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Mazdéisme

ancienne religion persanne à l'origine du zoroastrisme
(Redirigé depuis Mazdéïsme)

Le mazdéisme est une religion de la Perse antique qui doit son nom à son dieu principal, Ahura Mazda. Le livre sacré du mazdéisme est l'Avesta. Le mazdéisme a été la religion officielle des empires Perses Mède, Achéménide, Parthe et Sassanide. Il s'articule autour de l'opposition entre Ahoura Mazdâ, « Le seigneur Sage », et les démons, dont Angra Manyou, « L'Inspirateur Maléfique » est le chef. C'est cette opposition dualiste qui fonde la cosmologie, l'activité rituelle et la fonction royale[1].

Le zoroastrisme, du nom de Zoroastre/Zarathoustra, est une réforme du mazdéisme[2]. Le zoroastrisme est la forme monothéiste sous laquelle s'est répandue cette religion, qui possède encore des fidèles.

HistoireModifier

Le mazdéisme avant ZoroastreModifier

Pour étudier la religion pré-zoroastrienne, il faut partir des textes anciens et authentiques concernant le culte qui sont sertis dans les yashts [de l'Avesta] parvenus jusqu'à nous[3]. L'ancienne religion de l'Iran ressemble à l'ancienne religion de l'Inde, le védisme :

  • Dualité d'Esprits.
  • Panthéon. Ahura Mazdâ était adoré en tant que divinité suprême.
  • Les trois fonctions indo-européennes (religieuse, guerrière, économique). Ces divinités, les Ameshae Spentas (Immortels Saints) sont « un substitut sublimé des anciens dieux fonctionnels indo-iraniens » : Vohu Manah et Asha relèvent de la religion, Xshathra et Aramati de la guerre, Haurvatât et Amaratât de l'économie.
  • Dualité de dieux. En Iran comme aux Indes, il y a deux classes de dieux : les ahura (sanskrit asura) et les daêva (sanskrit déva). Les premiers incarnent la bonne conduite, les seconds la mauvaise, alors que c'est exactement le contraire aux Indes.
  • Les fravashis. Ce sont des esprits tutélaires, des anges gardiens. Ce sont aussi les âmes des pieux, ou plus exactement leur Moi supérieur, spirituel, et, en outre, les archétypes spirituels de ces hommes pieux. Après la mort, l'âme ou urvan s'unit à sa fravashi.
  • Prêtres. Les passages anciens de l'Avesta nomment diverses catégories de prêtres qui ont leur pendant aux Indes. Par exemple, le zaotar est le même prêtre que le hotar de l'Inde.
  • Culte : le sacrifice. Outre le barsman (faisceau de petites branches d'arbres, liées ensemble par un ruban), le haoma, le feu et la libation sont les principaux éléments du sacrifice. Le haoma, breuvage sacrificiel (il correspond exactement au soma védique) était à l'origine une boisson faite pour s'enivrer effectivement. Le feu servait non seulement aux usages domestiques, mais aussi à brûler les offrandes, à chasser les mauvais esprits, à annuler les charmes funestes, et à purifier et à renouveler.
  • Eschatologie. L'eschatologie individuelle est dominée par l'idée de voyage de l'âme au ciel. Selon la description de l' Aedâi Virâz Nâmak, postérieur mais qui utilise visiblement des documents d'une haute antiquité, l'âme traverse d'abord la sphère stellaire, puis la sphère lunaire, puis la sphère solaire, appelés respectivement Humat (ce qui est bien pensé), Hüxt (ce qui est bien dit) et Hurvarsht (ce qui est bien fait). Après ces trois premiers pas, l'âme arrive, d'un quatrième, à la lumière du Paradis, appelé ici garôdmân.
  • Fête du Nouvel-An. Tout donne à penser que la fête du Nouvel-An occupait une place capitale dans l'ancien culte iranien : elle était centrée sur la mise à mort rituelle d'un dragon.
  • Yima. Yima, premier homme et premier roi, est le héros d'un grand cycle mythologique.
  • Le Xvarnah. Le xvarnah est une notion propre à l'Iran. Jusqu'ici on traduisait ce mot « halo », « auréole » pour exprimer la nature lumineuse, croyait-on, de ce xvarnah. Mais ensuite, à partir de documents très abondants, on a tenté d'expliquer le xvarnah comme une notion purement abstraite, ne signifiant que « chance », « richesse », « bonheur ».

Certains auteurs tel Gherardo Gnoli ne croient pas à la thèse d'un mazdéisme pré-zoroastrien ou indépendant de la réforme religieuse de Zarathoustra[4].

Le mazdéisme réformé de ZoroastreModifier

Sur divers points, Zoroastre innove par rapport à la religion de son époque ou même au mazdéisme classique. Quelques éléments à nuancer si, comme Jean Kellens, on se demande si « Zarathustra a réellement existé » et si l'on insiste sur notre ignorance du dessein de l' Avesta :

Selon Jacques Duchesne-Guillemin, « Zarathustra annonce une régénération du monde, l'avènement du royaume de Dieu. Il est le premier en date, et de loin, des auteurs d'apocalypse. Henrik Nyberg a eu raison d'insister sur ce point » dans son ouvrage intitulé Die Religionen des alten Iran publié en 1938 .

