Joahann Jakob Honneger

psychiatre suisse

Johann Jakob Honneger, parfois orthographié Honeger, (né en 1885 et mort le , à Territet) est un psychiatre suisse qui a travaillé sous l'autorité de Carl Gustav Jung lors de son passage au clinique psychiatrique universitaire de Zurich, surnommée le « Burghölzli », dès 1909[1]. Peu d'informations existent sur sa vie et ses travaux, et la principale source qui existe demeure la correspondance entre Sigmund Freud et Carl Gustav Jung[G 1], dans laquelle les deux hommes évoquent les travaux et le décès de Honneger.

Joahann Jakob Honneger
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Entrée de la clinique psychiatrique de Zurich où travailla Honneger.

Enfance et étudesModifier

Fils d'Adolf Meyer, enseignant suisse, Johann Jakob Honneger fait ses études à Zurich[G 1].

Jung et HonnegerModifier

À son arrivée à la clinique psychiatrique universitaire de Zurich, sous la responsabilité de Jung, en 1909[G 1]. Honneger souhaite travailler sur la formation des délires paranoïaques. Jung lui confie donc un patient, Emil Schwyzer, pensionnaire de la clinique zurichoise depuis 1901 après sa tentative de suicide. Il souffre de troubles paranoïaques et mégalomaniaques, et ses nombreuses hallucinations intriguent Jung qui souhaite élaborer une théorie psychanalytique des délires.

Schwyzer est un schizophrène délirant qui voit dans le Soleil un « membrum erectum » (un « pénis en érection ») et dont le mouvement érotique produit le vent.

La conférence de NurembergModifier

Les 30 et , à Nuremberg, a lieu le second congrès de la psychanalyse naissante. La communication de Honneger, intitulée « La formation du délire paranoïaque » expose ses propres conclusions relatives au cas de Schwyzer. Freud, présent dans l'assemblée, dit en avoir retenu « une impression profonde », parlant d'un « moment mémorable »[2]. Cette allocution a permis à Freud de réfléchir quant au lien des mythes anciens avec les délires actuels. Dans Totem et Tabou, il fait ainsi référence au cas d'Emil Schwyzer étudié par Honneger :

« (...) les formations fantasmatiques de certains malades mentaux (dementia praecox) s'accordaient de manière extrêmement frappante avec les cosmogonies mythologiques de peuples anciens sur lesquels il était impossible que les malades dépourvus d'instruction aient eu une information scientifique. (...) l'accent était aussi très fortement mis sur l'importance que revêtait le parallélisme entre évolution ontogénétique et évolution phylogénétique également pour la vie psychique. Dans le délire d'une démence paranoïde d'un patient d'éducation scolaire simple, on trouve donc de nouvelles créations de très anciennes représentations mythologiques et philosophiques[3]. »

Honneger avait rédigé un compte-rendu de sa communication pour le Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathlogische Forschungen de 1910, volume II, partie I, seul écrit qui témoigne de son travail.

Mort de HonnegerModifier

Sujet à la dépression, Honneger se suicide, par overdose de morphine, un an plus tard, le , au sanatorium de Territet, dans le canton de Vaud (Suisse), où il avait été admis pour dépression. Freud, prévenu par Jung le écrit par la suite une lettre, datée du , à Ferenczi, dans laquelle il exprime son chagrin : « Honegger, en qui j'avais mis beaucoup d'espoir (...) était un homme brillant et intelligent », ajoutant que « quelque chose en lui refusait de s'adapter à la vie »[G 2].

Peu après sa mort, Freud, choqué, dans une lettre à Jung du , explique : « Je suis frappé de ce qu'en fait nous consommons beaucoup de personnes ».

La controverse à propos de l'« inconscient collectif »Modifier

Aidé de son élève, Joahann Jakob Honneger, Jung voit dans le mythe du « soleil phallique » de Schwyzer la résurgence de mythes que le patient ne peut connaître. Il a alors l'idée d'effectuer des recherches bibliographiques qui permettraient de l'aider à saisir le sens du délire de son patient et charge Honneger de mener l'enquête. Dans l'ouvrage d'Albrecht Dieterich et de Richard Wünsch, Eine Mithrasliturgie (1910), Honneger lit une vision semblable, celle évoquant « un tuyau pendant du Soleil »[F 1]. Jung et lui rapprochent donc le délire du patient de mythes anciens, notamment celui de la liturgie du dieu Mithra. Il demande donc à Honneger de recueillir tous les matériaux possibles sur Schwyzer, à propos duquel le jeune assistant réalise sa thèse de doctorat en médecine. Entrevoyant l'importance de ses découvertes, Jung met une pression terrible sur Honneger, qui est considéré par certains historiens de la psychanalyse comme le véritable découvreur du concept d'inconscient collectif, récupéré ensuite par Jung.

Notes et références[4]Modifier

  1. « Johann Honneger », sur agora.qc.ca (consulté le 10 mars 2011).
  2. Joël Bernat, « Conserver un esprit non prévenu... », sur psychanalyse.lu (consulté le 10 mars 2011).
  3. Introduction à l'Horreur de l'inceste, citée dans Totem et Tabou, Gallimard, 1993, p. 325, note 1.
  4. « Conserver un esprit non prévenu », sur www.dundivanlautre.fr,

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Hans Walser, « Johann Jakob Honegger (1885-1911). Contribution to the history of psychoanalysis », Schweiz Arch Neurol Neurochir Psychiatr., no 112(1),‎ , p. 107-13 (présentation en ligne)
  • (en) Hans Walser, « An early psychoanalytic tragedy: J. J. Honegger and the beginnings of training analysis », Spring: An Annual of Archetypal Psychology and Jungian Thought,‎ , p. 243–255
  • (fr) Henri F. Ellenberger, Histoire de la découverte de l'inconscient, Paris, Fayard, , 975 p. (ISBN 978-2-213-61090-0 et 2-213-61090-8)
  1. p. 726.
  1. a b et c p. 115.
  2. p. 179-180.