Mutinerie du Fœderis Arca

mutinerie sur le bateau français Fœderis Arca, en 1864

La mutinerie du Fœderis Arca (« l'Arche d'alliance », en latin) s'est déroulée sur un bateau français traversant l'Océan Atlantique, en 1864. Plus sanglante et bien moins connue que la mutinerie du Bounty, elle a néanmoins inspiré un roman d'Henri Queffélec et un autre de Jacques Perret[1].

Un naufrage ?Modifier

Le 8 juin 1864, le trois-mâts Fœderis Arca, jaugeant 500 tonneaux, quitte le port de Sète pour ravitailler les troupes françaises en campagne au Mexique. Il transporte des alcools et spiritueux et du charbon[2]. Commandé par le capitaine Richebourg (âgé de 33 ans) assisté par son second, Théodore Aubert (27 ans), il a pour équipage huit matelots, deux novices et un mousse âgé de 11 ans.

Le navire n'est jamais arrivé au Mexique. Le 22 août 1864, les huit matelots sont ramenés à Brest par l'aviso Monge, qui les a embarqués aux îles du Cap-Vert. L'enquête est menée par le commissaire Rouxel. Les matelots racontent tous la même histoire : leur navire a pris l'eau, le capitaine a ordonné l'évacuation, l'équipage est descendu dans la chaloupe et le canot alors que le capitaine, le second, le cuisinier et le mousse sont restés à bord en attendant de prendre place dans la baleinière ; au petit matin, le Fœderis Arca avait disparu, la baleinière était chavirée, et les matelots n'ont retrouvé aucun survivant.

L'affaire semble classée, mais le frère du second, Justinien Aubert, lui-même capitaine au long cours, a des doutes en lisant le rapport Rouxel. Pourquoi le second est-il resté à bord du navire alors que son devoir était de prendre le commandement du canot ou de la chaloupe ? Pourquoi le mousse n'a-t-il pas été évacué en premier ?

Après deux essais infructueux pour relancer l'enquête, Justinien Aubert adresse une lettre au ministère de la Marine, le 27 janvier 1865, en produisant de nouveaux éléments : lors du naufrage allégué, la nuit était claire, c'était une nuit tropicale où la visibilité s'étendait à un ou deux milles, et la lune était levée : le navire n'a donc pu disparaître à l'insu des matelots, qui selon leurs dires étaient restés à une ou deux encablures du Fœderis Arca[3].

La mutinerieModifier

À Nantes, le commissaire Dufresne reprend l'enquête en interrogeant le novice Julien Chicot à partir du 13 février 1865. Peu à peu, Chicot révèle la vérité : les matelots ont détourné une partie de la cargaison pour s'enivrer, leur insubordination s'est aggravée lorsque le navire a été immobilisé faute de vent dès le passage du détroit de Gibraltar, en pleine chaleur estivale. Maladroit, le capitaine Richebourg n'a guère fait preuve d'autorité, laissant son second Aubert affronter seul les matelots pour lesquels avait pris parti Lénard, le maître d'équipage. La punition annoncée (un retranchement de solde) va les pousser à la mutinerie.

Dans la nuit du 1er juillet, le matelot Oillic et ses complices jettent à la mer Théodore Aubert, qui réussit à remonter à bord, puis ils l'achèvent et le rejettent mort dans les flots. Puis ils s'emparent du capitaine Richebourg, le frappent et le jettent lui aussi par-dessus bord. Selon les témoins, Richebourg réussit à nager quelque temps le long de la coque et profère une imprécation avant de sombrer : « Vous aurez la tête tranchée ! »[3].

Le lendemain du drame, Lénard réunit les mutins et propose de couler le navire pour rallier les îles du Cap-Vert. Le cuisinier se serait suicidé en se jetant par-dessus bord. Le charpentier perce la coque et le 3 juillet, le Fœderis Arca s'enfonce dans l'océan. L'équipage prend place dans la chaloupe et le canot. Le 4 juillet au soir, les mutins jettent par dessus bord le mousse Pierre Dupré, de peur qu'il ne parle aux enquêteurs[2]. À l'aube du 5 juillet, ils croisent le brick danois Mercurius, qui les remorque jusqu'à l'île Saint-Vincent. Ramenés en France par le Monge, puis interrogés par Rouxel, ils ne sont pas inquiétés et trouvent vite de nouveaux embarquements[3].

Le procèsModifier

Un mandat d'arrêt est lancé contre les mutins, qui sont arrêtés un par un à leur retour en France, à Copenhague, à Mayotte, à Calcutta[4]. Leur procès s'ouvre devant le Tribunal maritime de Brest en juin 1866. Leurs avocats soulignent les effets de l'alcool et de la solitude en plein océan. Deux matelots sont acquittés, ainsi que les deux novices. Quatre mutins sont condamnés à mort : Jean Lénard, maître d'équipage, François Thépault, charpentier, Pierre Oillic et Antoine Carbuccia. Ils sont guillotinés le 10 octobre 1866[4].

RéférencesModifier

  1. « Mutinerie à bord », sur Le Dilettante (consulté le )
  2. a et b Donato Pelayo, « Sanglante mutinerie à bord du « Foederis Arca » », sur www.lagglorieuse.info,
  3. a b et c Robert de la Croix, « Le drame du Fœderis Arca », L'Histoire pour tous, no 26,‎ , p. 134-140.
  4. a et b Donato Pelayo, « Sanglante mutinerie à bord du « Foederis Arca » (2) », sur www.lagglorieuse.info,

LittératureModifier

Article connexeModifier