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Pédagogie institutionnelle

La pédagogie institutionnelle a été élaborée par Fernand Oury (1920-1998) et Raymond Fonvieille (1923-2000).

Son but est d'établir, de créer, et de faire respecter des règles de vie dans l'école, par des institutions appropriées – à l'opposé des écoles casernes.

Si l'enfant perçoit le lieu classe comme un endroit de repères, de sécurité, de vie, où l'on peut régler des questions, il va progressivement prendre en charge sa vie d'écolier. Il va garder ou retrouver le goût d'apprendre, à travers son engagement, ses initiatives…

OutilsModifier

L'institution clé consiste essentiellement en des « lieux de paroles » mis en place dans les classes. L'entraide et la fraternité existent et l'enseignant donne toute sa place à la parole de l'enfant.

Le quoi de neuf ?Modifier

Le quoi de neuf est un temps de parole quotidien au cours duquel, le matin en arrivant, l’élève peut dire à la classe ce qu’il a envie de lui faire partager. Le but est double :

  • Permettre à l’enfant de déposer ce qui lui tient à cœur, afin d'être ensuite plus disponible pour entrer dans les activités scolaires. C’est une transition entre l’école et la maison.
  • Encourager l'expression orale, en mettant en place des situations de communication vraies au cours desquelles l’élève s’adresse à la classe parce qu’il a réellement quelque chose à lui dire.

Le quoi de neuf a été repris dans les pédagogies de la décision en prenant des formes adaptées au fait que les pédagogies de la décision sont mises en place hors de l'école. Le quoi de neuf prend alors le nom de « météo », « comment ça va ? », etc.

Le conseil de classe coopératifModifier

Le conseil de classe coopératif est la réunion des élèves où se discute tout ce qui a trait à la vie de la classe. Généralement hebdomadaire, il traite du règlement des conflits, des projets, des décisions à prendre.

La pédagogie institutionnelle refuse en bloc l'approche non-directive. En effet, un enfant à qui on laisse faire tout ce qu'il veut ne peut pas avoir envie de grandir : un enfant peut se constituer contre une loi, mais pas contre du brouillard. Il faut qu'il y ait des lois en classe qui ne soient pas transgressées ; si elles le sont, on en parle au conseil. Le conseil est aussi, en quelque sorte, une réunion thérapeutique.

Les ceintures de comportement et de compétencesModifier

Pour élaborer toutes les compétences, Oury s'est aussi inspiré de son expérience de judoka, partant du postulat de départ qu'une classe homogène n'existe pas. Les ceintures de niveau permettent aux enfants d'évaluer leur réussite dans tel ou tel domaine d'activité de la classe. Une ceinture élevée se doit d'aider un débutant ; autrement dit, plus un enfant a une ceinture élevée, plus on peut être exigeant avec lui. Grâce au tableau des ceintures affichées en permanence dans la classe, les enfants savent toujours où ils en sont.

Pédagogie institutionnelle et mouvement FreinetModifier

Les liens entre la psychothérapie institutionnelle et les innovations pédagogiques remontent au travail mené à partir des années 1940 à l'asile de Saint-Alban, l'instituteur du village appliquant les techniques Freinet. Dans les années qui suivent la Libération, les rencontres entre novateurs de la pédagogie et de la psychiatrie se multiplient : François Tosquelles et Jean Oury (le frère de Fernand) rencontrent Célestin Freinet, les frères Oury rencontrent Fernand Deligny. Fernand Oury se rend à Saint-Alban et adhère à la même époque au Mouvement de l'École moderne de Célestin Freinet ; deux ans plus tôt, c'est Raymond Fonvieille qui y avait adhéré.

Fernand Oury et Raymond Fonvieille sont deux instituteurs de la région parisienne qui participent ainsi activement au mouvement Freinet, notamment en développant la revue L'Éducateur d'Île-de-France, dont les articles rendent compte des principales avancées de la pédagogie Freinet en milieu urbain (le mouvement étant initialement rural). Cependant, une rupture entre Freinet et le groupe Île-de-France mené par Oury et Fonvieille a lieu au printemps 1961, au congrès de Saint-Étienne[1], à la suite d'un article de Fonvieille dans cette revue (« Les schématisations abusives », octobre 1960), qui est vu par Célestin Freinet comme une critique à son égard. Une polémique éclate : elle aboutit aux exclusions d'Oury et Fonvieille. Le bureau parisien du mouvement Freinet est supprimé.

