Le Diable et le Bon Dieu

Le Diable et le Bon Dieu
Auteur Jean-Paul Sartre
Pays Drapeau de la France France
Genre Pièce de théâtre
Éditeur Gallimard
Date de parution 1951
Date de création 7 juin 1951
Metteur en scène Louis Jouvet
Lieu de création Théâtre Antoine

Le Diable et le Bon Dieu est un drame en trois actes et onze tableaux de Jean-Paul Sartre, paru et représenté la première fois à Paris au Théâtre Antoine (direction Simone Berriau) le , dans une mise en scène de Louis Jouvet.

Cette pièce traite de la nature humaine, de Dieu et du Diable, et de la question de la possibilité du Bien.

RésuméModifier

Dans l'Allemagne du XVIe siècle, des paysans se révoltent contre l'Église. C'est la guerre des paysans allemands. Convaincu que l'archevêque dispose de grains, Nasty, qui dirige l'armée populaire, ordonne qu'ils envahissent l'église, contre les supplications d'Heinrich. Ce dernier est un modeste curé, qui soutient les paysans dans leur révolte, mais qui refuse qu'ils s'attaquent à l’Église.

Nasty tue l'archevêque. Avant de rendre son dernier souffle, il confie à Heinrich la clef du souterrain qui peut permettre à l'armée de Gœtz de rentrer dans Worms. Gœtz est un bâtard d'une famille noble, dont le frère Conrad dirige l'armée qui fait le siège de la ville. Heinrich doit décider, ou bien de laisser les paysans tuer les prêtres, ou bien laisser entrer Gœtz pour qu'il tue les paysans.

Le deuxième tableau s'ouvre sur l'arrivée d'Heinrich au camp de Gœtz. Ils apprennent par un messager que Conrad est mort, et que Gœtz est donc seul décisionnaire. Doit-il envahir Worms ? Gœtz décide de raser la ville par simple envie de faire le Mal et de défier Dieu.

Nasty se rend à la tente de Gœtz et le défie. Il lui propose de changer de stratégie : « Prends la ville, massacre les riches et les prêtres, donne-la aux pauvres, lève une armée de paysans et chasse l'Archevêque ; demain, tout le pays marche avec toi ». Le chef de guerre ordonne que Nasty soit pendu et fait venir Heinrich pour le confesser avant sa mort. Mais Heinrich attire l'attention de Gœtz en lui faisant remarquer qu'en faisant le Mal, il se montre faible : le Bien est plus difficile à accomplir. Par défi, Gœtz décide de se consacrer uniquement à faire le Bien. « J'étais criminel, je me change : je retourne ma veste et je parie d'être un saint ».

Il libère sa maîtresse-otage-putain Catherine, qui mourra de chagrin ; il distribue ses terres aux paysans, cela déclenchera une guerre ; il se fait le prophète de l'amour, ses adeptes non-violents mourront en martyrs.

Il se retire avec Hilda dans la forêt où il mène une vie d'ermite fou, jusqu'à la visite de Heinrich qui vient comme convenu juger les actes de Gœtz. Mais Gœtz, conscient de son échec dans la quête de l'Absolu, affirme que Dieu est mort et que l'homme est seul.

AnalyseModifier

Inspiration historiqueModifier

Le personnage principal est inspiré de Götz von Berlichingen, un reître de la Renaissance qui a été actif pendant la guerre des paysans allemands. Ce personnage historique a aussi fait l'objet d'une pièce de Goethe en 1773.

Sartre déclare que la période qui a été choisie, celle de la révolte entre les paysans et les nobles, lui « a semblé suggestive pour notre époque ». Il refuse toutefois une lecture purement symbolique de sa pièce[1].

La pièce serait inspirée de El Rufian dichoso de Miguel de Cervantes[2].

Portée philosophiqueModifier

La pièce vise à mettre en évidence le faux dilemme entre le Bien et le Mal, pour conclure que seule la liberté de l'homme compte[3].

Henri Gouhier souligne la transposition de la philosophie existentialiste athée de Sartre dans la pièce[4].

StyleModifier

La pièce est remarquée pour ses phrases courtes et concises, pour ses apophtegmes[3].

Ivan Jablonka remarque que la pièce est typique des œuvres de fiction de Sartre, qui sont « peuplé[es] de bâtards et de traîtres ». Le personnage principal est en effet lui-même un bâtard[5].

Elizabeth Houghton Taylor voit dans Gœtz une projection de certains traits de caractère de Sartre lui-même, dont son désir d'absolu[6].

Distribution, Théâtre Antoine, 1951Modifier

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RéceptionModifier

Jean-Paul Sartre multiplie les interviews avec la presse lors de la sortie de la pièce, afin de la publiciser et d'expliquer son intention[7].

La pièce est mal reçue par les milieux catholiques conservateurs italiens[1].

La pièce est jouée à nouveau en 1968 et 1969. Les représentations attirent un public plus jeune, âgé d'entre 16 et 24 ans[3].

Le Diable et le bon Dieu est cité par Claude Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage[8].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Robert Wilcocks, Jean-Paul Sartre: A Bibliography of International Criticism, University of Alberta, (ISBN 978-0-88864-012-3, lire en ligne)
  2. (en) Mary Ann Frese Witt, Metatheater and Modernity: Baroque and Neobaroque, Rowman & Littlefield, (ISBN 978-1-61147-538-8, lire en ligne)
  3. a b et c (en) French News: Theatre and arts, Cultural Services of the French Embassy, (lire en ligne)
  4. Henri Gouhier, Le Théâtre contemporain, A. Fayard, (lire en ligne)
  5. Ivan Jablonka, Les Vérités inavouables de Jean Genet, Editions du Seuil, (ISBN 978-2-02-100948-4, lire en ligne)
  6. (en) Elizabeth Houghton Taylor, Bad Faith in the Theatre of Sartre, Department of French and Italian, Stanford University., (lire en ligne)
  7. Jean-Pierre Boulé, Sartre médiatique: la place de l'interview dans son œuvre, Minard, (ISBN 978-2-85210-045-9, lire en ligne)
  8. Claude LEVI-STRAUSS, La pensée sauvage, Place des éditeurs, (ISBN 978-2-259-22866-4, lire en ligne)

RéférencesModifier