La Dorotea

La Dorotea est une narration en prose entièrement dialoguée[1] de Lope de Vega publiée en 1632. Le critique José Manuel Blecua Teijeiro la considère comme l'« une des grandes œuvres de la prose espagnole. »[2].

Comme une bonne partie de la production de Lope, l'œuvre est remarquable par la symbiose caractéristique qu'elle opère entre biographie et fiction. Elle intègre ainsi de nombreux épisodes inspirés de la vie de l’auteur, en particulier d'une part ses polémiques avec le gongorisme, et d'autre part ses relations amoureuses avec deux femmes : Elena Osorio, avec qui il eut une relation de cinq ans durant sa jeunesse, et Marta de Nevares, une femme mariée dont il s'éprit en 1617 et avec qui il vécut après la mort de son mari. Vers 1627 elle perdit la vue puis quelque temps plus tard la raison. Lope publia La Dorotea quelques mois après sa mort.

Structure et résuméModifier

L'œuvre se divise en cinq actes, chacun à son tour divisé en plusieurs scènes : le premier en huit, le second en six, le troisième en neuf, le quatrième en huit, et le dernier en douze.

L'histoire est centrée sur le triangle amoureux formé par Dorotea et ses deux prétendants : Fernando, un jeune poète, et Don Bela, un créole riche, plus âgé, et ayant fait fortune en Amérique. Au début du récit, Dorotea et Fernando ont une relation amoureuse, mais le souhait de sa mère Teodora de trouver un meilleur parti pour sa fille l'amène à accepter les services d'une vieille entremetteuse cupide, Gerarda, qui organise une rencontre entre eux deux. Dorotea est forcée de quitter Fernando, jugé trop pauvre. Il décide de partir à Séville, emportant des joyaux qu'il obtient en trompant son ancienne amante Marfisa. Ne supportant pas son départ, Dorotea tente de se suicider. Convalescente, elle finit par rencontrer don Bela. Fernando, qui ne peut oublier Dorotea, rentre à Madrid, se bat contre don Bela et le blesse. Fernando et Dorotea se retrouvent, mais le premier l'abandonne finalement pour Marfisa. Don Bela meurt, tué par des gentilshommes madrilènes sur base d'un malentendu. Ironie du sort pour une ivrogne, Gerarda meurt en allant chercher de l'eau pour ranimer Dorotea qui s'est évanouie en l'apprenant[3].

PersonnagesModifier

  • Gerarda : vieille entremetteuse, ivrogne, hypocrite et cupide.
  • Don Fernando : gentilhomme. Jeune poète galant, menant une vie pauvre. Incarne l'auteur.
  • Don Bela (Don Bela) : créole, homme mûr, riche et prétendant de Dorotea. Incarne Francisco Perrenot de Granvela, rival de Lope auprès d'Elena Osorio et neveu du cardinal Antoine Perrenot de Granvelle.
  • Dorotea : dame, fille de Teodora.
  • Marfisa : dame, ancienne amante de Fernando
  • Teodora : mère de Dorotea
  • Laurencio : domestique de Don Bela.
  • Julio : précepteur, valais et ami de Fernando
  • Celia : servante de Dorotea
  • Clara : servante de Marfisa
  • Felipa : fille de Gerarda

Notes et référencesModifier

  1. La Dorotea pose les mêmes problèmes que La Célestine au niveau de la classification : roman dialogué, théâtre, roman, dialogue narratif… Dans sa première édition, l'œuvre portait le sous-titre de « action en prose » (acción en prosa), c'est-à-dire qu'il s'agit, pour le grand dramaturge qu'était Lope, d'une œuvre dramatique mais qui ne pouvait être représentée (Alonso Zamora Vicente, Lope de Vega: su vida y su obra sur le site de l'Institut Cervantes) ; José Manuel Blecua Teijeiro la qualifie d'« action romanesque dialoguée » (« acción novelesca dialogada) », cf. l'édition de Cátedra de 1996, p. 31.
  2. La Dorotea, 1996, p. 31.
  3. « Celia : (…) Gérarde est morte ! Mais qui dirait que c'est en allant chercher de l'eau ? », Acte V, scène 12, 2002, p. 284

ÉditionsModifier

  • (es) La Dorotea, Cátedra, Madrid, 1996 (contient une « Introduction à Lope de Vega » par José Manuel Blecua)
  • (es) La Dorotea, Castalia, col. « clásicos Castalia », Madrid, 1987 (édition, introduction et notes de Edwin S. Morby), 496 p. (ISBN 847039360X)
  • (fr) La Dorotea, traduction de C. B. Dumaine, 1re édition 1892 par Alphonse Lemerre, éditée par Marie-Catherine Barbazza, précédée d'une étude de Suzanne Varga, Université Montpellier III, Groupe d'études ibériques, latinoaméricaines et du monde lusophone, col. « Espagne médiévale et moderne, 2 », Montpellier, 2002, 286 p. (ISBN 2-84269-495-3)

AnnexesModifier

Article connexeModifier

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