Zoroastre ne parle pas des fravashi, pas davantage de Zurvan. Zoroastre tient le haoma pour une ordure, il condamne le sacrifice sanglant du bœuf.

Johanna Narten dans son étude Die Amesha Spentas im Avest a montré en 1982 « que les Gâthâs ignoraient le titre divin d'Amesha Spenta et présentaient une liste ouverte d'entités divines au lieu de celle des sept entités canoniques » du mazdéisme postérieur : il admet dix entités dont les trois principales sont Rta (Justice, Vérité), Vohu Manah (la Bonne Pensée) et Ârmati (bonne disposition d'esprit rituelle)[5].

Zoroastre est-il monothéiste ou dualiste ? Selon le philologue allemand Martin Haug [6], Zoroastre a une théologie monothéiste (Ahura Mazdâ) et une philosophie dualiste (le bien et le mal, inhérents à Dieu comme à l'homme)[7]. Pour James Darmesteter[8], il y a dualisme, opposition entre Ahura Mazdâ et Angra Mainyu, fondamentalement et dès l'origine. Selon Walter Henning (Zoroaster, 1951), la religion antérieure était monothéiste, Zoroastre innove en posant le problème du mal et la solution du dualisme (deux Esprits primordiaux, Spenta Mainyu et Angra Mainyu, jumeaux). En revanche, selon Gherardo Gnoli (it) (« Zoroaster in History », 2000), face au polythéisme, Zoroastre innove en posant le monothéisme. Peut-être Zoroastre a forgé le nom Ahura Mazdâ (Seigneur Sage, Maître Attentif). Monothéisme : « Ô Mazda, seule Ta sublime gouvernance peut doter les justes de la meilleure vie »[9]. Dualisme théologique : « De ces deux principes fondamentaux qui ont été conçus comme jumeaux et qui naissent dans la pensée, l'un représente le bien et l'autre le mal. Entre ces deux le sage choisit le bien et l'ignorant le mal » (gâthâ 30.3). Dualisme moral : « Ainsi, avant le Grand Événement du Choix, écoutez les meilleures paroles et tendez l'oreille et regardez avec les yeux de la Sagesse. Et avec discernement chacun de vous, homme ou femme, choisira l'une des deux voies » (gâthâ 30.2).

Le mazdéisme achéménideModifier

« Les souverains achéménides se déclarent, à partir de Darius [Darius Ier, roi de Perse entre 522 et 486 av. J.-C.], adorateurs d'Ahura Mazda mais ne font nulle mention du prophète [Zoroastre]. On peut donc soutenir - c'est controversé - que leur mazdéisme ne devait rien à la réforme zoroastrienne » (J. Duchesne-Guillemin). Dans les inscriptions de Darius Ier, Ahura Mazda est désigné comme « le plus grand des dieux » et est généralement invoqué seul. Il est considéré comme la source du pouvoir royal. Les Perses et les Grecs l'assimilent parfois à Zeus : ainsi, le « char sacré de Zeus[10] » évoqué par Hérodote[11], Xénophon[12] ou encore Quinte-Curce[13] est en réalité consacré à Ahura Mazda.

Le dualisme mazdéen oppose ici, non pas Spenta Mainyu et Angra Mainyu, mais Ahura Mazdâ et Angra Mainyu[4].

Le mazdéisme classiqueModifier

La religion zoroastrienne devient officielle dès le premier souverain sassanide, Ardachîr Ier (224-241). La puissance nouvelle du clergé et du culte fut essentiellement l'œuvre de Kartir, devenu, de simple prêtre, un chef religieux suprême.

Le zervanismeModifier

Gherardo Gnoli présente ainsi le zervanisme, en 1984 : « Le Temps, c'est-à-dire Zurvân, est le nouveau principe qui domine la formule dualiste du mazdéisme zoroastrien. Zurvân, le Temps, est le père de deux jumeaux, Ôhrmazd et Ahriman. Ayant promis de donner le sceptre du monde à celui des deux qui naîtrait le premier, et Ahriman étant venu le premier à la lumière, Zurvân, fidèle à son engagement, fait d'Ahriman une sorte de princeps huius mundi [prince de ce monde], mais, en même temps, établit la durée du temps pendant lequel devra s'exercer la domination de ce dernier (Temps limité). À la fin régnera Ôhrmazd pour toute la durée du Temps illimité […] Le zurvanisme, [selon notre interprétation], ne serait rien d'autre qu'une tendance à l'intérieur du mazdéisme à partir de l'époque achéménide [dès Cyrus II, en 550 av. J.-C.] […] Le passage de la formule dualiste : Spenta Mainyu contre Angra Mainyu (+ Ahura Mazdâ) [chez Zoroastre] à celle : Ahura Mazdâ contre Angra Mainyu (+ Zurvân) est d'une très grande importance pour comprendre le développement historique de l'ancienne religion iranienne et le rapport entre zoroastrisme et manichéisme. »[4].

