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Loi de Lindeman (linguistique)

La loi de Lindeman est une loi de phonétique historique indo-européenne portant sur les semi-consonnes *i et *u. Elle doit son nom au linguiste norvégien Frederik Lindeman (en) qui l'a proposée en 1965 dans son article publié en français « La loi de Sievers et le début du mot en indo-européen » (Norsk Tidsskrift for Sprogvidenskap, 20, p. 38-108).

Proposée en complément de la loi de Sievers et des travaux de Franklin Edgerton (en), elle énonce qu'un monosyllabe commençant par un groupe *Cu̯V ou *Ci̯V (autrement dit par un groupe consonne + glide) subit régulièrement la loi de Sievers en fonction du mot qui le précède[1].

Ainsi, après un mot qui se termine par une syllabe lourde, le terme devient dissyllabique avec une forme *Cu-u̯V- ou *Ci̯-iV-, tandis qu'après un mot qui se termine par une syllabe légère, il garde une syllabation monosyllabique *Cu̯V- / *Ci̯V-. L'explication généralement retenue de ce phénomène est le dégagement d'une voyelle d'anaptyxe facilitant l'articulation d'un segment complexe[2].

Cette loi permet d'expliquer l'existence de doublets lexicaux dans certaines langues (comme en sanskrit védique où le mot « chien » a deux formes : śvā́ et śuvā́ qui renvoient respectivement à *ḱu̯ōn et à *ḱu̯uōn, tout comme le mot « ciel » a deux formes dyáuṣ et diyáuṣ qui renvoient à *di̯eus et à *di-i̯eus). Elle explique aussi l'apparente variété de certains cognats dans les différentes langues indo-européennes, et permet de rendre compte de la flexion apparemment irrégulière de certains termes en synchronie. En excluant les termes polysyllabiques, elle permet par exemple de comprendre pourquoi dyáuṣ / diyáuṣ n'a qu'un seul instrumental pluriel dyúbhis : en effet, ce terme étant polysyllabique à date indo-européenne, il n'a pas pu connaître ce développement phonétique, rendant une hypothétique forme *diyúbhis inexistante[3].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Philomen Probert, Andreas Willi (ed.), Peter Barber (chapitre dédié), Laws and Rules in Indo‐European, Oxford, Oxford University Press, , 432 p. (ISBN 978-0-199-60992-5, lire en ligne), chap. 12 "Re-examining Lindeman's Law", p. 182-205
  2. (en) Peter Barber, op. cit., p. 182
  3. (en) Peter Barber, op. cit., p. 183