Les exclus du mouvement forment alors un nouveau groupe : le Groupe Techniques Éducatives (G.T.E, 1961), qui cherche dès le départ à s'ouvrir à des non-instituteurs (médecins, architectes, parents d'élèves) afin d'appréhender toutes les dimensions des questions éducatives. C'est ainsi que des contacts et des rencontres vont avoir lieu entre les membres du G.T.E. et certains acteurs de la psychothérapie institutionnelle, en particulier Jean Oury et Félix Guattari ; ces derniers vont activement soutenir le développement du mouvement pédagogique, par leurs réflexions et aussi par la logistique de la clinique de La Borde, qui servira de lieu de stage et imprimera certains documents.

Les deux courants de la pédagogie institutionnelleModifier

Une scission a lieu en 1964 entre les courants Fernand Oury et Raymond Fonvieille, chacun se réclamant d'une « pédagogie institutionnelle » à deux faces.

L'une, dont le chef de file est Fernand Oury, est d'inspiration psychanalytique, liée à la psychothérapie institutionnelle, principalement à Jean Oury et à Félix Guattari. Les enfants auprès desquels travaille Fernand Oury relèvent de l'éducation spécialisée ; la finalité est éducative, mais également thérapeutique.

L'autre, dont le chef de file est Raymond Fonvieille, est d'inspiration psycho-sociologique et autogestionnaire, liée à des sociologues, principalement Georges Lapassade, René Lourau et Michel Lobrot. Les élèves sont, dans ce cas, principalement issus de milieux sociaux défavorisés et sont en situation d'échec scolaire massif. La prise en compte de la dimension inconsciente (et une finalité psychothérapeutique) s'estompe. L'accent est davantage mis sur la dimension socio-politique et l'analyse de celle-ci dans le cadre de la classe. Si aucune ambition psychothérapeutique n'est présente, en revanche le mouvement est animé d'un rêve de transformation sociale par la mise en place de fonctionnements autogérés.

Voir aussiModifier

RéférencesModifier

  1. Ahmed Lamihi (sous la direction de), Freinet et l’école moderne, Vauchrétien, Ivan Davy, 1997, p. 163.

BibliographieModifier

  • Fernand Oury et Aïda Vasquez, Vers une pédagogie institutionnelle, Éditions Maspero, 1967
  • Fernand Oury et Aïda Vasquez, De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, Éditions Maspero, 1971
  • Fernand Oury et Jacques Pain, Chronique de l'école caserne, Éditions Maspero, 1972
  • Fernand Oury et Catherine Pochet, Qui c'est l'conseil ?, Éditions Maspero, 1979
  • René Laffitte, Une journée dans une classe coopérative : Le désir retrouvé, 1985
  • Fernand Oury, Jean Oury et Catherine Pochet, L'année dernière j'étais mort signé Miloud, Éditions Matrice, 1986
  • Fernand Oury et Françoise Thébaudin, Pédagogie institutionnelle, Mise en place et pratique des institutions dans la classe, Éditions Matrice, 1995
  • Fernand Oury, La pédagogie institutionnelle, Matrice, 2009, disponible en ligne[1]
  • Isabelle Robin et Fernand Oury, La pédagogie institutionnelle en maternelle, Champs social, 2011
  • Isabelle Robin, L'entrée dans la loi en maternelle, Éditions RoPi, 2013
  • Isabelle Robin, L'entrée dans la réussite en maternelle, le cahier de réussites, Éditions RoPi, 2014
  • 2014 : L'école, le désir et la loi - Fernand Oury et la pédagogie institutionnelle - Histoire, concepts, pratiques, éditions champ social, Raymond Bénévent, Claude Mouchet.

Liens externesModifier