Le parsisme, zoroastrisme de l'IndeModifier

Articles détaillés : Parsisme et Parsis.

Le parsisme est la religion des Pârsî, adeptes du zoroastrisme ou mazdéisme, qui quittèrent la Perse à la suite de la conquête arabe et à la diffusion de l'islam (VIe - VIIIe siècle. Ces descendants des Perses gardent, jusqu'à leur nom de « parsis » – qu'ils tiennent de l'ancien territoire de Parsa, l'actuel province du Fars –, le souvenir de leur origine.

Les parsis ont continué à développer les traditions de la religion de Zoroastre ou Zarathoustra (qu'ils appelaient Zardhust), dans les pays où ils trouvèrent refuge.

Notes et référencesModifier

  1. Jean Leclant (Dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, Presses universitaires de France, , p. 1359
  2. Khosro Khazai Pardis, Les Gathas. Le livre sublime de Zarathoustra, Paris : Albin Michel, 2011
  3. Geo Widengren, Les religions de l'Iran, Paris, Payot, , pp. 23-77.
  4. a b et c Gherardo Gnoli, L’évolution du dualisme iranien et le problème zurvanite, Revue de l'histoire des religions, Année 1984, 201-2, p. 115-138
  5. Jean Kellens, Qui était Zarathustra ?, 2e édition refondue, Histoire et Philologie Orientales
  6. Martin Haug, Essays on the Sacred Language, 1862
  7. Jean Kellens, L'Iran mazdéen : Le temps créé et mesuré, in Représentations du temps dans les religions : actes du colloque organisé par le Centre d'histoire des religions de l'Université de Liège, Librairie Droz, 2003 p. 235-242
  8. James Darmesteter, Ormazd et Ahriman, 1877
  9. Avesta, I : Yasna, gâthâ 53.9, trad. Khosro Khazai Pardis, Les gathas, 2011
  10. « Char sacré de ilyu » ou « de Jupiter » dans les traductions.
  11. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne] « VII, 40 »
  12. Xénophon, Cyropédie [lire en ligne] « VIII, 3, 12 »
  13. Quinte-Curce, L'Histoire d'Alexandre le Grand [lire en ligne] « III, 3 »

BibliographieModifier

Grands livres du mazdéismeModifier

En anglais : Zoroastrian Archives [1]

  • Avesta (Yasna, Yashts, Vîdêvdât, Vispered, Nîranganstân, Hadôxt Nask): James Darmesteter, Le Zend-Avesta, 1892-1893, 3 t., rééd. anastatique Adrien Maisonneuve, 1960.
  • Bundahishn (Création originelle), IXe s. : trad. en an. du Bundahishn version indienne : W. E. West, The Bundahish, apud Pahlavi Texts, Sacred Books of the East, t. V, Oxford University Press, 1897, rééd. Delhi 1965. [2]
  • Denkard (Livre de la religion), Xe s., en moyen-perse. Trad. partielle : Jean de Menasce, Le troisième livre du Daenkart, Klincksieck, 1984, 465 p.
  • Pand-nâmag î Zardusht (Livre de conseils de Zarathoustra) ou Cîdag andarz î pôryôtkêshân (Sélection de préceptes des anciens sages), trad. an. M. F. Kanga, Čītak Handarž i Pōryōtkēšān. A Pahlavi Text, Bombay, 1960. (« Catéchisme sassanide qui résume admirablement les dogmes du zoroastrisme », selon Geo Widengren).
  • Ardâ Wîrâz-nâmag (Livre de Wîrâz le Juste, IXe-Xe s.), trad. du pehlevi Philippe Gignoux, Le livre d'Ardâ Virâz, Editions Recherches sur les Civilisations, 1984, 282 p. (voyage de l'âme dans l'Au-delà).

Études sur le mazdéismeModifier

  • (en) Mary Boyce, A History of Zoroastrianism, Leyde, 1975.
  • (en) Mary Boyce, Zoroastrians, their religious beliefs and practices, Londres, Routledge, 1979.
  • Jacques Duchesne-Guillemin, La Religion de l'Iran ancien, Paris, PUF, 1962, 411 p.
  • Jacques Duchesne-Guillemin, Religion et politique de Cyrus à Xerxès, 1969
  • Jacques Duchesne-Guillemin, Le dieu de Cyrus, 1975
  • Jean Kellens, « Le mazdéisme », apud Encyclopédie des religions, sous la direction de Frédéric Lenoir et Ysé Tardan-Masquelier, Bayard, 2e éd., 2000, t. I, p. 105-117.
  • Jean Kellens, Leçons au Collège de France en ligne
  • Jean Varenne, Zarathushtra et la tradition mazdéenne, Paris, Seuil [rééd. 1977], 1962.
  • Jean Varenne, Zoroastre, le prophète de l'Iran, Dervy, 1996.

Voir aussiModifier