Història del catalanisme fins el 1923, Pòrtic, 2000, page 575.
  5. Abel Paz, Guerre d'Espagne, Hazan, 1997, page 42.
  6. a b et c Histoire de l'Espagne contemporaine, de 1808 à nos jours, sous la direction de Jordi Canal, éditions Armand Colin, 2014, lire en ligne.
  7. Andreu Castells i Peig, Sabadell, informe de l'oposició, Edicions Riutort, 1975, lire en ligne.
  8. « Le comportement du général Martínez Anido (connu antérieurement comme gouverneur sanguinaire de Melilla) comme gouverneur civil de Barcelone, de 1920 à 1922, est devenu fameux par sa cruauté ; un type de répression qui n'avait pas été vue en Espagne depuis quelques générations. Il s'est appuyé sur les syndicats libres, qui étaient de plus en plus une union patronale. Des tueurs à gages ont infiltré ceux-ci et le terrorisme a augmenté contre les anarchistes. » - Hugh Thomas, La guerra civil española, Diario 16, Madrid, 1976, page 40.
  9. (ca) « Manuel Bravo Portillo », Gran Enciclopèdia Catalana, sur enciclopedia.cat, Barcelone, Edicions 62..
  10. Jordi Canal, Histoire de l'Espagne contemporaine, Armand Colin, (ISBN 9782200247126, présentation en ligne)
  11. L'Éphéméride anarchiste : Pau Sabater Lliró.
  12. (es) SABATER LLIRó, Pablo in Miguel Iñiguez, Esbozo de una Enciclopedia histórica del anarquismo español, Fundación de Estudios Libertarios Anselmo Lorenzo, Madrid, 2001, page 540.
  13. (ca) « Evelino Boal », Gran Enciclopèdia Catalana, sur enciclopedia.cat, Barcelone, Edicions 62..
  14. (es) BOAL. Evelio in Miguel Iñiguez, Esbozo de una Enciclopedia histórica del anarquismo español, Fundación de Estudios Libertarios Anselmo Lorenzo, Madrid, 2001, page 93.
  15. (ca) « Francesc Layret i Foix », Gran Enciclopèdia Catalana, sur enciclopedia.cat, Barcelone, Edicions 62..
  16. L'Éphéméride anarchiste : Pestaña sur son lit d'hopital.
  17. (ca) Albert Balcells, Violència social i poder polític: sis estudis històrics sobre la Catalunya contemporània, Pòrtic, 2001, page 105.