Incohérence temporelle

Les politiques économiques optimales peuvent être victimes d'incohérence temporelle, autrement dit elles peuvent être non cohérentes au cours du temps[1]. Les choix de politiques économiques s'inscrivent dans une dimension intemporelle, car ces derniers produisent des effets à court terme mais aussi à moyen et long terme. Une décision qui semble optimale à court terme peut ne pas l'être à long terme. Ce problème a été décrit par Finn Kydland et Edward Prescott dans un article de 1977, Rules rather than discretion : The inconsistency of optimal plans[2] ( Traduction française : Des règles plutôt que le pouvoir discrétionnaire : l'inconsistance des principes )

F. Kydland et E. Prescott ont reçu le Prix Nobel d’Économie en 2004.

ExempleModifier

Dans le contexte d'une crise financière et bancaire comme la crise de 2007-2008, il est optimal ex ante de considérer que les banques qui prennent de trop gros risques, et ainsi mettent en danger le système dans son ensemble ne seront pas soutenues si elles se trouvent en difficulté, afin d'éviter l'aléa moral, mais ex post, une fois qu'elles sont vraiment en difficulté, il est optimal de les soutenir afin d'éviter une panique bancaire.

SolutionModifier

Afin d'éviter ce problème d'incohérence temporelle des choix de politique économique, Kydland et Prescott soutiennent qu'il vaudrait mieux adopter des politiques de règles plutôt que des politiques discrétionnaires. On parle de politiques discrétionnaires quand les choix résultent d'une optimisation continue, autrement dit des politiques difficilement anticipables. La politique économique doit s'attacher à suivre des règles établies à l'avance, et les choix et différents arbitrages doivent plutôt se faire entre règles différentes[3].

ConséquencesModifier

Cette idée d'incohérence temporelle, et la préconisation de suivre des politiques de règles a eu une grande influence sur les politiques économiques. Dans le domaine de la politique monétaire, l'indépendance des banques centrales et leur souci de crédibilité afin d'ancrer les anticipations relèvent de cette considération pour l'incohérence temporelle. En termes de politique de change, de nombreux pays se sont attachés à ancrer leur taux de change sur une monnaie forte, pour inspirer de la confiance et de la crédibilité. De même en matière de politique budgétaire, où les concepts de règle d'or et de règles budgétaires émanant des traités européens sont des exemples de politiques de règles[3].

RéférencesModifier

  1. Jean Olivier Hairault et François Langot, « F. Kydland et E. Prescott : Prix Nobel d'Économie 2004 », Revue d'économie politique, vol. 115,‎ , p. 65–83 (ISSN 0373-2630, lire en ligne, consulté le 11 mai 2016)
  2. (en) Kydland, Finn E. et Prescott, Edward C., « Rules rather than discretion : The inconsistency of optimal plans », Journal of Political Economy, vol. 85, no 3,‎ , p. 473-492 (lire en ligne)
  3. a et b Agnès Bénassy-Quéré, Benoît Cœuré, Pierre Jacquet, Jean Pisani-Ferry, Politique économique, de boeck, , p. 111-113