L'Homme Machine

L'Homme Machine est un ouvrage du médecin-philosophe libertin Julien Offray de La Mettrie (1709-1751) paru en 1748 à Leyde[1].

Page de titre de l'édition originale.

Inspiré par le concept d'"animal-machine" formulé un siècle plus tôt par René Descartes dans son Discours de la Méthode, La Mettrie s'inscrit ici dans le mécanisme, courant philosophique qui aborde l'ensemble des phénomènes physiques suivant le modèle des liens de cause à effet (déterminisme) et plus largement une éthique radicalement matérialiste[2].

C'est par ce livre qu'il s'est fait connaître dans l’histoire de la philosophie, ne serait-ce que par son titre évocateur.

Un scientifique plus qu'un philosopheModifier

 
Dessin anatomique (1573) décrivant la morphologie du cerveau.
 
Dessin anatomique (1662) décrivant le système nerveux.

Des recherches constituent pour La Mettrie un matériau plus précieux que les écrits de n'importe quel philosophe, Descartes compris, qui sont trop spéculatifs à ses yeux[3].

Positionnement philosophiqueModifier

 
La Mettrie

Partant de ses connaissances en physiologie, que ne possèdent pas les philosophes, La Mettrie considère que, comme par le passé, les philosophes se trompent quand ils dissertent sur l’Homme. Les spéculations théoriques sont à ses yeux sans intérêt, seule en revanche la méthode empirique lui paraît légitime.

Bien qu'inspiré par Descartes en tant qu'initiateur du mécanisme, et dès 1745, La Mettrie rejette « cet absurde système (...) que les bêtes sont de pures machines[4]. ».

La Mettrie rejette vigoureusement toute forme de dualisme au profit du monisme. En d'autres termes, il rejette toute idée de Dieu, même celle des panthéistes, qui voient Dieu dans la nature, comme encore Voltaire, des années plus tard, y recherchera « le grand horloger ».

Ses positions sont sans ambiguïté matérialistes :

« Qui sait si la raison de l'existence de l'homme ne serait pas dans son existence même ? Peut-être a-t-il été jeté au hasard sur la surface de la Terre [...] semblable à ces champignons qui paraissent d'un jour à l'autre, ou à ces fleurs qui bordent les fossés et couvrent les murailles.[5] »

Selon lui, c'est à tort que « nous imaginons ou plutôt nous supposons une cause supérieure ».

« Concluons donc hardiment que l'homme est une machine et qu'il n'y a dans tout l'Univers qu'une seule substance. Ce n'est point ici une hypothèse [...], l'ouvrage de préjugé ou de ma raison seule. [...] mais [...] le raisonnement le plus vigoureux [...] à la suite d'une multitude d'observations physiques qu'aucun savant ne contestera[6]. »

PostéritéModifier

Dès le XIXe siècle, dans son Histoire du matérialisme, l'historien allemand Friedrich-Albert Lange compare La Mettrie à Copernic et Galilée : de même que ces derniers ont autrefois développé une image du cosmos dégagée de toute emprise religieuse, La Mettrie a traité la question de la conscience en dehors de toute considération métaphysique[7].

Les théories de La Mettrie anticipent les recherches en sciences cognitives et en neurobiologie, à la fin du XXe siècle[8].

De fait, en 1983, dans leurs livres respectifs, Le Cerveau Machine et L'Homme neuronal, le médecin Marc Jeannerod et le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux font état de leur dette intellectuelle à l'égard de La Mettrie [9]

Et en 2013, le philosophe Yves Charles Zarka estime que le livre préfigure non seulement les techniques d'interactions homme-machine, qui se mettent en place à la fin du XXe siècle, mais la théorie de l'homme augmenté du transhumanisme[10].

BibliographieModifier

  • Claude Morilhat, La Mettrie, un matérialisme radical, PUF, 1998
  • Alain Prochiantz, Machine-esprit, Odile Jacob, 2000
  • Bernard Andrieu (dir.), Le cerveau, la machine-pensée (actes d'un colloque), L'Harmattan, 2000

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. Julien Offray de La Mettrie, L'Homme Machine, Leyde, 1748. Dernière édition : Fayard/Mille et Une nuits, 2000
  2. Claude Morilhat, La Mettrie, un matérialisme radical, PUF, 1998
  3. Aram Vartanian, Le “philosophe” selon La Mettrie, Dix-Huitième Siècle n°1, 1969, pp. 161-178.
  4. La Mettrie, Histoire naturelle de l'âme, 1745 ; cité dans Ann Thomson, L'homme-machine : mythe ou métaphore ?, Dix-Huitième Siècle n°20, 1988, page 368
  5. Op. cit., pp. 53-54.
  6. Op. cit., p.82
  7. Friedrich-Albert Lange, Geschichte des Materialismus und Kritik seiner Bedeutung in der Gegenwart, 1866. Trad. fr. Histoire du matérialisme et critique de son importance à notre époque, tome 1, 2ème partie, chapitre 3, 1877
  8. Jean-Michel Besnier, La neurobiologie poursuit le projet déterministe de la génétique, entretien avec Catherine Ducruet, Les Échos, 13 septembre 2006
  9. Marc Jeannerod, Le Cerveau Machine : physiologie de la volonté, Fayard, coll. « Le temps des sciences », 1983 ; Jean-Pierre Changeux, L'Homme neuronal, Fayard, 1983. Réed. Fayard/Pluriel, 2012
  10. Yves Charles Zarka, De l'homme-machine à la machine post-humaine : La vision machinique du monde, Cités, 2013/3 n° 55, pp. 3-8

Liens externesModifier